L'ancien international anglais Gary Lineker ne se trompait pas le jour où il a dit que «le football est un sport dans lequel 22 personnes courent après un ballon, un arbitre fait une série d'erreurs et, à la fin, l'Allemagne gagne toujours».

Jean-François Bégin LA PRESSE

L'arbitre, ou plutôt l'un de ses assistants sur les lignes de côté, a commis une erreur majeure et a coûté un but évident à l'Angleterre dans la cuisante défaite de 4-1 infligée par l'Allemagne, hier. La controverse suscitée par le but refusé à Frank Lampard a menacé, non sans justification, d'éclipser un match jusque-là hautement divertissant entre les deux ennemis de toujours.

Mais la gaffe d'arbitrage, si elle va relancer le débat sur la nécessité d'utiliser les reprises vidéo au soccer, ne devrait pas faire de l'ombre à l'excellence de la Mannschaft. L'Argentine va en avoir pour son argent en quarts de finale, samedi.

Tactiquement, la jeune équipe - moyenne d'âge de 24 ans - de l'entraîneur Joachim Loew a joué un match quasi parfait. Elle a exploité à répétition les failles évidentes de la défense anglaise, particulièrement vulnérable face à la contre-attaque.

«C'est une victoire méritée, une grande performance d'équipe, a dit Loew. Tous les joueurs ont pris leurs responsabilités et on fait le travail sur le terrain. Leur conviction était évidente.» Particulièrement celle de Thomas Mueller: le milieu du terrain du Bayern Munich, 20 ans seulement, a marqué les deux derniers buts des siens et a fait la passe décisive à Lukas Podolski sur le but qui a donné l'avantage définitif aux Allemands, à la 32e minute.

Évidemment, ce but aurait été moins important si les officiels avaient vu ce qui a sauté aux yeux des 40 510 spectateurs - en majorité partisans de l'Angleterre - présents au Free State Stadium de Bloemfontein. Une minute après que Matthew Upson eut rétréci l'écart, la longue frappe de Lampard a touché la barre horizontale, avant de retomber nettement derrière la ligne. Mais les arbitres n'ont rien vu.

L'homme de six millions (de livres) de l'Angleterre, le manager Fabio Capello, a tempêté après le match. «Si ce but avait compté, le match aurait pris une tournure bien différente», a-t-il dit dans son anglais hachuré.

Il n'a pas tort. En comblant rapidement un retard de deux buts, les Anglais auraient non seulement regagné l'ascendant psychologique. Ils auraient aussi pu limiter les risques en deuxième mi-temps, au lieu d'être contraints d'ouvrir le jeu et de s'exposer à la riposte des Allemands. Et quelle riposte! Par deux fois (67e et 70e minutes), ils n'ont eu besoin que de quelques secondes pour faire franchir au ballon toute la longueur du terrain, avant que Mueller ne dépose le ballon dans le filet du gardien David James. Le blitzkrieg à l'état pur.

En fait, même si les officiels n'avaient pas été myopes, le résultat final aurait probablement été le même, comme l'a reconnu à demi-mot Steven Gerrard. «Le but (refusé) n'est pas une excuse. Ce serait mentir que de dire qu'un moment a changé le match. Ils étaient la meilleure équipe», a dit le capitaine anglais.

Ses paroles ont trouvé écho à la sortie du stade, chez les partisans de l'Angleterre, qui venaient de voir Mueller, Podolski, Mesut Ozil et Miroslav Klose (auteur de son 12e but en Coupe du monde et désormais ex aequo avec Pelé au quatrième rang de l'histoire) se moquer à répétition des défenseurs anglais, John Terry en tête.

«Nous n'étions tout simplement pas assez bons, a dit Stuart Franklin, de Stoke-on-Trent. Ce soir, l'Allemagne a mis nos faiblesses au grand jour. Nous n'avons pas de vitesse à l'arrière. Le tir de Lampard a clairement franchi la ligne, c'est vrai. Mais ce n'est pas une excuse pour se faire prendre autant qu'on l'a été. Nous ne sommes tout simplement pas assez bons. Il faut faire face à la réalité.»

Des lendemains qui déchantent s'annoncent une fois de plus en Angleterre, dont le seul titre mondial date d'il y a 44 ans. Ironie de l'histoire, la victoire finale, à Wembley, avait été acquise sur un but controversé de Geoff Hurst. Selon certains, il aurait dû être refusé, le ballon n'ayant pas franchi la ligne des buts.

L'adversaire de l'Angleterre ce jour-là? L'Allemagne de l'Ouest, évidemment.

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Les Anglais déçoivent donc. Une fois de plus. Quatre ans après avoir perdu en quarts de finale contre le Portugal (sur penalties, une vieille habitude), ils repartent chez eux une ronde plus tôt. Leur manager de luxe, bardé de titres en Serie À et en Liga, a été incapable de faire mieux que Sven-Goran Eriksson en 2006 et 2002.

En fait, il a fait bien pire. L'Angleterre a disputé un seul bon match en Afrique du Sud: la victoire de 1-0 contre la Slovénie, qui lui a permis d'assurer sa qualification pour la ronde des 16. Le reste a été désastreux. La performance sans relief dans le match nul de 1-1 contre les États-Unis a poussé Franz Beckenbauer à dire que le jeu anglais «avait peu à voir avec le football». Et le nul de 0-0 avec l'Algérie a été... nul, justement.

Pour autant, Capello a dit qu'il n'avait «absolument pas» l'intention de démissionner. Ça n'empêchera sûrement pas les tabloïds de réclamer son départ...

Wayne Rooney et Miroslav Klose échangent leurs maillots après le match.