La rivalité est aussi intense que méconnue: elle oppose une Ontarienne et une Québécoise, deux boxeuses d'exception, dont les tiroirs débordent de médailles, de titres mondiaux, et qui vont s'opposer cette semaine pour représenter le Canada aux Jeux de Londres.

Mis à jour le 10 janv. 2012
Gabriel Béland LA PRESSE

«Londres, c'est mon objectif et je vais y aller.» Au bout du fil, la voix d'Ariane Fortin déborde de confiance. L'athlète de 27 ans s'apprêtait hier à partir pour Cape Breton, en Nouvelle-Écosse, où commencent aujourd'hui les Championnats canadiens de boxe.

La compétition fait partie d'une série d'épreuves qui permettra de sélectionner l'équipe olympique en vue des Jeux olympiques de l'été prochain. Pour la première fois cette année, la boxe féminine sera représentée aux Jeux. Ariane Fortin n'a pas l'intention de les regarder à la télé.

Le seul hic, c'est qu'elle est en compétition avec l'Ontarienne Mary Spencer. Les deux ont déjà remporté un titre mondial, mais dans des catégories de poids différentes. À cause des classes retenues pour Londres, elles se battent donc pour une unique place chez les 75 kilos.

Si elles étaient de nationalités différentes, Fortin et Spencer auraient sûrement toutes deux leur passeport olympique. Mais le Canada a la chance de compter deux des meilleures boxeuses au monde, et seule l'une d'elles réalisera son rêve olympique.

«Spencer est favorite. Elle est sur l'équipe canadienne, elle vient de gagner aux Jeux panaméricains, où je n'ai pu aller parce que je n'étais pas sur l'équipe, raconte Fortin. Mais je me suis améliorée et je suis prête. Je vais gagner!»

Des combats serrés

Les deux boxeuses se sont rencontrées deux fois dans les deux dernières années. L'Ontarienne a remporté chaque fois une décision serrée. Plusieurs pensaient même que la Québécoise avait remporté leur dernier affrontement, mais les juges en ont décidé autrement.

Un tirage au sort va déterminer aujourd'hui quand les deux boxeuses s'affronteront cette semaine. Mais Ariane Fortin n'entend pas laisser au hasard - ni aux juges - l'issue du combat.

«La bataille hors du ring, je ne veux pas trop en parler. Ça ne sert à rien de chialer, mais c'est vrai que beaucoup de monde a pensé que j'avais gagné notre dernier combat, explique Ariane Fortin. Maintenant, il ne faut pas faire d'erreurs. Il ne faut pas laisser la chance aux juges, il ne faut pas laisser la chance à Mary de faire des points. Il faut que je sois tellement meilleure que les juges n'aient pas le choix de me donner la victoire.»

Si Ariane Fortin l'emporte contre Spencer et devient championne canadienne, elle aura encore une chance de se rendre à Londres. Elle devra aussi l'emporter aux sélections nationales qui ont lieu à Saint-Hyacinthe à la fin février.

Si elle perd, par contre, elle devra faire une croix sur les Jeux olympiques. Cette issue n'est pas une option pour la Québécoise, qui rêvait déjà aux Jeux lorsqu'elle a commencé la boxe à l'âge de 16 ans.

«Ça fait deux ans qu'on se livre des combats serrés, qui ont penché en sa faveur. Je croyais pourtant que je m'étais améliorée, alors je ne cacherai pas que ç'a été dur, raconte Fortin. Mais jamais pendant tout ce temps, je n'ai arrêté de croire que j'irais à Londres.»

À Boxe Canada, on explique n'avoir jamais vu un combat avec autant d'enjeux, suscitant autant d'intérêt. «Fortin et Spencer sont probablement les meilleures boxeuses au monde, mais elles doivent toujours se battre pour la même place, indique le directeur de haute performance pour Boxe Canada, Daniel Trépanier. C'est dommage, parce que les deux sont clairement assez bonnes pour se rendre aux Jeux.»