Dans une décision de 24 pages rendue jeudi, la Régie des alcools, des courses et des jeux du Québec (RACJ) délivre à la société New Era Fighting & Promotion un permis annuel pour organiser des combats de boxe. Mais dans la foulée, elle la prévient « de ne jamais entacher le bon renom des sports de combat ».

Daniel Renaud Daniel Renaud
La Presse

Le contentieux de la RACJ s’opposait à ce que la société obtienne son permis notamment en raison des liens passés de son président, Yan Pellerin, avec au moins un membre des Hells Angels, Steve Duquette.

Elle reprochait également à Pellerin d’avoir, dans son entourage, un certain Daniel Fontaine, qui a comme amis des individus arrêtés et condamnés à l’issue d’enquêtes policières menées contre des réseaux de trafiquants de drogue liés aux motards, et avec lesquels il a eu des contacts réguliers et récents.

Durant son témoignage devant les juges administratifs, Yan Pellerin, qui est également boxeur et combattant mixte, a déclaré que si des membres des Hells Angels étaient présents lors d’un gala de boxe qu’il a organisé, il ne pourrait rien faire, et que les motards ont le droit d’assister à un tel gala, comme n’importe quel citoyen.

Cette déclaration avait titillé un autre témoin, l’enquêteur Alain Belleau, spécialiste des motards à la Sûreté du Québec, qui a notamment souligné les risques que le crime organisé veuille infiltrer les entreprises organisatrices de galas de boxe pour blanchir son argent sale.

Plus de lien direct

Dans leur décision, les juges n’ont pas remis en question la compétence de Yan Pellerin, mais se sont penchés sur son intégrité, à la lumière des témoignages entendus, en particulier celui du demandeur de permis, qui a admis avoir été « un ami de gym » de Steve Duquette, mais qui a ajouté ne plus avoir de contact avec ce dernier depuis son arrestation dans l’opération SharQc, en avril 2009.

« Pour le moment, il apparaît clair que, depuis plus de 10 ans, Yan Pellerin n’a pas de lien direct, ou même indirect et suffisamment rapproché, pouvant faire craindre à l’ingérence du crime organisé dans le milieu des sports de combat si New Era obtient son permis annuel d’organisateur », concluent les juges administratifs.

« De façon constante au cours de son témoignage, Yan Pellerin s’est dissocié des individus liés au crime organisé. Il en a déjà fréquenté, mais toujours dans le cadre des entraînements et des sports de combat, jamais de façon personnelle. Il n’en compte aucun parmi ses amis. Il est ami avec Daniel Fontaine, mais pas avec ses amis [de Fontaine] », ajoutent-ils.

Les juges administratifs soulignent que Fontaine et sa sœur ne sont aucunement impliqués dans la gestion de New Era Fighting, mais préviennent qu’en cas d’ingérence future de Fontaine, New Era Fighting pourrait de nouveau être convoquée devant la RACJ pour que soit réévaluée sa capacité de titulaire.

Ils notent également qu’Yvon Michel, qu’ils décrivent comme « un homme très respecté dans le monde de la boxe », est prêt à associer son nom et à agir à titre de mentor pour Yan Pellerin.

Ils écrivent aussi que la capacité financière de Pellerin « ne permet pas de douter de la capacité de New Era à exercer avec compétence et intégrité les activités pour lesquelles elle demande un permis ».

Un avertissement

Les juges administratifs rappellent également que Pellerin a rédigé une déclaration sous serment dans laquelle il les assure de sa préoccupation de se tenir à l’écart du crime organisé et de maintenir le bon renom des sports de combat au Québec.

« Les soussignés [juges] rappellent cependant que New Era se doit d’adopter une conduite irréprochable de ses affaires, car elle n’est pas à l’abri d’une convocation en contrôle de l’exploitation de son permis si de nouveaux éléments viennent à mettre en doute son intégrité. De la même façon, elle doit exercer ses activités de manière à ne jamais entacher le bon renom des sports de combat ».

« Elle doit aussi ne pas tolérer de démonstrations de force de groupes criminalisés, par le port de leurs couleurs à l’occasion de ses événements », écrivent les juges administratifs, envoyant ainsi le message clair qu’ils ne toléreront aucunement la présence de vestes de motards, ou la présence de ceux-ci dans la zone de sécurité entourant l’arène, comme ce fût le cas lors d’un gala de boxe tenu à Montréal en septembre 2019.

« J’ai toujours eu confiance parce que je savais que je n’avais rien à me reprocher. J’ai toujours dit la vérité, je n’ai rien caché. En étant propriétaire de bars à l’époque et en étant dans le monde des sports de combat, j’ai croisé du monde, c’est sûr. Je pense qu’il y a du monde qui ne voulait pas voir arriver de la compétition », a dit Yan Pellerin en entrevue avec La Voix de l’Est.

Pour joindre Daniel Renaud, composez le 514 285-7000, poste 4918, écrivez à drenaud@lapresse.ca ou à l’adresse postale de La Presse.