Considéré comme «le meilleur joueur du monde», Lionel Messi (23 ans) contribue largement à la belle aventure de l'Argentine dans le Mondial 2010, mais son manque d'efficacité interpelle: en quatre matches, il n'a toujours pas marqué le moindre but.

Yann Bernal AGENCE FRANCE-PRESSE

«Je suis tranquille», «ce n'est pas grave», répond-il à chaque fois.

«Pour être le meilleur joueur du tournoi, Messi doit marquer des buts»: la pertinence de la remarque signée Franz Beckenbauer, dans le journal argentin Clarin au lendemain de l'entrée en lice de l'Albiceleste (1-0 contre le Nigeria), s'aiguise néanmoins à mesure que s'étire la disette de Messi.

En cause, une question de positionnement. Depuis le début du Mondial, Messi évolue en vrai numéro 10, en meneur de jeu axial, alors qu'il joue plus haut au FC Barcelone, en «neuf et demi», ce qui lui a permis d'empiler les buts cette saison en club (34 en 35 matches du Championnat d'Espagne).

Lors du dernier vrai test de l'Albiceleste avant le tournoi sud-africain, Diego Maradona l'avait d'ailleurs posté en soutien d'Higuain. Ce 3 mars à Munich, l'Argentine l'avait emporté, contre... l'Allemagne, pour une répétition du quart de finale de samedi au Cap.

Puis Maradona a changé ses plans: il a décidé qu'il ne pouvait se passer de Tevez en attaque. Messi a donc reculé d'un cran. Et il n'a marqué aucun des 10 buts de son équipe, qui détient la meilleure attaque du tournoi à l'issue des huitièmes de finale.

À l'origine de six buts

Une certaine maladresse y est également pour quelque chose: il est, avec 23 tirs, le joueur qui a le plus tenté sa chance! Le Ghanéen Gyan présente la même statistique mais il a marqué trois fois (dont deux fois sur penalty). À plusieurs reprises, Messi a aussi rasé ou trouvé le poteau. Mais le numéro 10 est quand même à l'origine de six des dix buts de ses partenaires.

«Je ne me plains pas, mais c'est vrai que je ne suis pas habitué à jouer meneur, remarque-t-il. Diego me demande de jouer comme ça, loin des cages, en soutien de «Pipita» (Higuain) et de «Carlitos» (Tevez). Quand la «Bruja» (Veron) entre, je me projette plus vers l'avant, parce que c'est lui qui fait jouer l'équipe».

Sera-t-il entendu? L'air de rien, Maradona renforce sa défense au fil de la compétition. Son onze avait débuté avec une arrière-garde à trois éléments, avant de passer à quatre avec l'adjonction d'un arrière droit (Otamendi).

Et pour contenir l'Allemagne, ses jeunes flèches (Podolski, Müller) et son maître à jouer (Özil), le sélectionneur argentin pourrait remplacer l'offensif milieu gauche Di Maria, qui court beaucoup mais souvent sans ballon, par un milieu défensif épaulant Mascherano. Gutierrez ou Veron ont le profil. Cela propulserait Messi davantage vers l'attaque.

Et pourrait l'aider à briser cette longue disette. «J'ai perdu mon pari (avec Maradona) parce que je n'ai pas marqué, révélait-il dimanche soir. Mais maintenant, au prochain match, j'ai l'intention de jouer à quitte ou double...»