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La Presse dans la famille d'Adonis Stevenson: d'angoisse et d'espoir

La mère d'Adonis Stevenson, Claudette, et son frère... (Photo Catherine Lefebvre, collaboration spéciale)

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La mère d'Adonis Stevenson, Claudette, et son frère aîné, Pierre.

Photo Catherine Lefebvre, collaboration spéciale

Malgré le drame qui la secoue, la famille d'Adonis Stevenson a ouvert ses portes à La Presse, le 24 décembre, afin de faire partager au public ses angoisses et surtout ses espoirs.

Quand Pierre, le frère d'Adonis Stevenson, ouvre la porte du bungalow familial dans le quartier Fabreville, à Laval, on entend une joyeuse rumeur en provenance de la cuisine.

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Malgré l'épreuve qu'elle traverse, la famille d'Adonis Stevenson s'est réunie le soir du réveillon pour ne pas rompre avec la tradition

Photo Catherine Lefebvre, collaboration spéciale

Le clan Adonis y est presque déjà au complet en cette fin de journée du réveillon de Noël : les quatre frères, la soeur, les nièces, les conjoints, et les enfants, dont ceux du boxer.

Au coeur de ce clan tissé serré, la maman, Claudette Adonis (dans les faits, Adonis se prénomme Stevenson, mais comme boxeur, il porte le nom de famille de sa mère en guise prénom), pleine d'énergie, anime les convives avec des gestes théâtraux, avant de virevolter d'un geste sec vers ses immenses chaudrons pour veiller sur la dinde, le griot et le riz djon djon.

Même si elle a très peu dormi ces dernières semaines, même si elle vit presque en permanence à l'hôpital de l'Enfant-Jésus de Québec, à plus de 230 km de chez elle, même si elle a pleuré toutes les larmes de son corps depuis le combat tragique de son fils, le 1er décembre au Centre Vidéotron de Québec, Claudette tenait à ne pas rompre avec la tradition familiale, qui remonte à des décennies.

D'abord pour célébrer la vie, plus forte que tout, mais aussi, surtout, parce que la famille a reçu de bonnes nouvelles récemment. L'état d'Adonis s'améliore.

« Les choses vont de mieux en mieux, confie son frère aîné Pierre. Il est en stade de réveil et on a commencé à avoir plus d'interactions. On peut avoir un regard avec lui. Il y a un contact. Il n'a plus besoin de masque pour respirer. Il fait de nouvelles choses chaque jour. Il peut s'asseoir. Il lève les bras et les jambes. On devrait pouvoir le transférer dans un hôpital de Montréal prochainement. Ce sera plus facile pour nous. L'espoir s'installe. Ma mère tenait à faire ce souper avec la famille. Ça met un peu de baume sur la situation. »

« Quand je marchais à longueur de journée dans les couloirs [de l'hôpital], je pleurais tout le temps et dans mes yeux, l'eau n'était jamais séchée. Les infirmières me disaient de manger, mais ça ne passait pas. Maintenant, l'eau dans mes yeux commence à sécher un peu... » - Claudette Adonis, mère d'Adonis Stevenson

Avant de rentrer à Montréal pour le réveillon, la maman a expliqué à Adonis Stevenson qu'elle allait organiser le souper pour la famille, puis revenir à Québec le lendemain pour passer Noël avec lui. Elle tenait à réunir le clan en ces moments difficiles.

« C'est un grand vide aujourd'hui parce qu'il est toujours là, que ce soit Noël, le jour de l'An, Pâques ou le Vendredi saint, mais ses enfants sont ici aujourd'hui et ils comblent un peu de vide, confie Claudette Adonis. Il ne m'a pas répondu quand je lui ai parlé avant de quitter, mais il a fait des gestes. »

« Il semble nous reconnaître, renchérit Pierre, même si je ne peux le dire à 100 %. On ne sait pas ce qui se passe dans sa tête. On dit parfois qu'après un choc comme celui-là, on n'est plus le même. Mais par rapport au début, c'est le jour et la nuit. Il est passé d'un état critique à un processus de guérison, si on peut appeler ça ainsi. Seul le temps nous dira comment il pourra récupérer. Le médecin nous rappelait le cas d'un patient qui devait être lourdement handicapé et qui fonctionne normalement aujourd'hui. Tout dépend de l'individu. Ce qui est bon avec mon frère, c'est qu'il est un athlète. La récupération est plus facile. Mais on ne peut pas aller plus vite que le temps. »

La famille a organisé cette visite de La Presse, lundi, par l'entremise d'amis communs. Elle tenait à communiquer au public les nouvelles encourageantes concernant l'état de santé du boxeur, et également remercier le personnel médical et la garde rapprochée du boxeur, entre autres Yvon Michel et Al Haymon, pour leur soutien indéfectible, ainsi que le public, dont les nombreux messages d'encouragement ont touché le clan en plein coeur.

« Yvon Michel [le promoteur québécois du boxeur] a été d'un grand support, dit Pierre au nom de la famille. Il nous épaule encore. Al Haymon [le promoteur américain] a un représentant sur place à Québec depuis le début. Il veille sur Stevenson. Je suis agréablement surpris de voir à quel point, même dans les moments difficiles, il y a ce support. Cette personne est encore là chaque jour jusqu'à aujourd'hui et y sera demain le jour de Noël. Wow! C'est de la classe. »

« Quand vas-tu arrêter ça ? »

Adonis est passé chez sa mère à Fabreville le jeudi 29 novembre, deux jours avant le combat du samedi 1er décembre. Il a récupéré les plats que lui avait préparés Claudette, comme il le fait avant chaque match de boxe, mais pas seulement avant les combats, lors de ses camps d'entraînement aussi, un peu tout le temps, quoi.

