Lucian Bute n'est pas le seul à mettre en jeu son avenir dans la boxe en remontant sur le ring samedi soir. Le groupe de promotion InterBox a aussi beaucoup à gagner et à perdre dans le combat qui aura lieu au Centre Bell.

Gabriel Béland LA PRESSE

Pour la première fois en cinq ans, InterBox n'a plus de champion du monde dans son écurie. Le long règne de Bute à l'IBF garantissait de bonnes foules au Centre Bell et suscitait l'intérêt des réseaux de télévision américains. Mais la défaite qu'il a subie le mois de mai dernier est venue changer la donne.

Déjà, l'effet se fait sentir sur la vente des billets. InterBox s'attend à voir quelque 8000 spectateurs pour le retour de Bute. L'ancien champion a pourtant déjà attiré plus de 13 000 amateurs au Centre Bell. «Je pense qu'il y a du scepticisme, souligne le président d'InterBox et patron des Cages aux Sports, Jean Bédard. Il s'est écrit et dit beaucoup de choses depuis son dernier combat, que Lucian n'est pas bon, qu'il est ceci ou ça.»

L'homme d'affaires et promoteur pense aussi que «bien des Québécois ont eu le coeur brisé au mois de mai» lorsque le boxeur montréalais a été mis hors combat par Carl Froch. Mais peu importe les raisons, le constat reste le même: «On recommence un peu plus bas. On est revenus au même point qu'avant d'être champions du monde, reconnaît Bédard. Mais ce combat est incontournable. On doit le faire. Ça fait partie de la carrière d'un boxeur de revenir d'une défaite.»

Le souhait d'InterBox est de relancer la carrière de Lucian Bute sur de bonnes bases. De ce côté, le ménage a d'ailleurs été fait après la défaite du mois de mai. Par exemple, InterBox a mis fin à son association avec le réseau Showtime et fait maintenant de l'oeil à HBO. Lucian Bute a aussi signé un contrat de trois combats avec son promoteur, s'assurant d'une certaine stabilité.

Le but de toutes ces manoeuvres est limpide: le clan Bute souhaite mettre la défaite contre Froch derrière elle et se tourner vers l'avenir. Pour l'instant, tous ces plans dépendent d'une victoire samedi soir contre Denis Grachev (12-0-1, 8 K.-O.). Car une deuxième défaite de suite pourrait avoir des conséquences funestes pour InterBox.

L'idée d'un combat revanche contre Carl Froch au mois de mars à Montréal dépend d'un retour réussi. Jean Bédard est d'avis, tout comme l'entraîneur Stéphan Larouche, que ce combat revanche n'arrivera pas en cas de défaite samedi soir. «Si Lucian n'est pas capable de battre Grachev, je ne pense pas qu'il devrait être dans le même ring que Carl Froch», dit-il.

Pas de retraite à l'horizon

Les ennuis récents de Lucian Bute ont mis en lumière la dépendance d'InterBox sur ce seul boxeur. Contrairement au Groupe Yvon Michel, qui compte plusieurs têtes d'affiche, son écurie compte seulement le Québécois d'origine roumaine comme atout.

«Il faut comprendre qu'on n'est pas une compagnie de boxe. On est une compagnie de promotion et on fait la promotion de Lucian Bute avec une sous-carte, explique Bédard. Donc, c'est sûr que si Lucian n'est plus là, on va devoir revoir notre modèle d'affaires. Mais ça, on va le savoir le 3 novembre à minuit.»

L'entente de trois combats ne garantit pas la tenue d'autant de prestations de Bute, précise d'ailleurs le promoteur. Si les choses ne se déroulent pas bien samedi, les deux autres combats prévus au contrat pourraient très bien ne pas avoir lieu.

Mais une défaite signifierait-elle le départ de Lucian Bute à la retraite? «Lucian adore son sport et il n'a jamais parlé de retraite. Il ne nous a pas dit: "si je ne gagne pas samedi, je prends ma retraite", révèle Jean Bédard. Mais Lucian ne sera pas du style à se battre pour étirer sa carrière ou pour faire de l'argent. Une défaite serait importante, mais je ne peux pas dire que Lucian arrêterait.»