Adonis Stevenson a presque perdu la vie à l’issue d’un combat en 2018. Il dit maintenant prendre du mieux auprès de sa mère, malgré une pause bien involontaire de son programme de rééducation et une rupture amoureuse complexe. Entrevue.

Mathias Brunet Mathias Brunet
La Presse

Adonis Stevenson revient de loin. De très loin.

Près d’un an et demi après un combat qui a failli lui être fatal, l’ancien champion mondial dit prendre du mieux chez sa mère, où il habite depuis décembre.

Le boxeur peut soutenir une conversation, il peut lire et écrire sans problème, il a retrouvé une grande partie de sa mémoire, même s’il lui arrive de répéter certaines choses à l’occasion. Il a hâte de reprendre son programme de rééducation une fois la crise de la COVID-19 terminée.

« L’amélioration que j’ai faite, c’est énorme, confie-t-il au bout du fil. J’ai amélioré ma réflexion sur les situations. Je peux mieux exprimer ce que je ressens. Je progresse même si pour la rééducation, tout est bloqué en ce moment. Je suis les consignes du gouvernement. »

Adonis Stevenson était déjà méfiant de nature. Il l’est probablement encore plus avec l’épreuve qu’il traverse depuis un knock-out aux mains de l’Ukrainien Oleksandr Gvozdyk, qui l’a envoyé à l’hôpital et a forcé les médecins à le plonger dans un coma artificiel pendant trois semaines. C’est sans compter sa complexe rupture amoureuse.

PHOTO JEAN-MARIE VILLENEUVE, ARCHIVES LE SOLEIL

Adonis Stevenson a été terrassé par l’Ukrainien Oleksandr Gvozdyk le 1er décembre 2018 à Québec.

Le boxeur a ainsi mis quelques mois avant de se confier à La Presse, avant d’accepter cette entrevue au téléphone, mercredi.

Avant de s’ouvrir et de parler avec son cœur, il a entamé l’entrevue en lisant une courte lettre (qui n’a pas été reprise dans ce texte) pour s’assurer de dire les bonnes choses et de ne pas nuire à la poursuite en Cour de sa mère, Claudette Adonis, à l’endroit de l’ancienne femme de Stevenson, Simone God, dont il est séparé depuis décembre. La mère de Stevenson l’accuse d’avoir notamment pris 891 000 $ de la fortune de son fils sans autorisation ou sans pièce justificative.

Peu après son hospitalisation, en décembre 2018, Simone God a demandé, et obtenu, d’être nommée administratrice provisoire des biens de son mari. Six mois plus tard, un juge a ordonné la gestion des biens du boxeur par une firme comptable indépendante.

Les émotions sont à fleur de peau lorsqu’il évoque sa relation avec celle que l’on surnomme Sissi God, la mère de sa petite fille Adonia. Il met lui-même la question sur le tapis quand on lui demande d’évoquer ses projets d’avenir.

« Je veux aider les gens qui ont des problèmes de commotion cérébrale. J’ai réalisé que s’ils n’ont pas quelqu’un pour les aider, c’est facile pour les gens qui sont vulnérables de se faire avoir. J’ai été vulnérable. Je ne niaise pas, j’ai été vulnérable. Je me suis senti trahi.

« Simone God, je ne vais pas mentir, je l’aimais énormément, je l’aimais comme ça ne se peut pas. Mais elle a abusé de ma confiance. C’est une bonne manipulatrice. Il y a beaucoup de choses qu’elle a faites… cette situation est très dure pour moi. Je pensais que c’était pour la vie, moi et elle. Partout où j’étais, elle était là. Je n’avais aucune barrière pour l’emmener n’importe où.

« Tu sais, quand tu aimes la personne et que tu sais qu’elle ne va jamais rien te faire, ça fait mal, poursuit le boxeur en éclatant en sanglots. Ça fait mal. Vraiment. Elle m’a blessé. Mais je ne veux pas commencer à lancer des injures dans les médias, je laisse la justice régler ça. Quand tu as eu une commotion cérébrale comme ça, tu réalises que la famille, c’est la pierre angulaire. Tous ceux qui ont des problèmes comme ça, s’ils ont la chance de voir leur famille, allez-y. C’est très important. »

Libéré

Adonis Stevenson se sent libéré maintenant qu’il a emménagé chez sa mère, à Laval.

