Chris Chelios, Éric Desjardins et P.K. Subban, les meilleurs défenseurs du Canadien depuis l'époque du «Big Three» dans les années 70, ont ceci en commun: ils ont tous trois été repêchés en deuxième ronde par le CH.

Mis à jour le 4 janv. 2019
Mathias Brunet LA PRESSE

On peut désormais y ajouter le capitaine de l'équipe, Shea Weber, un choix de deuxième ronde des Predators de Nashville en 2003, obtenu pour Subban.

Or, le meilleur espoir en défense du Canadien, Alexander Romanov, fumant au Championnat mondial junior, est lui aussi un choix de deuxième ronde.

Romanov, le meilleur compteur chez les défenseurs à ce tournoi avec sept points en cinq matchs, et un pilier de l'équipe russe à seulement 18 ans, a pu être repêché au 38e rang, quatre rangs après Jesse Ylonen, un autre espoir du CH à ce Championnat du monde, grâce à un échange avec les Blackhawks de Chicago.

Chicago voulait du renfort à l'aube des séries à la date limite des échanges en 2016 et ont offert pour Tomas Fleischmann et Dale Weise leur premier choix de 2011, Phillip Danault qui, à 23 ans, n'arrivait pas à s'établir avec eux et ce choix de deuxième ronde de 2018. Qui se souciait alors d'un choix de deuxième pour un repêchage dans deux ans?

Un choix de deuxième ronde est évidemment moins sexy qu'un choix de première. Après les 31 premiers choix, les chances d'obtenir un joueur d'impact chutent à moins de 12%. Par contre, il permet aux équipes d'augmenter les probabilités.

En 2013, par exemple, le CH a repêché trois fois en première ronde. Jacob De La Rose a été réclamé au ballottage par Detroit, Zachary Fucale n'a jamais percé. Le dernier choix de cette deuxième ronde, Artturi Lehkonen, ne serait sans doute pas avec le Canadien aujourd'hui si l'équipe n'avait pas détenu autant de choix dans cette ronde.

Lehkonen ne deviendra jamais un grand marqueur dans la LNH. Mais à 23 ans, il est en voie de connaître une saison de 42 points, loin d'être négligeable.

Le Canadien a déjà deux choix de deuxième ronde en banque pour 2019 (en vertu de l'échange de Max Pacioretty). S'il les conserve, l'équipe aura bénéficié de sept choix de deuxième ronde au cours des trois derniers repêchages.

En 2014, 2015 et 2016, Trevor Timmins ne disposait d'aucun choix de deuxième ronde à sa disposition. L'équipe en a souffert même si Marc Bergevin n'a pas pour autant «gaspillé» ces choix comme d'autres le font allégrement.

Le choix de deuxième ronde en 2014 a bien servi puisqu'il a permis d'acquérir Thomas Vanek, très utile en fin de saison 2014. Celui de 2015 a permis d'obtenir Jeff Petry, un éventuel joueur autonome retenu ensuite à long terme à Montréal. Avec le recul, les Oilers d'Edmonton auraient probablement gardé Petry, quoique ce choix leur a permis d'obtenir le gardien Cam Talbot des Rangers.

Les deux choix de deuxième ronde offert aux Blackhawks de Chicago pour obtenir Andrew Shaw en 2016 ne font pas l'unanimité. Bergevin venait d'obtenir deux choix de deuxième ronde pour Lars Eller et se sentait probablement plus confortable de procéder à un tel échange dans les circonstances.

Shaw était néanmoins considéré comme un joueur déjà usé malgré son jeune âge. Il connaissait ses meilleurs moments en carrière avec le Canadien cet hiver, 24 points en 36 matchs, avant de se blesser à nouveau la semaine dernière. On n'évoque pas officiellement une (autre) commotion cérébrale, mais plutôt des douleurs au cou qui provoquent des maux de tête. On joue sans doute sur les mots pour des raisons administratives.

