Sur le ring, au terme du combat de samedi, Russ Anber s’est approché de Mike Tyson. Il nous avait semblé, dans le court moment où la caméra les cadrait tous deux, que le boxeur adressait des reproches à l’homme de coin de Roy Jones fils. C’était bien le cas.

Frédérick Duchesneau Frédérick Duchesneau
La Presse

Le Montréalais est revenu de Los Angeles dimanche soir. Il travaille dans le coin de Jones depuis qu’ils se sont connus, en 2013, au camp d’entraînement de Jean Pascal avant son combat contre Lucian Bute.

En cours d’entretien lundi, il a été question de la fin de l’entrevue d’après-combat. Plus précisément, le moment où Tyson a paru contrarié que les gens se soient davantage inquiétés pour la mâchoire de son opposant que pour lui, inactif depuis 15 ans.

« À un moment donné, il était fâché aussi contre moi dans le ring », laisse tomber Anber.

Nous avions donc bien vu. Mais pourquoi ?

« Tu es 24 heures en retard »

Pendant son camp d’entraînement, l’ex-champion des lourds avait utilisé des gants d’entraînement (de sparring) de marque Rival. Les gants sont un détail pour le commun des mortels, mais pas pour quiconque gravite dans le monde de la boxe. Encore moins, dans ce cas-ci, pour Russ Anber, puisqu’il est président et fondateur de l’entreprise d’équipements de boxe Rival.

PHOTO FRANÇOIS ROY, ARCHIVES LA PRESSE

Russ Anber

« Donc, je suis allé lui demander : “Hé, Mike, comment tu as aimé tes gants de sparring ?” Il m’a répondu qu’il les avait adorés. Je lui ai dit : “Nice, Rival, c’est ma compagnie”. »

Jusque-là, tout va bien.

« Mais lui et son entraîneur commencent à m’attaquer en me disant que ça faisait trois fois qu’ils m’appelaient, qu’ils m’avaient appelé la veille pour avoir mes gants pour le combat et que je ne les avais jamais rappelés. Et Tyson me dit : “J’ai laissé tomber Everlast pour porter tes gants.” J’ai répondu que personne ne m’avait appelé ! »

— Oui, on a parlé à ton représentant en Californie.

— Je n’ai pas de représentant en Californie ! Je suis propriétaire de l’entreprise. J’ai mon frère à Las Vegas. Tu n’as parlé ni à moi ni à mon frère, c’est sûr. Et on n’a personne d’autre !

« Là, ils se sont calmés. Avant, je lui avais dit que je pouvais arranger ça sans problème. Il m’avait répondu : “Mais tu es 24 heures en retard.” »

Après que le clan Tyson eut bien compris qu’il parlait au patron, l’ambiance s’est donc apaisée.

« Il m’a dit de venir dans le vestiaire, on a pris une photo, échangé nos numéros, c’était cool. Mais je ne sais pas du tout à qui il avait parlé… », raconte le propriétaire de Rival.

Voilà donc pourquoi, si vous l’aviez aussi aperçu, Mike Tyson vous a paru fâché contre Russ Anber.

« Ça ne lui prend pas grand-chose pour se fâcher ! », lance le soigneur.

Une mauvaise surprise

Il faut dire qu’Anber a peut-être un peu écopé pour la frustration d’Iron Mike. Avant le dernier assaut, on avait clairement entendu l’entraîneur de Tyson lui dire, en des mots très directs, d’y aller pour le K.-O. Y a-t-il encore quelqu’un qui croit que les deux hommes ont envisagé ce duel comme un combat d’exhibition ?

« Je ne sais pas si ça a paru à la télé, je crois que c’était dans le dernier round. Roy a frappé Tyson avec une combinaison et tu as vu le visage de Tyson changer. Puis, il a levé sa jambe comme s’il voulait donner un coup de pied à Roy, relate l’homme de coin. Et Roy s’est sauvé de là. »

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Mike Tyson et Roy Jones fils se sont affrontés samedi à Los Angeles.

Celle-là nous avait échappée. Par contre, tout le monde sait que rien n’est impossible dans un ring avec l’ex-monarque des poids lourds.

Déjà, avec cette imprévisibilité et sa puissance, Tyson est intimidant. Mais le clan Jones a également eu une mauvaise nouvelle en arrivant au Staples Center : la grandeur du ring.

« Ça, c’est vraiment grave… », commence Russ Anber.

La veille, il regardait des vidéos de Jones à l’entraînement. Il a remarqué que le ring utilisé était petit. Un ring de 16 pieds. Dans le clan de celui qui a été champion dans quatre catégories de poids différentes, on s’attendait à trouver une arène de taille plus standard à l’amphithéâtre.

On arrive là-bas… et le ring est minuscule. On a su ensuite que ça n’avait pas fait partie des négociations et que c’était pensé pour Tyson.

Russ Anber

Un changement de stratégie a donc suivi. Parce que Jones venait de perdre son principal avantage : sa mobilité.

« Avec ce ring-là, il faisait deux pas et il était dans l’autre câble. Donc, on a été obligés d’accrocher, de faire un combat à l’intérieur, pour essayer de neutraliser Tyson quand il était proche, explique Anber. Il y avait 430 lb dans un ring de 16 pieds. Un ring de 16 pieds, tu mets ça dans un gym quand tu n’as pas de place pour en mettre un gros. Mais pour un gala de boxe professionnelle, ça faisait longtemps que j’avais vu ça. »

Anber se fâche à son tour…

Russ Anber a parlé à Roy Jones dimanche soir. Il allait bien, assure-t-il. Un peu de douleur à la mâchoire. Très courbaturé. Rien de majeur.

Nous lui avons demandé ce qu’il pensait des commentaires — nombreux — selon lesquels ce combat était un « freak show ». Ça l’a allumé.

« Je suis tanné d’entendre le monde dire ça. Qui ils sont pour insulter des gars qui ont acquis le droit, avec leur contribution à la boxe, au sport, de faire ce qu’ils veulent ? Que c’était un freak show, une gimmick. Que ça n’a pas de sens, qu’ils n’avaient pas d’affaire à faire ça. Ils sont qui, ces gens-là ? »

Anber ne décolère pas. L’envolée est ponctuée de gros mots, coupés au montage. Ce combat aura suscité des réactions diamétralement opposées du début à la fin.

« Ils sont peut-être les deux plus grands de leur époque. Et ils se sont défiés à plus de 50 ans. Si vous êtes capable de faire, à l’âge qu’ils ont, ce qu’eux viennent de faire, peut-être que vous pouvez parler. On devrait plutôt les admirer, avance-t-il. Il faut donner à César ce qui revient à César. »