« Quand j’étais avec l’autre [Simone], j’étais bouché, je ne pouvais pas m’exprimer. Je peux dire comment je me sens maintenant. Avant, j’avais peur, parce qu’elle me mettait dans le doute. Maintenant, je suis libre, libre, libre. Un homme libre.

« Je n’ai plus personne pour me dire quoi dire. Je sens que ma mère est là pour moi. Je me sens entouré d’amour avec ma mère et ma famille. Mentalement, c’est quelque chose qui est bon pour moi et qui me permet de récupérer. J’ai beaucoup récupéré. Ma mère, vraiment, a joué un gros rôle là-dedans. Je me sens mieux mentalement. »

PHOTO FOURNIE PAR ADONIS STEVENSON

Adonis Stevenson et sa mère Claudette

Le boxeur peut désormais voir ses quatre autres enfants, nés d’unions précédentes, et il espère revoir sa petite fille Adonia.

« Je n’ai pas mis Simone dehors avec ma fille. Elle s’est enfuie dans la nuit du condo qu’elle avait loué, sans laisser d’adresse. Le roman que Simone a inventé est très loin de la vérité. Elle n’était pas l’amoureuse douce et attentionnée qu’elle prétend être. Je prends maintenant les moyens pour voir ma fille Adonia, comme je vois mes quatre autres enfants. »

Malgré les séquelles du combat, il se souvient de cette soirée de boxe au Centre Vidéotron de Québec, le 1er décembre 2018.

« Au début du combat, je boxais, mais vers la fin, je ne pouvais pas envoyer de coups. Et les coups rentraient sur moi. Quand j’essayais de répliquer, j’étais comme bloqué. Mon esprit voulait que je m’échappe de là, mais mon corps ne bougeait pas. Il y a vraiment eu un blocage. Puis je suis allé au tapis… »

Avec le recul, il estime ne pas avoir disputé ce match dans des conditions optimales. « Avant le combat, j’étais blessé [à la hanche]. Je l’ai fait pareil et ça a mal tourné. En plus, j’avais perdu 25 livres avant le combat [pour respecter la limite de poids]. Ça n’a sûrement pas aidé… »

« Ensemble, aidons Adonis »

Simone God a répondu par courriel à notre demande d’entrevue mercredi soir. 

« Merci de m’avoir contactée. Pour être honnête avec vous, je ne crois pas que ce sont les paroles d’Adonis Stevenson ou la vérité considérant l’influence de sa famille et son état de santé fragile en ce moment. Je viens tout juste de partager mon opinion et la vérité de mon point de vue publiquement sur mon compte Instagram. J’ai toujours été transparente depuis le 1er décembre 2018, si vous voulez partager mes propos, je vous invite à vous référer à ma lettre ouverte au public à Adonis. »

PHOTO BERNARD BRAULT, ARCHIVES LA PRESSE

Simone God et Adonis Stevenson en juin 2018

Dans cette lettre rendue publique cette semaine, elle se disait déchirée par la séparation et inquiète pour lui.

« Je n’ai aucun moyen de te rejoindre depuis que ta mère et ta famille ont envoyé ton avocat pour te voler à moi au milieu de la nuit et couper tout contact avec moi, tes entraîneurs et ceux qui veulent ton bien. Ils l’ont fait connaissant ton état fragile de façon à te manipuler quelques jours avant de passer en Cour.

« Je croyais que la blessure était la pire chose qui puisse t’arriver. Je me trompais. Ta mère naturelle et tes demi-frères qui conspirent avec l’avocat pour te séparer de nous et nous chasser de la maison, qui arrêtent tes traitements et qui multiplient les mensonges dans les médias rendent cette tragédie encore pire. Tu nous manques, ta petite fille et moi.

« Le pire, c’est que je ne sais même pas si tu vas mieux. Je suis tellement inquiète pour toi. J’entends que tu ne vas plus en thérapie. J’en suis terrifiée. Tu dois demander à ta famille de te renvoyer en thérapie puisqu’ils ont le contrôle sur toi. »

Elle conclut sur cette note : « À tous les médias, les fans, les employés, les voisins, ou quiconque a de l’amour dans son cœur, je vous demande de m’aider à entrer en communication avec lui. Si vous le voyez, hurlez-lui que sa fille et sa femme l’aiment et s’ennuient de lui. Pendant qu’il est encore fragile mentalement, les seules voix qu’il entend sont celles de sa famille élargie, et ses avocats avides d’argent. Il n’a pas fait d’apparition publique depuis que j’étais avec lui à la Convention de la WBC en décembre. Ensemble, aidons Adonis. »