(Madrid) Place forte du soccer européen depuis 2016, Madrid accueille samedi toute la ferveur anglaise pour la finale de Ligue des champions entre Tottenham et Liverpool. Un choc 100 % britannique en Espagne, où ont afflué des milliers de supporteurs sous étroite surveillance.

Daniel SILVA Agence France-Presse

Au stade Metropolitano de l’Atlético, assailli en fin d’après-midi de fans bigarrés et bon enfant, la « coupe aux grandes oreilles » change de terre d’accueil : elle rejoint l’Angleterre, après trois saisons de mainmise du Real Madrid de Zinédine Zidane et cinq années consécutives de monopole espagnol.

Le rouge de Liverpool et le blanc de Tottenham ont coloré samedi les rues de Madrid, où des supporters des deux clubs déambulaient en chantant, buvaient de la bière aux terrasses par 32 degrés ou exhibaient désespérément des pancartes pour se procurer des billets.

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Des supporteurs de Tottenham cherchant des billets avant le début de la rencontre.

Kemam Kalkavar, ingénieur de 50 ans originaire de Turquie et fervent supporteur de Liverpool, avait pris spécialement l’avion depuis Ankara avec des amis, et se disait prêt à payer 5000 euros (environ 7500 dollars canadiens) pour une entrée, car « regarder le match à l’intérieur du stade c’est bien plus passionnant ».

Vendredi, une Vénézuélienne avait été interpellée sur la Puerta del Sol pour avoir vendu à un citoyen roumain deux faux billets à 4200 euros chacun. Et la police a annoncé « deux nouvelles arrestations pour vente de fausses entrées aux abords de la zone de rencontre des supporteurs du Liverpool ».  

Opulente Premier League

Quel que soit le vainqueur, voilà la Liga espagnole contrainte de rendre sa couronne européenne à l’opulente Premier League,  en phase ascendante malgré l’interminable feuilleton politique du Brexit.

Qui prendra le pouvoir ? Liverpool, quintuple champion d’Europe, battu en finale l’an dernier par le Real (3-1) et entraîné par le charismatique technicien allemand Jürgen Klopp ? Ou bien l’étonnant Tottenham de l’Argentin Mauricio Pochettino, un club qui vit sa première finale de C1 et brigue un premier sacre ?

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Juergen Klopp entend bien remporter un premier titre européen.

Au stade Metropolitano, l’habituelle intensité physique de la Premier League annonçait du grand spectacle entre les « Reds » de l’Égyptien Mohamed Salah et les « Spurs » de l’Anglais Harry Kane, invité de dernière minute dans le onze titulaire alors qu’il revenait tout juste de blessure.

Quant à la ferveur des chants anglais, elle donnait la chair de poule… à condition de supporter la canicule sévissant à Madrid.

« C’est un match fantastique à jouer et à savourer, même si la meilleure manière de l’apprécier est de gagner », a prévenu le gardien français Hugo Lloris, capitaine de Tottenham.

Pour les deux clubs, comme d’ailleurs leurs entraîneurs, voilà une opportunité idéale de se défaire de leur étiquette de perdants magnifiques. « Je ne me vois pas comme un perdant ! », a lancé vendredi Klopp… qui a perdu les trois finales européennes qu’il a vécues comme entraîneur.

« Nous avons deux vraies équipes dans cette finale », a ajouté Klopp, encensant son homologue. « Je respecte énormément ce que “Poch” a accompli. Il avait un groupe très talentueux à son arrivée, mais la manière dont ils ont progressé est vraiment impressionnante », a dit vendredi l’entraîneur des « Reds ».

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Mauricio Pochettino est le premier entraîneur à mener Tottenham en finale.

L’entraîneur des « Spurs » lui a rendu la politesse : « Liverpool est une grande équipe. Avec Manchester City, c’est la meilleure équipe d’Angleterre. Ils étaient déjà en finale l’an dernier et tout le mérite en revient à Jürgen et à ses joueurs », a répondu Pochettino.

Dispositif de sécurité inédit

Au total, quelque 32 000 supporteurs anglais devaient prendre place au stade Metropolitano, d’une capacité de 68 000 spectateurs.  

Mais au micro de la télévision régionale, Juan José Blardony, directeur de l’association des hôteliers madrilènes La Viña, a chiffré à 70 000 l’afflux attendu de supporteurs.

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La présence policière était visible aux abords du stade Metropolitano.

Même si Tottenham et Liverpool n’entretiennent pas de rivalité historique, les autorités espagnoles ont déployé un dispositif de sécurité inédit avec 4700 agents et pour la première fois un drone pour surveiller les partisans, notamment ceux dépourvus de billets.  

Dans la nuit de vendredi à samedi, quatre Britanniques ont été arrêtés pour différentes agressions. Et selon la police, un Britannique a été interpellé dans l’après-midi près du stade, alors qu’il détenait des stupéfiants et avait agressé des agents, selon la police.  

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José Antonio Reyes

En attendant le coup d’envoi, l’Espagne et l’Angleterre du soccer se sont unies dans le deuil samedi : un accident de voiture a coûté la vie à l’ancien international espagnol José Antonio Reyes, qui était âgé de 35 ans et avait évolué entre autres à Arsenal et au Real Madrid.

Symboliquement, Tottenham a présenté ses condoléances à la famille de Reyes et au club d’Arsenal, son voisin et éternel rival des quartiers nord de Londres. Et l’UEFA a annoncé la tenue d’une minute de silence en hommage à l’attaquant espagnol, juste avant le coup d’envoi de cette finale si attendue et si incertaine.