Le Canada, figure incontournable du soccer mondial ? Il n’y a pas si longtemps, on ne pouvait s’imaginer prononcer ces mots dans cet ordre précis. Mais force est d’admettre qu’après sa victoire de 2-0 au Honduras dans cette phase finale des qualifications pour la Coupe du monde de 2022, on peut s’aventurer un peu.

Mis à jour le 27 janvier
Jean-François Téotonio
Jean-François Téotonio La Presse

Porté par les grandes qualités techniques de Tajon Buchanan pour le premier but canadien, par le brio de classe mondiale de Jonathan David sur le deuxième et par des arrêts miraculeux de Milan Borjan, l’unifolié repart de San Pedro Sula avec trois points cruciaux dans l’Octogonale.

La sélection maintient ainsi sa position de leader dans la CONCACAF, devant les États-Unis et le Mexique, qui ont aussi gagné jeudi.

« La discipline était de mise ce soir, a commenté le sélectionneur du Canada John Herdman après la rencontre. Tu ne peux pas venir ici et tenter de jouer comme le FC Barcelone, avec ce type de terrain et cet environnement. »

Herdman faisait référence à la foule habituellement hostile de l’Estadio Olímpico Metropolitano.

PHOTO DELMER MARTINEZ, ASSOCIATED PRESS

Jonathan David célèbre avec ses coéquipiers après avoir inscrit le deuxième but du Canada.

Parce que cette victoire, c’est la première que le Canada remporte au Honduras depuis… 1985. On a l’impression que cette équipe réalise des jalons historiques à chacune de ses rencontres, depuis peu.

Et pour Atiba Hutchinson, doyen de cette sélection avec 90 matchs disputés, la victoire de jeudi soir revêt un caractère particulier.

« C’est la première fois que j’obtiens un résultat ici, a-t-il lancé avec soulagement à la caméra de Soccer Canada. Et celui-là est spécial. Ça fait longtemps qu’on l’attend. »

On sent que Hutchinson a encore en tête cette cinglante et humiliante défaite de 8-1, subie sur le même terrain en 2012, aussi en qualifications pour la Coupe du monde.

« J’ai passé plusieurs nuits à ne pas dormir en pensant à cet endroit. Venir ici et remporter une victoire aussi importante, ça montre à quel point cette équipe est solide. »

Le Canada marque, Alphonso Davies célèbre

Le premier but du match a été le résultat de l’excellent travail de Tajon Buchanan à droite, à la 11minute.

L’ailier droit canadien dribble avec le ballon à l’orée de la surface, s’offrant même quelques enjambées rappelant celles de Cristiano Ronaldo. Il déjoue ainsi habilement le défenseur hondurien, qui tombe à la renverse, et centre vers le devant de la cage. Denil Maldonado, en tentant de dégager, fait plutôt dévier le cuir dans le filet.

Le joyau canadien Alphonso Davies, qui souffre d’une myocardite apparemment liée à une infection à la COVID-19, a dû rester à l’écart lors de cette fenêtre internationale. Ça ne l’a pas empêché de suivre et de soutenir sa sélection de chez lui, au Canada.

En direct sur la plateforme Twitch, Davies regardait le match au côté de son père. Il discutait avec les internautes, grignotait, dansait et commentait les actions.

Et lors des buts du Canada, il célébrait.

Le sélectionneur John Herdman avait dit plus tôt cette semaine combien la grande vedette du Canada amenait « un esprit positif contagieux » au groupe, habituellement, et que ça manquerait à son équipe pour ces trois matchs. On le croit.

Après le premier but canadien, le rythme s’est détendu de part et d’autre.

Au retour de la pause, toutefois, le Honduras a commencé à menacer plus souvent le filet adverse et dominait la possession du ballon. Le gardien canadien Milan Borjan a dû se démarquer à quelques reprises, notamment sur une bonne tête d’Anthony Lozano à la 59e.

Son plus bel arrêt est survenu à la 70e. Un coup franc hondurien a été repris de la tête par Kervin Arriaga. Borjan l’a repoussé du bout de la main. Les Canadiens ont eu chaud. Alphonso Davies aussi. Le latéral canadien a affirmé vers la fin de la rencontre que son gardien méritait le titre de joueur du match. On ne peut qu’être d’accord.

Parce qu’on sentait le Canada dans les cordes à ce moment. N’eussent été les parades de Borjan, l’histoire aurait été bien différente.

Un filet de « calibre international »

Mais voilà qu’à la 73e, Jonathan David convertit enfin une de ses chances. Et il le fait avec l’aplomb de l’élite du soccer international.

Une passe sublime du milieu défensif Liam Fraser, tout juste devant sa propre surface, est parfaitement contrôlée par David de l’autre côté du terrain. En se retournant, l’attaquant de Lille reçoit le ballon sur sa poitrine, le pousse vers l’avant de la tête, puis l’envoie en lob de l’extérieur de la surface. Alphonso Davies, sur Twitch, se réjouit encore.

« Il fait le sale travail, a analysé John Herdman à propos de son attaquant. C’est un joueur au top en Europe. Un joueur de sa trempe qui fait autant de sale boulot, dans un environnement comme celui-ci, ce n’est pas facile. »

Atiba Hutchinson renchérit.

La passe de Liam Fraser est de classe mondiale, il l’a placée sur un plateau d’argent. Puis il y a le sang-froid de Jonathan pour effectuer son contrôle. C’est de calibre international.

Atiba Hutchinson, doyen de la sélection canadienne

Ce n’était pas toujours joli, mais à 2-0, le Canada n’avait plus qu’à bien gérer sa fin de match.

PHOTO DELMER MARTINEZ, ASSOCIATED PRESS

Atiba Hutchinson et Alfredo Mejia

« Ça n’allait pas être le genre de soirée où on allait avoir un match parfait », a estimé Herdman.

« Notre mentalité avant le match, c’était qu’on allait devoir se battre constamment. […] On allait défendre, attaquer, trimer dur. On peut faire du beau jeu un autre jour. »

Trois joueurs du CF Montréal ont pris part à cette rencontre : Samuel Piette et Alistair Johnston étaient titulaires pour le Canada, Romell Quioto l’était pour le Honduras.

Piette a bien défendu une montée hâtive de Quioto, et a connu un bon début de match. Il a toutefois dû céder sa place à la 39e, blessé après avoir subi un tacle solide.

Mais c’est le seul bémol à cette soirée au Honduras.

Parce que les blessures de 2012 peuvent maintenant être pansées. On est dans une autre époque pour le soccer au Canada. Une époque où une qualification pour la Coupe du monde n’est plus un rêve lointain, mais pratiquement une réalité.

L’équipe s’est envolée jeudi soir pour Hamilton, où elle affrontera les États-Unis dimanche, au Tim Hortons Field. Son dernier match de cette fenêtre internationale aura lieu au Salvador, mercredi prochain.