Alexandre Pratt Alexandre Pratt
La Presse

« Encore des mots, toujours des mots, les mêmes mots
Comme j’aimerais que tu me comprennes
Rien que des mots
Que tu m’écoutes au moins une fois
Des mots magiques, des mots tactiques qui sonnent faux »
– Dalida (Paroles)

Chaque saison morte, les clubs font des promesses. D’espoir. De jours meilleurs. De nouvelles vedettes. De victoires. De trophées.

L’hiver dernier, l’Impact de Montréal a mis la barre encore plus haut. Il a promis de se réinventer. Joey Saputo a donc cédé la présidence qu’il occupait depuis la fondation de l’équipe, il y a 25 ans. Un geste nécessaire, expliquait-il, car « ça prend un président entièrement dédié à la croissance, au succès du club, avec sa propre vision et sa propre philosophie ».

Kevin Gilmore lui a succédé. Avec grandiloquence. « Nous voulons être un grand club dans un grand marché », a-t-il annoncé. Les fans ont applaudi. Et pour y arriver, « ça prend un changement de culture ».

De belles paroles.

Sauf que les bottines n’ont pas suivi les babines.

Neuf mois plus tard, l’Impact se trouve dans un état lamentable. Désespérant. Pitoyable. Le club vit ses pires moments en MLS. Ce n’est pas peu dire, considérant l’histoire mouvementée de la franchise. Toutes les promesses de janvier se révèlent être des châteaux en Espagne.

– Le club est en décroissance

Les assistances ont chuté de 12 % cet été. De 19 % depuis deux ans. Et les billets sont bradés les jours de match. Faites le calcul. C’est un spectateur sur cinq de moins dans le stade Saputo. Conséquence : des revenus en baisse. Ce qui limite les possibilités de l’Impact sur le marché des transferts.

– L’Impact ne connaît pas de succès

Seulement deux victoires à ses 12 dernières parties en MLS. Samedi, il s’est fait battre à domicile. Pire que battre. Blanchir. Par le Cincinnati FC, un club d’expansion qui n’avait rien gagné depuis deux mois. C’était la septième fois cet été que les Montréalais ne marquaient pas au stade Saputo.

– L’Impact n’a ni vision ni philosophie

Même Kevin Gilmore le reconnaît. Je le cite, à la mi-août : « Moi, ce qui me frappe par rapport à ce qui manque ici, c’est une identité. On change d’entraîneur. On change de système. On change d’identité. Mais on n’a jamais pris le temps de définir ce qu’on est comme club. » Ça paraît.

– L’Impact n’a pas changé de culture

L’urgence, l’impatience et l’improvisation caractérisent toujours l’entreprise. Dernier exemple : le congédiement de Rémi Garde. Kevin Gilmore a décidé du sort de son entraîneur-chef pendant un vol d’avion vers l’Europe. Le lendemain, il cassait la croûte avec le futur entraîneur-chef, Wilmer Cabrera. Six heures plus tard, tout était réglé.

Une décision impulsive et mal avisée de la part d’un président qui promettait de se tenir loin des opérations soccer. Depuis, tout s’écroule. Comme un château de sable avalé par l’ouragan Dorian.

Oui, le vent de tempête soufflait déjà fort même avec Garde. Sauf que l’Impact était encore parmi les équipes qualifiées pour les séries. Un exploit, en l’absence de Nacho Piatti, qui représente le tiers des dépenses salariales du club. En comparaison, le Crew de Columbus s’est effondré après la perte de son meneur de jeu, Federico Higuain.

Une semaine avant son congédiement, Garde avait mis de l’ordre dans la maison en envoyant ses joueurs problématiques sous d’autres cieux. Les blessés étaient sur le point de revenir au jeu.

Puis Kevin Gilmore a levé la digue. Au mauvais moment. Le président aurait eu intérêt à relire ce classique de Jean de La Fontaine.

« Patience et longueur de temps font plus que force ni que rage. »

Sauf que ce n’est pas dans la culture de l’Impact. Depuis 25 ans, ses dirigeants tentent de guérir le malade à coups de diachylons. Cette fois, le plaster décolle et le patient se vide de son sang. À la vue de tous.

PHOTO BERNARD BRAULT, ARCHIVES LA PRESSE

Kevin Gilmore, président et chef de la direction de l’Impact

J’ai un peu pitié de Wilmer Cabrera. Le pauvre homme n’est manifestement pas la bonne personne, à la bonne place, au bon moment. Il semble étouffé par la crise. Ses choix tactiques sont douteux.

Dans le derby contre Toronto, l’Impact tirait de l’arrière 2-1 à la 82e minute. Cabrera a remplacé un attaquant blessé, Anthony Jackson-Hamel, par un défenseur, Jorge Corrales. Pendant les dix minutes suivantes, l’Impact s’est empêtré avec cinq défenseurs. Incapable de contrôler le ballon dans la zone adverse. Ses joueurs lui faisaient des appels de phare pour qu’il réagisse. Le renfort est finalement venu à la 92e minute. Trop tard.

Samedi, contre Cincinnati, Cabrera a rappelé au banc son meilleur joueur de la rencontre, Orji Okwonkwo. L’attaquant nigérian – qui jouait avec cœur – était contrarié. TVA Sports nous l’a montré en train de maugréer. Rien pour aider le leadership de son nouvel entraîneur.

Okwonkwo n’était pas le seul mécontent samedi.

À la (longue) liste des insatisfaits, ajoutez les fans. Samedi, ils ont accueilli les joueurs avec une large banderole, sur laquelle on pouvait lire : « Que les vrais se lèvent. » Les seuls que j’ai vus se lever, ce sont les partisans dégoûtés qui ont quitté le spectacle avant la fin. Après le coup de sifflet final, les Ultras se sont déchaînés. « Réveillez-vous », ont-ils scandé aux joueurs venus les saluer. Les plus frustrés ont lancé des bouteilles d’eau sur le terrain. Ce n’était pas joli.

Sur les réseaux sociaux, plusieurs partisans ont annoncé leur intention de résilier leur abonnement pour la saison prochaine. L’animateur Patrick Marsolais a choisi de conserver ses billets. « En me bouchant le nez. À reculons, sans plaisir ni fierté. Je l’ai fait parce que j’ai peur qu’un requin dans une belle grosse ville américaine n’attende que le naufrage complet de l’Impact pour mettre la main dessus. Mais cr…, l’Impact, déniaise. »

Le message de la direction ne passe plus. Les promesses non plus.

Ça va prendre plus que des caramels, des bonbons, des chocolats et des grilled-cheese pour satisfaire les fans.

Ça va prendre des victoires.