(Montréal) On se doutait bien qu’Yves Ulysse fils n’allait pas bien après son combat face à Mathieu Germain, samedi, à Rimouski. On en sait maintenant un peu plus et son absence risque d’être longue.

Frédéric Daigle
La Presse Canadienne

Revenons un peu en arrière. Ulysse a d’abord raté la conférence de presse de lundi dernier, prétextant un rendez-vous avec son psychologue sportif, ce qui a fait dire à Germain que le boxeur de 32 ans avait manqué de respect aux amateurs, aux médias et à son promoteur.

Cette absence avait également amené son entraîneur, Rénald Boisvert, à le critiquer sévèrement pour son attitude générale envers les médias, mais également à remettre en doute son éthique de travail.

Plus tard dans la semaine, Ulysse a accordé une entrevue à TVA Sports qui n’a rien fait pour rassurer son entourage.

Nous avons eu la réponse mardi : Ulysse est depuis peu suivi par des médecins afin de mettre le doigt sur un problème de santé mentale qui l’afflige depuis un certain temps.

« Il ne peut pas continuer de cette façon. Il a des pensées sombres, il ne voit pas la vie de la bonne façon. Il doit vraiment être médicamenté, a déclaré Boisvert à La Presse Canadienne. Dans les deux prochains mois, il va subir plusieurs examens et tests médicaux afin de déterminer le bon diagnostic. »

L’agence de promotion Eye of the Tiger Management a annoncé qu’Ulysse prendrait une pause médiatique de quelques semaines. C’est vraisemblablement une pause sportive d’au moins quelques mois à laquelle il se soumettra.

« Il faut faire très attention, car je ne suis pas médecin. Je ne veux pas parler de choses que je ne comprends pas », a indiqué d’entrée de jeu Camille Estephan, président d’EOTTM.

C’était logique de voir que Junior a besoin du temps nécessaire pour mettre de l’ordre dans ses choses. Il faut lui donner ce temps, c’est une maladie.

Camille Estephan, président d’Eye of the Tiger Management

« On voyait que Junior n’était pas dans son assiette, a poursuivi Estephan. Mais de là à savoir ce qui se passait… Parfois, il y a la pression des combats. […] Je ne me rappelle pas avoir vu quelque signal que ce soit. Je pense que lui-même ne savait pas ce qui se passait exactement. »

Au cours des derniers mois, Ulysse a été victime d’attaques de panique, de troubles anxieux et a eu des idées noires. Sans dire qu’il a songé au suicide, on peut affirmer qu’il ne se souciait plus de son intégrité physique.

Après le combat contre Germain, une victoire par K.-O. technique au septième round, il était évident que quelque chose n’allait pas. Ulysse a d’abord indiqué qu’il ne rencontrerait pas les médias. Quand, après une longue attente, ceux-ci ont été conduits dans la suite qui lui servait de vestiaire, quelque chose clochait visiblement.

Ulysse avait le regard vide, sa voix était faible. Son promoteur a fait une brève déclaration avant que le boxeur ne dise d’une voix presque inaudible qu’il ne donnerait pas plus de commentaires. Loin d’une scène de vestiaire de vainqueur.

Afin de trouver la bonne molécule pour lui, une équipe médicale, dont un neuropsychologue, fera passer une kyrielle de tests à Ulysse au cours des deux prochains mois.

« Il faut qu’il prenne une pause de boxe, a souligné Boisvert. Pour procéder à une bonne analyse sur le plan médical, il ne doit pas recevoir un coup à la tête. C’est d’ailleurs pour ça que son médecin aurait souhaité qu’il ne boxe pas samedi dernier. L’absence de coup à la tête est primordiale afin d’identifier exactement ce qui se passe sur le plan neurologique chez lui. Il doit donc cesser tout sparring pendant au moins les deux prochains mois, afin de ne pas fausser le diagnostic. »

Carrière compromise

La carrière d’Ulysse est-elle compromise ? C’est possible.

« La première des choses, s’il veut effectuer un retour, c’est qu’il devra obtenir une dérogation du Centre canadien d’éthique dans les sports (CCES) pour la médication qu’il devra prendre », a expliqué Boisvert.

D’ailleurs, Ulysse a dû cesser de prendre une médication pour un trouble du déficit de l’attention avec hyperactivité (TDAH) afin de ne pas subir un contrôle antidopage positif en marge du combat contre Germain.

Mais Ulysse n’a pas à se presser : Estephan et son groupe attendront.

« Je ne veux pas me prononcer sur sa carrière de boxeur. Tout ce que j’ai dit à Junior et son équipe, c’est qu’il a notre appui total, a assuré Estephan. On va continuer de lui verser son salaire mensuel. On veut qu’il sache qu’on est là dans les bons moments, mais dans les mauvais moments aussi. C’est une tempête qu’il traverse présentement. »

Quant à Boisvert, qui avait déjà remis en question sa collaboration des 13 dernières années avec Ulysse, il ne pouvait se prononcer sur la suite de celle-ci.

« Je ne sais pas si je rembarquerai avec Yves. Il y a beaucoup de choses qui sont incertaines. Je suis là pour le protéger. Ça peut paraître bizarre, parce que j’ai insisté pour qu’il boxe samedi. J’étais en faveur qu’il prenne ce combat-là. Mais au-delà de celui-ci, c’est une autre affaire. Est-ce qu’il va avec un autre entraîneur ? Est-ce que je continue ? Je remets ça en question.

« Je ne suis pas complètement fermé à l’idée, mais il faut absolument que ça change pour sa santé. […] Je souhaite le meilleur pour lui. Il ne peut pas continuer dans cet état-là. Si sa situation s’améliore, tant mieux pour lui. Mais il faut vraiment qu’il trouve une solution sur le plan médical. »