Le président de New Era Fighting, Yan Pellerin, qui veut obtenir un permis annuel de la Régie des alcools, des courses et des jeux (RACJ) pour organiser des galas et des combats de boxe, a nié mardi avoir quelque lien que ce soit avec les Hells Angels, sans toutefois pratiquement jamais prononcer leur nom.

Daniel Renaud Daniel Renaud
La Presse

Pellerin, ancien combattant d’arts martiaux mixtes devenu boxeur, demande depuis un an et demi d’obtenir un permis de promoteur de boxe comme le sont le Groupe Yvon Michel (GYM) et Eye of the Tiger Management (EOTTM).

Mais la police et le contentieux de la RACJ s’y opposent, se basant notamment sur un rapport de réputation dont on ne connaît pas encore le contenu.

Mardi, les relations passées de Pellerin avec au moins un membre des Hells Angels et la présence d’une demi-douzaine d’entre eux, il y a un an, dans la section sécurisée entourant l’arène lors d’un gala organisé par le groupe GYM – avec l’aide de New Era Fighting – ont alimenté les interrogatoires des avocats.

En 2012, les permis d’alcool d’un bar de Granby appartenant à Pellerin ont été suspendus parce qu’il entretenait des liens avec le Hells Angel de Sherbrooke Steve Duquette, condamné à une peine de 12 ans dans la foulée de l’opération SharQc.

Pellerin a expliqué que Duquette, lui-même combattant d’arts martiaux mixtes, était un ami d’entraînement et qu’il n’a plus jamais eu aucun contact avec ce dernier depuis son arrestation en avril 2009. « Tout ce qui nous reliait, c’était notre passion pour le sport, ç’a toujours été clair », a dit Pellerin.

Sur une glace mince

Ce dernier a déclaré qu’Yvon Michel jouait un rôle de mentor pour lui. Lorsque la procureure du contentieux de la RACJ, MJoliane Pilon, lui a demandé s’il avait reconnu les six Hells Angels qui se trouvaient dans l’enclos de sécurité entourant l’arène au gala de boxe organisé par GYM le 20 septembre 2019, Pellerin a semblé acculé dos aux câbles.

« Je ne suis pas un expert. Je sais ce qui est dit à la cour », a-t-il d’abord répondu.

« Vous ne les avez pas reconnus », a insisté MPilon.

« J’ai suivi les procédures de GYM, vous le savez. J’ai déjà vu ces personnes, mais je ne les connais pas », a renchéri le boxeur.

« Je ne connais pas Bill Clinton, mais je sais c’est qui », s’est impatienté le régisseur, MMarc Savard.

« Y en a un que j’ai reconnu car on le voit souvent », a fini par dire Pellerin, voulant visiblement parler de Salvatore Cazzetta sans le nommer.

« Comment allez-vous empêcher les Hells Angels d’être présents à vos galas ? », a continué MPilon.

« Les Hells Angels sont des citoyens. Ils vont aux matchs du Canadien, au restaurant, au cinéma. Ils peuvent aller n’importe où. Si je suis promoteur, je ne pourrai pas contrôler qui va acheter les billets et qui va venir aux galas », a répondu Pellerin.

Famille de policiers

Pellerin a rappelé à la RACJ qu’elle avait accordé un permis de combat à Steve Duquette, même si ce dernier « était clairement affiché ». Il a ajouté que, selon lui, plus de 60 % des boxeurs ont des antécédents criminels et ont obtenu un permis, alors que lui n’a aucun passé judiciaire.

Il a déclaré que 13 membres de sa famille, dont son père, ont été ou sont des policiers, en particulier dans la Sûreté du Québec.

« Je m’engage à ne pas avoir de liens d’affaires avec aucune personne liée au crime organisé », a assuré Pellerin, avant que le régisseur Marc Savard lui demande également de ne pas s’en tenir seulement aux liens d’affaires.

Toutes les mesures seront prises pour empêcher l’infiltration du crime organisé dans New Era Fighting.

Yan Pellerin

« Je n’ai pas de cachettes. Dites-moi ce que je dois faire et je vais le faire », a conclu Pellerin lors de son témoignage.

La cause se poursuit mercredi avec les témoignages entre autres d’employés de la RACJ et de la police.

L’homme fort Hugo Girard était actionnaire de New Era Fighting, mais il s’est retiré de l’entreprise il y a quelques jours.

Pour joindre Daniel Renaud, composez le 514 285-7000, poste 4918, écrivez à drenaud@lapresse.ca ou écrivez à l’adresse postale de La Presse.