Ces deux choix de deuxième ronde en 2016 ont permis à Chicago de repêcher le défenseur Chad Krys et Alex DeBrincat. À 21 ans seulement, DeBrincat vient au troisième rang des compteurs à Chicago avec 33 points en 43 matchs. Il a déjà 18 buts, en route vers une saison de 35 buts. Krys, 20 ans, flirte avec une fiche d'un point par match depuis un an et demi à Boston University.  

Comme les listes d'espoirs diffèrent d'une organisation à l'autre, un jeune repêché dans la première moitié de la deuxième ronde par une formation était probablement répertorié parmi les 31 espoirs favoris de cette équipe.

Jesse Ylonen et Alexander Romanov, par exemple, étaient probablement considérés comme des espoirs de première ronde par le Canadien, alors que pour d'autres, Romanov constituait un espoir de fin de repêchage.

Permettez ce court tour d'horizon ailleurs. Chez le Lightning de Tampa Bay, par exemple, on amasse précieusement les choix de deuxième ronde. Depuis 2011, soit lors des huit derniers repêchages, Tampa a choisi 13 joueurs en deuxième ronde.

Le meilleur compteur de la Ligue nationale à l'heure actuelle, Nikita Kucherov, est l'un de ceux-là. Adam Erne aussi.

Il y a évidemment eu beaucoup de ratés, mais le nombre élevé de choix augmente les chances de réussite. Si Tampa n'avait pas eu deux choix de deuxième ronde en 2014, peut-être ne repêche-t-il pas Brayden Point en troisième ronde (au 79e rang) et opte plutôt pour son choix de fin de deuxième, Jonathan MacLeod, si celui-ci est encore disponible au 79e rang.

MacLeod figurait alors devant Point sur la liste des espoirs préférés du Lightning. Tampa l'aurait logiquement choisi en troisième ronde si personne n'avait osé le prendre entre le 57e et le 79e rang.

On se demande pourquoi les Oilers d'Edmonton pataugent dans la médiocrité. Ils ont fait de mauvais choix au repêchage, mais aussi gaspillé de nombreux choix de deuxième. En quatre repêchage, entre 2014 et 2017, ils en ont eu un seul.

Celui de 2017 (Jack Studnicka, toujours dans les rangs juniors), croyez-le ou non, a été offert aux Bruins en compensation pour l'embauche du DG Peter Chiarelli.  Le choix de 2015 a été cédé aux Islanders de New York avec un choix de première pour le défenseur Griffin Reinhart, qui n'a jamais percé, tandis que celui de 2014 a été donné aux Blues pour obtenir David Perron par le prédécesseur de Chiarelli.

À l'approche de la prochaine date limite des échanges, le DG Marc Bergevin devra à nouveau jouer les équilibristes. Son club lutte pour une place en séries. Mais le Canadien n'est pas pour autant parvenu à maturité. Monnayera-t-il des vétérans comme Jordie Benn, qui connaît ses meilleurs moments depuis longtemps (depuis qu'il joue à droite, son côté de prédilection, soit dit en passant) ? On au contraire sacrifiera-t-il des choix pour du renfort à court terme?

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Des choix de deuxième ronde payant ces dernières années

2011

Boone Jenner

John Gibson

Brandon Saad

Joel Edmundson

Matt Nieto

William Karlsson

Nikita Kucherov

2012

Jake McCabe

Colton Sissons

Chris Tierney

Damon Severson

2013

Adam Erne

J.T. Compher

Robert Hagg

Madison Bowey

Artturi Lehkonen

Tyler Bertuzzi

2014

Ivan Barbashev

Tatcher Demko

Brandon Montour

Ryan Donato

Christian Dvorak

2015

Christian Fischer

Sebastian Aho

Brandon Carlo

Erik Cernak

MacKenzie Blackwood

Daniel Sprong

Jordan Greenway

Vince Dunn

2016 (en développement)

Alex DeBrincat

Samuel Girard

Jordan Kyrou

Janne Kuokkanen

Carter Hart

Filip Hronek

Dillon Dube

Dylan Gambrell

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