Cinq jours après que le Canadien eut créé la consternation en faisant de Logan Mailloux son choix de premier tour au repêchage de 2021, Geoff Molson, propriétaire, président et chef de la direction du club, affirme assumer l’« entière responsabilité » de la décision qu’a prise son équipe de direction.

Mis à jour le 28 juill. 2021
Simon-Olivier Lorange
Simon-Olivier Lorange La Presse

Mailloux, défenseur ontarien de 18 ans, a été reconnu coupable d’un crime sexuel commis en Suède en novembre 2020 et avait demandé publiquement, quelques jours avant le repêchage, de ne pas être sélectionné. Le Tricolore est tout de même allé de l’avant en prononçant son nom au 31e rang, vendredi dernier.

Le jeune homme a été condamné par la justice suédoise après avoir photographié, sans son consentement, sa partenaire sexuelle, puis après avoir distribué le cliché et révélé l’identité de la jeune femme à ses coéquipiers. Il a dû payer une amende de 2000 $.

D’abord dans une lettre adressée « à tous ceux qui ont été affectés par notre décision », puis encore en début d’après-midi en point de presse, Molson a présenté ses excuses et dit avoir réalisé que la décision de repêcher Mailloux avait été « blessante » pour « beaucoup de partisans et de membres de la communauté ».

Il savait que son directeur général Marc Bergevin et son adjoint Trevor Timmins, responsable du recrutement amateur, allaient sélectionner Mailloux. Leur avoir donné le feu vert était « un manque de jugement » de sa part.

Insistant sur le fait que des « actions » étaient nécessaires, et non plus seulement des « mots », M. Molson a annoncé que Logan Mailloux ne participerait ni au camp des recrues ni au camp d’entraînement de l’équipe à la fin de l’été – contrairement à ce qu’avait affirmé samedi Trevor Timmins.

Son cas sera « réévalué » au cours de la prochaine année, après quoi une décision sera prise sur son avenir avec le Canadien. Notons que Mailloux n’a pas signé de contrat pour le moment et que le Tricolore dispose de deux ans avant de conclure une entente avec lui.

En outre, le propriétaire du CH a mis sur pied une « équipe d’intervention », avec à sa tête Geneviève Paquette, vice-présidente, engagement communautaire de l’équipe et directrice générale de la Fondation des Canadiens pour l’enfance. Cette équipe sera chargée de superviser le suivi auprès de Mailloux au cours de la prochaine année, alors qu’il se joindra à son club junior à London, en Ontario. Déjà, le jeune homme consulte une professionnelle en santé mentale deux fois par semaine.

Pour la suite des choses, M. Molson dit avoir « beaucoup d’idées » pour la réhabilitation de Mailloux. Ce dernier pourrait, par exemple, parler à des jeunes de son expérience et de ses erreurs, s’impliquer dans la communauté. Un investissement financier a même été évoqué. « Nous allons faire autant que possible à long terme, pas juste au cours des prochains mois, a promis le dirigeant. C’est un enjeu de société majeur et nous voulons jouer un rôle. »

CAPTURE D’ÉCRAN TIRÉE D’UNE VIDÉO

Logan Mailloux

Un mot pour la victime

Pour la première fois depuis vendredi, l’organisation a formulé une remarque adressée à la victime de Mailloux.

« Je tiens à dire que nous ne banalisons en rien ce qu’elle a subi et continue de subir en raison de ces gestes, a écrit dans sa lettre le grand patron du CH. Personne, et surtout pas une jeune adulte de 18 ans, ne devrait avoir à vivre une expérience aussi traumatisante que celle qu’elle a vécue. Nous nous engageons à les supporter, elle et sa famille, et à respecter leur vie privée. »

Comme le club l’a fait deux fois depuis vendredi, M. Molson a rappelé que si le CH avait sauté son tour et ignoré Mailloux au repêchage, « il aurait été pris par quelqu’un d’autre au deuxième tour ».

« L’idée, dans ma tête, était : c’est un gars de 17 ans qui a fait une grave erreur, mais qui est un bon kid, et dont on peut faire une très bonne personne un jour », a expliqué M. Molson. À deux reprises il a répété que Mailloux était « un bon kid, un bon gars ».

Toutefois, « j’ai honte [shame on me] de n’avoir pas pris en considération le nombre de personnes qui en subiraient des impacts, […] de n’avoir pas pensé à la victime », a nuancé M. Molson.

Les impacts, en effet, ont été nombreux, et pas que chez les partisans du CH. Des organismes luttant contre les violences sexuelles au Québec ont accusé l’équipe de « normaliser les crimes sexuels » en donnant une chance à Mailloux sans qu’il ait vraiment subi les conséquences de ses actes.

En outre, au cours des derniers jours, des partenaires de longue date de l’équipe, notamment les rôtisseries St-Hubert, La Cage – Brasserie sportive, Desjardins et le Groupe Jean Coutu, ont exprimé leur malaise par rapport à la situation. Certains d’entre eux ont même affirmé qu’ils réévalueraient leur relation d’affaires avec le CH.

À Québec, la ministre Isabelle Charest, déléguée à l’Éducation, responsable du Loisir et du Sport et de la Condition féminine, s’était dite « déçue » de la sélection du Canadien. Le premier ministre du Canada, Justin Trudeau, a abondé dans le même sens en dénonçant une « erreur de jugement ».

Les derniers jours ont rappelé à Geoff Molson que le Canadien, à Montréal et au Québec, est « beaucoup plus qu’une équipe de hockey ».

« On va faire mieux, a-t-il promis. Nous allons rendre nos partisans fiers. »

Erreur, transgression, crime…

Même si Logan Mailloux a été trouvé coupable d’un crime en Suède – la diffusion de photos intimes d’une personne sans son consentement est également inscrite au Code criminel canadien –, jamais le Tricolore n’a encore utilisé ce terme depuis le début de cette affaire, vendredi dernier. Ce soir-là, dans sa déclaration écrite qu’il a lue à la télévision, Marc Bergevin a parlé d’une « erreur », terme repris par le jeune homme lui-même le lendemain matin. En point de presse, mercredi, Geoff Molson a encore parlé de cette « erreur », après que dans sa missive destinée au public, il eut évoqué une « transgression » (en français et en anglais). N’ayant pu poser la question à M. Molson, La Presse a demandé à Marc Bergevin si l’organisation souhaitait reconnaître que Mailloux avait commis un crime. Le directeur général n’a pas souhaité y répondre, rappelant, comme il l’avait fait cinq fois auparavant après des questions sur Mailloux, qu’il appuyait la lettre de son patron Geoff Molson.