(Vegas) Un gant à quatre doigts, des yeux bleu-blanc-rouge, une grosse coupure sur la joue gauche. Étions-nous bien nous aux abords ou de la Strip, ou dans une maison hantée kitsch de Niagara Falls ?

Guillaume Lefrançois
Guillaume Lefrançois La Presse
(Re)lisez notre couverture en direct Consultez le sommaire du match

On blague, mais le Canadien devait prouver qu’il pouvait tenir son bout contre une grosse équipe de l’Ouest, contre le club qui a signé le plus de victoires dans la LNH cette saison. Mais surtout contre une équipe qui en avait imposé physiquement dans le premier match.

C’est mission accomplie, une victoire de 3-2 face aux Golden Knights de Vegas, qui permet au Tricolore de rentrer à Montréal avec une série de troisième tour égale à 1-1.

Mieux que quiconque, Jeff Petry a symbolisé les sacrifices nécessaires pour que le Canadien l’emporte. Et on ne parle pas de ses yeux rouges, résultat d’une hémorragie sous-conjonctivale qui lui donnait fière allure. « Il va avoir l’air de ça pendant une semaine, a prévenu son partenaire à la ligne bleue, Joel Edmundson. Il fait peur un peu, mais ça n’a pas semblé l’affecter ce soir ! »

L’histoire des yeux, c’était drôle, mais ça cachait le véritable enjeu, qui était sa main droite. Petry a dû jouer avec un gant spécial, qui lui permettait de mettre son annulaire et son auriculaire dans le même trou. Même à l’entraînement, il hésitait à prendre des tirs frappés à pleine puissance. Et à l’échauffement, il ne faisait pas partie des trois premiers duos. Même les réseaux sociaux du CH ont mordu à la feinte – si c’était une feinte de la part de Ducharme – annonçant que Petry n’était pas dans la formation.

« On a simplement gardé nos paires qu’on avait à l’entraînement ce matin, s’est justifié l’entraîneur-chef. On voulait voir comment lui et Merrill allaient réagir. C’est pour ça qu’on avait huit défenseurs dans l’échauffement. »

Dans le match, Petry s’est contenté de deux tirs, quoique le fait de ne pas tirer lui a permis de préparer le but de Tyler Toffoli.

PHOTO STEPHEN R. SYLVANIE, USA TODAY SPORTS

Jeff Petry (26) a contribué à préparer le but de Tyler Toffoli (73) en fin de première période, ce qui donnait une avance de 2-0 au Canadien à ce moment dans la rencontre.

Au bout du compte, le numéro 26 a donné 20 grosses minutes à son entraîneur, des minutes nécessaires après les matchs difficiles qu’ont connus Alexander Romanov et Brett Kulak lundi dernier.

Ajoutez à cela le travail de Shea Weber et Ben Chiarot, qui ont passé la soirée à bloquer des tirs et à donner des mises en échec. Weber en a d’ailleurs bloqué un avec sa main droite qui lui a à l’évidence fait mal.

« C’est ça, jouer à ce temps-ci de l’année. Ces deux gars-là [Weber et Chiarot] sont un bon exemple de caractère, d’engagement », a résumé Ducharme.

L’implication de Perry

Parlant d’engagement, s’il y en a un qui a montré la voie à cet égard, c’est certainement Corey Perry.

Sa première mise en échec du match a donné le ton. Il a bousculé Patrick Brown pour permettre à son trio de s’installer en zone offensive, et 20 secondes plus tard, Joel Armia ouvrait la marque.

C’était le prélude d’une soirée où Perry allait être le joueur le plus dérangeant du CH. Après un arrêt de jeu, il s’est permis de pousser une rondelle dans le filet de Marc-André Fleury. Question d’en rajouter, il a même donné au gardien un petit coup d’épaule en retournant se placer pour la mise en jeu, sans vraiment que qui que ce soit du camp adverse proteste. Ce genre de jeux ne lui vaudra pas une nomination pour le Lady-Byng (bien qu’Auston Matthews reçoive des votes année après année, mais c’est un autre sujet). Plus tard, Ryan Reaves a tenté de riposter, mais ça n’a jamais empêché Perry de constamment revenir à la charge.

PHOTO STEPHEN R. SYLVANIE, USA TODAY SPORTS

Corey Perry (94) tente de déjouer Marc-André Fleury (29) en vain.

C’est l’équipe que j’ai encouragée quand j’étais petit. Mettre ce chandail tous les soirs, c’est toute une sensation. Surtout en séries, quand tu te bats avec 20 gars pour un but commun. Il reste encore beaucoup de travail à accomplir.

Corey Perry

« Il a été ici auparavant, et ça se voit, a estimé Carey Price. Il a du calme avec la rondelle et sa voix est importante au banc. »

Le trio qu’il forme avec Armia et Eric Staal avait été dominé lundi, mais a profité d’une confrontation plus avantageuse pour s’imposer. L’absence de Chandler Stephenson a en effet provoqué un effet domino au centre chez les Knights, et le quatrième trio était piloté par Brown, un éternel joueur de la Ligue américaine, tandis que le jeune Keegan Kolesar était promu.

