Il n’y a pas eu de miracle dimanche à la Caja Magica de Madrid. Devant leurs partisans, les Espagnols ont remporté la finale de la Coupe Davis en prenant la mesure d’une remarquable équipe canadienne, deux victoires à zéro.

Michel Marois Michel Marois
La Presse

Rafael Nadal a scellé le triomphe de son pays avec une victoire de 6-3, 7-6 (7) devant Denis Shapovalov. Plus tôt dans la journée, Félix Auger-Aliassime s’était incliné, 7-6 (3), 6-3, face à Roberto Bautista-Agut.

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Denis Shapovalov

Les Canadiens, qui disputaient une toute première finale après avoir surpris plusieurs adversaires mieux classés depuis le début de la compétition, n’ont pas démérité, bien au contraire. Ils affrontaient en effet la meilleure équipe de la compétition depuis le début des années 2000, avec maintenant pas moins de six titres. Et ils devaient vaincre deux joueurs classés dans le Top 10, dont le numéro un Nadal, qui présente une fiche de 29-1 en simple en Coupe Davis.

« Cela a vraiment été une semaine extraordinaire », a souligné l’Espagnol, qui est resté invaincu cette semaine avec une fiche parfaite de cinq victoires en simple et deux en double. « Nous avons affronté plusieurs épreuves : le père de Roberto est décédé (voir autre texte), Pablo (Carreno-Busta) s’est blessé en simple, Marcel (Granollers) ne pouvait bouger hier avec des maux de dos. Notre esprit d’équipe a prévalu ! »

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Shapovalov a pourtant tenu tête au numéro un mondial, faisant jeu égal avec lui dans la deuxième manche et s’approchant à seulement un point de pousser le match à une troisième manche.

« Aujourd’hui, en deuxième manche, je sentais que j’étais le meilleur joueur ; mais c’est Rafa et il sait comment gagner un match… C’est dommage de perdre après être venu si près de la victoire, mais nous avons vécu une expérience inoubliable, a souligné le joueur de 20 ans, lors du point de presse de l’équipe canadienne. Je suis vraiment très fier des gars qui sont assis ici avec moi, de toutes les personnes dans les coulisses. C’est incroyable tout le chemin que nous avons parcouru. »

Nadal n’a d’ailleurs pas manqué de vanter son adversaire et l’équipe canadienne : « Shapovalov va jouer plusieurs grandes finales au cours des prochaines années et j’ai l’impression que l’équipe canadienne va être pratiquement imbattable dans une couple d’années. Denis est vraiment spécial. Il a des dons naturels qui ne s’enseignent pas et qui vont le mener loin. »

Oublier la déception

Le capitaine canadien Frank Dancevic a reconnu que lui et ses joueurs étaient déçus du résultat final, mais fiers de leurs performances. « Nos joueurs ont été extraordinaires. Denis et Vasek ont remporté des matchs spectaculaires cette semaine et ce parcours jusqu’à la finale montre que nous sommes maintenant au niveau des meilleurs au monde.

“ C’est incroyable de penser que nous avons disputé la finale aujourd’hui avec des joueurs de 19 et 20 ans. Ils sont là pour plusieurs années encore et nous aurons d’autres chances de gagner la Coupe Davis. »

Dancevic et la direction de l’équipe canadienne ont d’ailleurs tenté un ‘coup de poker’en envoyant Auger-Aliassime sur le court pour le premier match de la finale. Le joueur de 19 ans n’avait pas joué depuis six semaines en raison d’une blessure à une cheville, alors que Vasek Pospisil avait excellé depuis le début du tournoi.

Le vétéran a d’ailleurs avoué : « J’ai appris hier soir (samedi) que je ne jouerais pas. C’est dur, car tout le monde veut jouer en finale. Et c’est encore plus difficile à accepter après avoir perdu. Mais nous avons tous travaillé en équipe cette semaine et j’ai fait ma part. Denis et Félix sont très jeunes et ils vont gagner cette compétition un jour. J’espère pouvoir faire partie de cette aventure avec eux. »

Auger-Aliassime, qui avait permis au Canada d’accéder à la finale en remportant le match décisif de la rencontre qualificative contre la Slovaquie, en février, s’est bien défendu pendant la première manche, mais il a échappé deux points importants dans le bris d’égalité et n’a jamais pu reprendre l’ascendant.

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L’Espagnol Roberto Bautista Agut serre la main de Félix Auger-Aliassime

« Je me tenais prêt à jouer depuis quelques jours et je pense que j’aurais pu le faire dès les quarts de finale, mais c’est sûr que la décision de Frank était difficile, a-t-il expliqué. C’était spécial aujourd’hui pour un premier match, directement en finale. Ça rendait les choses plus difficiles, d’autant plus qu’il est quand même un joueur du top10 et qu’il jouait chez lui.

« J’ai tout fait pour l’emporter, mais il (Bautista-Agut) a vraiment bien joué. C’est décevant de terminer notre parcours de cette façon, après tous les efforts de Vasek et Denis cette semaine. Je suis certain que nous allons apprendre de cette expérience et revenir encore plus fort lors des prochaines présentations du tournoi. »

Le Canada pourra d’ailleurs se reprendre dès l’an prochain puisque l’équipe est déjà assurée de participer à la prochaine finale de la Coupe Davis, en 2020, les quatre demi-finalistes de cette semaine étant qualifiés d’office.

Les organisateurs ont pris acte des nombreuses critiques exprimées à l’endroit de la nouvelle formule de la compétition. Comme l’ont suggéré plusieurs joueurs, la date pourrait être changée, le programme étendu sur deux semaines et le nombre de courts augmenté.

La finale de la Coupe Davis était dotée de plus de 20 millions en bourse et les Canadiens recevront près de 2,6 millions, les joueurs se partageant 1,75 million, alors que Tennis-Canada recevra 844 000 $. De leur côté, les Espagnols toucheront un total de 3,46 millions.