Claudette s'assure qu'il s'alimente de la meilleure façon. Elle lui prépare des potages aux légumes avec des produits bios qu'elle a soigneusement choisis au marché, elle lui fait du poisson et aussi, comme ce jeudi-là, une tisane à la cannelle et au miel parce qu'il toussait.

Avant qu'il ne reparte en direction de Québec, elle lui a posé la même question, celle qu'elle lance avant chacun des combats de son fils.

« Je lui ai dit : "Quand vas-tu arrêter ça, tu joues avec le feu." Je lui ai dit : "Tu as 41 ans, tu as cinq enfants, il faut réfléchir un peu." Il m'a répondu : "Dans deux ou trois ans." Même si je vais voir ses combats, mon coeur ne le supporte pas. » - Claudette Adonis

Pierre a vécu les tourments de sa maman. « Il n'y a pas beaucoup de mères qui tripent à voir leur fils boxer. Surtout pas dans notre communauté. Pour nous, on voit souvent la boxe comme deux hommes qui se frappent dessus. Elles ne comprennent pas le but. Dans notre communauté, il faut faire un beau métier, soit médecin, avocat ; le sport, surtout la boxe, est moins bien vu. Elles ont peur pour leurs enfants. »

Toute la famille ou presque était à Québec pour le combat de championnat du monde contre Oleksandr Gvozdyk. Adonis Stevenson était en voie de conserver sa ceinture de champion lorsque le vent a tourné au 11e round et que l'Ukrainien a martelé le Québécois de coups pour forcer l'arbitre à mettre fin au combat.

« Nous étions sous le choc, raconte Pierre. Habituellement, c'est l'autre qui tombe. Lui n'était jamais tombé. On ne savait pas comment réagir. En même temps, on n'a pas vu les derniers coups, on était plus dos à la scène. On a vu l'arbitre arrêter le combat. Ma mère a réussi à monter sur le ring [pour s'enquérir de son état]. Ça avait l'air correct. »

La famille a rejoint le boxeur dans le vestiaire. « On parlait, dit Pierre. Tout semblait normal. Puis, il a ressenti des étourdissements en sortant de la douche. Il ne se sentait pas bien. On a appelé les médecins et ils l'ont transporté sur une civière pour l'emmener à l'hôpital. La situation s'est vite aggravée. On l'a opéré d'urgence pour réduire la pression dans son cerveau. Ces heures-là ont été vraiment stressantes. C'était un moment critique. »

L'hôtel à Québec avait été réservé jusqu'à dimanche. La famille n'avait évidemment pas prévu prolonger son séjour. Pendant qu'Adonis Stevenson était plongé dans un coma artificiel pour stabiliser sa situation, ce que les médecins appellent un état de sédation profonde, la famille est rentrée brièvement à Montréal pour récupérer des effets personnels.

« Mon corps est rentré à Montréal, mais mon âme était encore là-bas », confie la maman.

Depuis, Claudette Adonis, à la retraite après avoir travaillé toute sa vie comme préposée aux bénéficiaires, s'est installée dans un hôtel situé à un jet de pierre de l'hôpital à Québec. Ses enfants font le relais. Pierre a un patron compréhensif qui lui permet de s'absenter quelques jours par semaine.

« Je travaille dans le domaine de la rénovation pour quelqu'un que je connais. Il connaît la situation et il est assez ouvert, mais je vais avoir des heures à lui redonner, dit Pierre en riant. Maman a quand même 71 ans, mais c'est un vrai soldat. Il faut qu'elle soit là pour son garçon. »

Sympathie et commentaires virulents 

La famille Adonis a été touchée par la vague de sympathie qui déferle des quatre coins du monde. Elle a apprécié le message de Gvozdyk, de la pléiade de champions et toutes les ondes positives des gens du public.

Il y a aussi eu des commentaires acerbes sur les réseaux sociaux. « C'est sûr que mon frère a eu une période difficile à un certain âge, une période plus mouvementée où on fait des conneries qu'on regrette plus tard, répond Pierre. Les gens qui ont quelque chose sur le coeur à propos de ce qui est arrivé à l'époque allaient ressortir, je m'y attendais. C'est dommage que les gens ne puissent pas voir que le gars qui était jeune à l'époque et qui faisait des conneries n'est plus le même homme une vingtaine d'années plus tard. C'est difficile de voir ça, mais c'est leur droit, on est dans un pays libre. »

Devant la virulence de certains commentaires, certains se sont levés pour calmer les ardeurs.

« On a apprécié entendre ceux qui ont dit que ça allait trop loin pour certains dans leur façon de s'exprimer. Je n'ai pas voulu aller sur les réseaux sociaux. Même les nouvelles du sport ou de la boxe. Mais on me l'a rapporté. Je savais que ça allait débouler à un moment donné. » - Pierre, frère aîné d'Adonis Stevenson

« Les réseaux sociaux dévoilent parfois le côté sombre de l'humain. On est capable de s'exprimer plus facilement sans se faire voir. Souvent, les gens ont tendance à croire, lorsqu'un malheur arrive à quelqu'un et qu'ils connaissent un peu le passé de la personne, ils vont avoir tendance à dire que c'est le karma. Mais est-ce que c'est le karma pour tout le monde à qui un malheur arrive ? Tout ce qu'on veut, c'est des ondes positives des gens qui nous soutiennent dans cette épreuve. »

Au moment de partir, il faut se frayer un chemin parmi les invités pour retrouver Claudette Adonis au fond de la cuisine afin de la remercier. Elle trouve le temps de faire les salutations d'usage, avant de retourner à son clan pour s'assurer que personne ne manque de rien. Elle est de ces femmes fortes qui pensent aux autres avant de songer à elles-mêmes.




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