Comme Perry, comme Petry, comme Chiarot, comme Weber, les autres ont emboîté le pas. C’était le visage ensanglanté de Brendan Gallagher en toute fin de match. C’était le plongeon qu’a fait Toffoli pour priver Mark Stone d’un but assuré. C’était Edmundson et Erik Gustafsson, qui ont paru ébranlés en troisième période, mais qui ont tenu bon.

Mais c’était maintenant à recommencer, dès vendredi, après une envolée d’un bout à l’autre du continent.

Dans le détail

Les malheurs de Pacioretty

PHOTO STEPHEN R. SYLVANIE, USA TODAY SPORTS

Max Pacioretty (67) est incapable de pousser la rondelle derrière son ancien coéquipier, Carey Price (31), en deuxième période.

Max Pacioretty a connu des séries du tonnerre pour permettre aux Golden Knights d’atteindre le troisième tour. En fait, depuis son arrivée dans le septième match au premier tour, il avait inscrit au moins un point à chaque match. Le voici à zéro en deux contre le Canadien, mais ce n’est pas faute d’essayer. Lundi, Carey Price l’avait privé d’un point quand il avait frustré Mark Stone, qui s’amenait à deux contre un avec Pacioretty. Mercredi, il a tiré sur le poteau au moment où il s’amenait presque seul devant Price, puis, toujours en deuxième période, a complètement loupé une chance à bout portant en avantage numérique. L’ancien capitaine du Canadien a aussi préparé une belle séquence pour Zach Whitecloud, mais cette fois, Price s’est dressé. Pacioretty devra éviter la frustration, comme la fois où il s’est emporté contre un juge de ligne après un dégagement refusé de Vegas. Ou comme au sifflet final, quand il s’est querellé avec Tyler Toffoli.

Et de quatre !

PHOTO JOHN LOCHER, ASSOCIATED PRESS

Les Golden Knights sont parvenus à inscrire un quatrième but à la suite d’un dégagement refusé au Tricolore en deux matchs depuis le début de la série.

C’est Nick Suzuki qui disait, mercredi matin, qu’il devait s’assurer de ne pas perdre « de façon franche » des mises en jeu en territoire défensif. Décidément, le jeune centre n’a pas été chanceux et a de nouveau vu ses adversaires marquer sur une telle situation. Deux fois plutôt qu’une ! D’abord, c’est Keegan Kolesar qui l’a battu. Aussitôt, il y a eu bouchon de circulation devant Price, et Alex Pietrangelo en a profité pour marquer. Puis, en troisième période, William Karlsson l’a battu, menant à un autre but de Pietrangelo. Dans les deux cas, c’était à la suite de dégagements refusés. « On savait comment réagir, mais on a mal réagi. On en a parlé avant la série, donc ce n’était pas une surprise ni au match 1 ni [mercredi] soir », a commenté Dominique Ducharme. Les Knights ont donc marqué quatre buts dans une telle situation en deux matchs. Consolation pour Suzuki : il a préparé le but de Toffoli… en gagnant une mise en jeu en zone adverse !

En attendant les points

PHOTO STEPHEN R. SYLVANIE, USA TODAY SPORTS

Josh Anderson (17) et Max Pacioretty (67) entrent en collision durant la deuxième période, mercredi soir.

La léthargie offensive de Josh Anderson a souvent été évoquée ces derniers jours. Le gros ailier droit a maintenant été blanchi pour la 12e fois en 12 matchs. Il a toutefois réussi un jeu clé qui n’apparaît pas sur la feuille de pointage. C’est en effet lui qui est intervenu pour neutraliser le défenseur Nick Holden à la ligne bleue offensive et permettre à Paul Byron de filer seul et de marquer ce qui s’est avéré le but de la victoire. Le trio de Kotkaniemi a d’ailleurs rebondi après un match très difficile en lever de rideau de la série. Le moment était bien choisi, car avec Jake Evans qui montre une belle progression, Ducharme aura bientôt des décisions difficiles à prendre à l’attaque.

Après-match

En hausse : Joel Edmundson

Très bon match pour ce travailleur de l’ombre, qui retrouvait son partenaire habituel. Il est récompensé avec deux aides.

En baisse : Jon Merrill

À sa défense, c’était son premier match en trois semaines. Mais il n’a eu droit qu’à quatre petites présences en troisième période.

Le chiffre du match : 8

Tyler Toffoli a obtenu un point dans un huitième match de suite. Avec un point au prochain match, il égalera le record d’équipe du Canadien en séries, partagé par Larry Robinson et Guy Lafleur. Pas mal.

Ils ont dit

J’ai utilisé toutes mes extrémités jusqu’ici. C’est juste de la compétition.

Carey Price, au sujet de son arrêt contre Alec Martinez

C’est une grosse victoire pour nous. Mais on veut être plus constants. On est tombés sur les talons, mais on va corriger ça, on veut être constants pendant 60 minutes.

Dominique Ducharme

Il fait peur ! Mais c’est une grosse partie de notre équipe et il a joué un gros match.

Carey Price, à propos de Jeff Petry

Ravoir Petry et Jonny [Merrill], c’est énorme. Ils sont dans la ligue depuis longtemps et ils savent ce que ça prend pour gagner.

Joel Edmundson, au sujet des retours au jeu

Il a un bon gabarit et se sert bien de sa portée. Certaines présences, on dirait que la rondelle colle à sa palette. On aura besoin de lui.

Edmundson à propos de Joel Armia