Jeune, Bree Howling regardait les sports de combat à la télé avec son père. Il y a un an et demi, ce dernier a été frappé par la leucémie. Entretien avec la nouvelle protégée d’Eye of the Tiger Management.

Frédérick Duchesneau Frédérick Duchesneau
La Presse

Dans la dernière année, Bree Howling aurait pu perdre son plus grand fan.

À l’été 2019, environ trois ans après avoir cessé de combattre en muay-thaï, Howling décide de passer à la boxe. Directement chez les pros, sans la moindre expérience chez les amateurs.

Son premier combat était prévu pour le 28 septembre, ce qui ne lui donnait que trois mois pour apprivoiser sa nouvelle discipline.

« Une semaine ou deux après avoir pris la décision, alors que je commençais à peine à m’entraîner pour le combat, mon père a reçu un diagnostic de leucémie aiguë myéloblastique [LAM] », raconte la résidante de Calgary.

Grâce aux traitements actuels, de 65 à 70 % des personnes atteintes de la LAM parviennent à une rémission complète, lit-on sur le site de la Société canadienne du cancer. Mais, sans traitement, la survie des victimes n’est que de quelques semaines. Voire quelques jours. Il n’y a donc pas une minute à perdre.

« Tout est allé très vite. Dans les jours suivants, il était admis à l’hôpital et commençait ses traitements. Rien ne peut vous préparer à une telle nouvelle, en particulier dans le cas d’un cancer aussi agressif. Ça ne s’annonçait pas bien pour lui », admet la boxeuse, la voix dénotant toujours un certain accablement.

M. Howling a été hospitalisé pendant environ un an, dit-elle. Considéré en rémission depuis quelques mois, il est de retour à la maison et se porte plutôt bien.

C’était très difficile parce que j’apprenais un nouveau sport et, en même temps, mon père traversait cette épreuve. Mais si je regarde le côté positif, ça m’a donné de l’essence pour m’entraîner plus dur et une vraie raison pour me battre.

Bree Howling

« Durant toute mon enfance, mon père était un grand fan de sports de combat et c’est ce qui m’avait donné l’étincelle pour m’y intéresser, souligne la combattante de 22 ans. Ça représente beaucoup pour lui et ça l’a aidé de savoir que je m’entraînais pour me battre à nouveau. Donc, ça a rendu les choses plus faciles qu’elles auraient pu l’être. »

Le paternel a été hockeyeur, mais jamais boxeur. N’empêche, il ne fait pas partie de ces pères horrifiés à l’idée que leur fille se fasse frapper durement sur un ring.

« En fait, il était tellement excité qu’il me parlait constamment de technique, même s’il ne la connaissait pas vraiment ! »

Sa mère, par contre…

« Ça la rend folle [freaks out]. Chaque fois qu’elle pense à moi en train de me battre, elle veut vomir ! Elle ne veut pas que je fasse ça. »

Quoi qu’en pense sa mère, Bree Howling a remporté son duel du 28 septembre 2019. Et son suivant également, en février dernier.

En raison de la pandémie, elle n’a pas combattu depuis. Mais l’attente tire à sa fin. En principe, dévoile la boxeuse, ses débuts avec Eye of the Tiger Management auront lieu en mars.

Les pieds au plancher

PHOTO PAULINE PAQUET, FOURNIE PAR EYE OF THE TIGER MANAGEMENT

Bree Howling (à droite) a remporté ses deux premiers combats de boxe.

« Chaque week-end, avec mon père et mon frère, on regardait du UFC et de la boxe. J’ai toujours eu un intérêt pour les sports de combat », relate Bree Howling.

Au high school, après avoir pratiqué bien des sports pour le plaisir, elle fait la connaissance de gens qui s’adonnent à la boxe thaïlandaise.

Elle s’y lance, à 16 ans. Une voie plutôt inhabituelle, à moins d’habiter l’Asie du Sud-Est. Elle disputera cinq combats amateurs (4-1) et gagnera un championnat national.

Après une longue pause, elle se lance dans la boxe mieux connue ici, celle dite anglaise.

Au départ, ça a dû être difficile de garder les pieds au sol, non ?

C’est drôle parce que je pensais que je ressentirais ce besoin de donner des coups de pied et que la technique de boxe écoperait, mais ce n’est jamais arrivé.

Bree Howling

« Il y avait de gros changements, cependant, entre les deux disciplines. Mais mes mains étaient meilleures que mes pieds en muay-thaï. Donc, je pense que c’était une progression naturelle de passer à la boxe », lance celle qui s’entraîne avec le boxeur Steve Claggett.

On serait porté à croire qu’elle a hésité entre la boxe et les arts martiaux mixtes (AMM). Ce n’est pas le cas du tout.

PHOTO SEAN DAVID, FOURNIE PAR EYE OF THE TIGER MANAGEMENT

Bree Howling s’entraîne avec le boxeur Steve Claggett.

« Je me souviens que pendant toute mon enfance, en se chamaillant, mon frère me twistait en essayant de me faire des prises d’étranglement ! », raconte Bree.

Pour elle, il n’était pas question que ça recommence en se lançant dans les AMM.

Pas de déménagement en vue pour l’instant

L’Albertaine, entraînée par Jared Velasquez, a boxé chez les poids coqs et super-coqs à ses deux premiers combats.

Elle se définit comme très rapide, technique, puissante pour son gabarit, « extrêmement excitante à regarder boxer ». On pourra en juger bientôt.

Inactive depuis le 15 février, elle ne croit toutefois pas que la pandémie l’aura ralentie dans sa progression.

« Étonnamment, ça aurait dû être une année difficile, mais je pense que ça a été la meilleure période d’entraînement de ma vie. Malgré tout le stress relié à la COVID-19, j’ai vraiment pu me concentrer sur l’entraînement. Donc, je pense que ça a presque été une bonne chose pour moi de ce côté. »

PHOTO SEAN DAVID, FOURNIE PAR EYE OF THE TIGER MANAGEMENT

Bree Howling

Établie à Calgary, elle compte y rester pour le moment, mais n’est pas fermée à l’idée de déménager dans la métropole.

« Si c’est mieux pour ma carrière et mon entraînement de déménager à Montréal, je ferai tout ce qu’il faut pour aller de l’avant », dit-elle.

En terminant l’entrevue, on a voulu s’assurer d’un truc. Par curiosité, pour être certain. Oui, Howling, ça sonne très combattant. Mais c’est bien son vrai nom.