Ken Dryden ne joue plus au hockey depuis 1979, et il n’habite plus à Montréal depuis une mèche. Mais quand on lui demande s’il a suivi avec attention la belle histoire du Canadien lors des dernières séries, la réponse ne tarde pas : « Oh oui… »

Richard Labbé
Richard Labbé La Presse

En fait, comme un peu le reste du pays, Dryden s’est surpris à suivre chaque triomphe du Canadien avec attention, un peu comme lui suivait le jeu avec une attention similaire dans ses jeunes années. Il a même tenté de venir faire un tour au Centre Bell lors de la grande finale face au Lightning de Tampa Bay.

« On m’a invité lors de la finale pour aller au Centre Bell, ajoute-t-il. J’habite en Ontario, mais avec la pandémie, ce n’était tout simplement pas le moment de voyager. J’ai eu du mal à refuser cette invitation, je dois dire… »

Il n’y a aucun doute : Dryden, à 74 ans, a pas mal fait le tour du jardin. Il a pas mal tout vu aussi. Il a écrit des livres, rédigé des articles dans les journaux, souvent sur des sujets qu’il juge importants, comme la question des coups à la tête au hockey.

Son après-carrière est aussi réussie que sa carrière elle-même, celle de gardien de but, qui fut brève mais intense : tout juste huit saisons chez le Canadien, mais six bagues de la Coupe Stanley au passage, et une admission rapide au Temple de la renommée du hockey, en 1983. C’est sans compter les honneurs individuels, comme ce trophée Calder remporté en 1972. À ce jour, il est le dernier membre du Canadien qui l’ait obtenu.

Mais pour un homme qui a tout vu ou presque, Dryden demeure curieux, bien au fait de ce qui se passe avec son ancienne équipe. Il est bien au fait, aussi, du cas de Carey Price, qui demeure, après toutes ces années, à la recherche d’une première bague.

« Dans mon temps, on pouvait mesurer le travail d’un gardien par rapport au nombre de bagues qu’il avait, ajoute-t-il. Quand je jouais dans cette ligue, il y avait 17 équipes. Avant moi, des gardiens comme Jacques Plante et Bill Durnan évoluaient dans une ligue à 6 équipes. Ça me faisait 16 adversaires par année et eux, 5 adversaires.

PHOTO FRANK GUNN, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

Carey Price, lors du premier tour éliminatoire, frustrant Mitchell Marner, des Maple Leafs de Toronto

« La saison prochaine, il y aura 32 équipes dans la Ligue nationale. Les Coupes Stanley ne passeront pas si souvent, et il y aura de plus en plus de grands joueurs qui vont devoir se retirer sans avoir pu en remporter une seule. »

Il fut un temps où le nombre de bagues était une sorte de baromètre, mais plus maintenant. On peut aussi remarquer, parce que ça arrive, qu’il y a des gardiens qui sont bons en saison, et moins bons en séries. Mais ce n’est à l’évidence pas le cas de Carey Price.

Ken Dryden

Ce fut une autre époque, en effet, mais quand Dryden s’est pointé dans le chandail bleu, blanc et rouge au printemps 1971, avec un masque tout blanc qui comprenait plus de trous qu’autre chose, il a tout de suite goûté au doux nectar du succès. De fait, ses performances poétiques devant le filet l’ont mené, à l’âge de 23 ans, à une première Coupe Stanley, et aussi à un trophée Conn-Smythe. Tout ça après un gros total de six parties disputées en saison.

PHOTO PIERRE MCCANN, ARCHIVES LA PRESSE

Ken Dryden, affichant son stoïcisme légendaire, lors d’un match contre les Bruins de Boston, en avril 1971

Carey Price, lui, a disputé 707 matchs de saison dans sa carrière.

« Tout ça est un peu injuste, mais ça fait partie du jeu, des réalités qui viennent avec la position de gardien de but… Parce que c’est une position différente. Le gardien porte un équipement différent de celui des autres joueurs, et aussi, il reste à l’arrière, seul dans son coin. C’est le joueur qui est le plus évident sur une patinoire. Ce qui veut aussi dire que c’est lui qui obtient le plus d’attention quand ça va bien… mais aussi quand ça va moins bien. »

Dans le cas de Dryden, on peut dire que la plupart des soirs, ça s’est très bien passé, et c’est sans doute pourquoi il a été immortalisé de plusieurs façons depuis, que ce soit au musée ou à l’écran. Mais il ne pouvait certes pas s’attendre à recevoir l’appel du sculpteur canadien Robin Bell, qui a pris contact avec lui en 1985 pour le projet d’une statue de bronze à son effigie.

PHOTO IVANOH DEMERS, ARCHIVES LA PRESSE


Aperçu de la statue de Ken Dryden, à la Maison-des-Marins, à Montréal, dans le cadre d’une exposition visant à célébrer le centenaire de la LNH et les 125 ans de la Coupe Stanley

D’abord installée à la Place Vertu de 1985 à 2011 puis déménagée à la place Montréal Trust, la statue du célèbre gardien retournera à Saint-Laurent d’ici à l’automne 2022, pour être déposée cette fois devant l’aréna Raymond-Bourque.

« Tout ça est très significatif pour moi, de conclure Dryden. Ce fut une surprise. Quand on commence à jouer au hockey, enfant, on ne peut imaginer jouer un jour dans la Ligue nationale, puis ça m’est arrivé. Ensuite, on ne peut imaginer gagner une Coupe Stanley, se retrouver au Temple de la renommée, et puis ça m’est arrivé aussi. Mais une statue à son effigie ? Ça, on ne peut vraiment pas l’imaginer ! »