Chaque semaine, les journalistes des Sports de La Presse répondent à une question dans le plaisir, et un peu aussi dans l’insolence.

Publié le 13 juin 2021

Mathias Brunet

J’étais encore un peu jeune en 1979, à 10 ans, pour apprécier pleinement la quatrième conquête consécutive de la Coupe Stanley du Canadien. Mon intérêt pour la Sainte-Flanelle a commencé au début de la traversée du désert, après les départs de Scotty Bowman, de Jacques Lemaire et de Ken Dryden, le déclin de Guy Lafleur, de Serge Savard et de Steve Shutt, au début des années 1980. Puis en 1986, le CH entame les séries éliminatoires avec une bande de recrues, à leur tête Patrick Roy, Stéphane Richer, Claude Lemieux, Brian Skrudland, Mike Lalor et Kjell Dahlin. Patrick Roy, 20 ans seulement, a multiplié les prouesses, et les vétérans Bob Gainey, Larry Robinson, Bobby Smith et Mats Naslund, entre autres, ont bien guidé les jeunes. Mais avant de remporter la Coupe Stanley en finale à Calgary contre les Flames, le Canadien a eu la frousse en deuxième ronde. Les Whalers de Hartford, ces ennemis en vert, ont poussé les Glorieux jusqu’à un septième match. Et dans les derniers instants de la troisième période, Dave Babych a plongé le Forum dans un silence mortuaire en provoquant l’égalité 1-1 d’un puissant tir de la pointe. Mais dans les premiers moments de la prolongation, Claude Lemieux a saisi la rondelle derrière le filet de Mike Liut, l’a ramenée devant le filet avant de battre Liut d’un tir du revers dans la partie supérieure du filet pour éliminer les méchants Whalers. Le hockey ne m’a jamais fait vivre un aussi grand moment à ce jour…

Frédérick Duchesneau

PHOTO PIERRE CÔTÉ, ARCHIVES LA PRESSE

Quatrième match de la finale de la Coupe Stanley entre les Flames et le Canadien au Forum de Montréal, en mai 1986

Je ne suis sans doute pas le seul, mais la Coupe Stanley de 1986 demeurera gravée dans mes souvenirs. Mes parents m’avaient réveillé pour que j’assiste à la dernière demi-période du cinquième match de la finale. En avance 3-1 dans la série et 4-1 dans le match, le CH s’apprêtait à gagner le trophée sur la patinoire des Flames. Avec devant le filet un grand maigrichon boutonneux qui deviendra mon idole pour quelques années. Pendant ces 10 minutes où Calgary a marqué deux fois pour rétrécir l’écart à 4-3, je me souviens très vaguement que Roy a stoppé une échappée. Hakan Loob ? Ou était-ce Joe Mullen ? Je ne sais plus, mais il était temps que ça finisse. Drôle de hasard, je découvre maintenant que Mike Vernon et Patrick Roy ont chacun reçu… 33 tirs. Aucun autre gardien n’a rapporté la Coupe à Montréal depuis maintenant 42 ans.

Richard Labbé

PHOTO BERNARD BRAULT, ARCHIVES LA PRESSE

Le défilé de la Coupe Stanley, à Montréal, en mai 1986

Les souvenirs les plus mémorables viennent souvent des moments que l’on attend le moins. Au printemps 1986, j’ai 15 ans, et je suis à peine plus jeune que le gardien au masque tout blanc que le Canadien décide d’envoyer devant le filet, au premier tour des séries contre Boston. Patrick Roy arrête tout et le Canadien gagne un match, puis deux, puis trois. Au même moment, il se passe des choses très bizarres : les meilleurs clubs tombent un à un, Steve Smith marque dans son propre but et élimine lui-même les champions en titre, et dans ma classe de 3secondaire, on chante tous le refrain d’une chanson du groupe Sly Fox : let’s go all the way, let’s go alllll the wayyyy… Patrick Roy continue de tout arrêter, le club se retrouve en finale, et gagne, contre toute attente, la Coupe Stanley pour la 23fois de son histoire, par un chaud samedi soir de mai. Deux jours plus tard, mes amis et moi décidons de ne pas aller à l’école, avec la bénédiction de mon père, qui revient en héros du comptoir Ticketron avec des billets pour le gros party d’après-défilé au Forum. Céline Dion est là. The Box aussi. Dans le métro, en revenant, tout le monde chante We Are The Champions. L’été 1986 sera mémorable… et éternel dans ma tête.

Guillaume Lefrançois

PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, ARCHIVES LA PRESSE

Les Bruins affrontent le Canadien, lors des séries de 2002.

Très difficile de trancher entre les buts de Paul DiPietro en 1993 et la série contre les Bruins en 2002. En 1993, j’avais 10 ans, j’avais vu le Canadien se rendre en finale en 1989 et j’avais longuement entendu parler de la Coupe de 1986. Il était peut-être plus dur de saisir l’unicité du moment. La saison 2001-2002, en revanche, m’a réconcilié avec le hockey, que je suivais moins assidument à la fin des années 1990 parce que je me concentrais sur mes ét… NON MAIS, ON N’AVAIT-TU PAS DE CLUB ! Et puis est arrivée cette saison où José Théodore était magique, où Saku Koivu était inspirant, où Richard Zednik ressemblait au parfait joueur de hockey avec ses cicatrices au visage. Tout ça était au rendez-vous lors de la série contre les Bruins, un parfait scénario de David contre Goliath, scénario encore plus vrai quand Kyle McLaren a sorti le coude contre Zednik. Après trois ans sans séries, ce choc Montréal-Boston était du bonbon.

Simon-Olivier Lorange

PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, ARCHIVES LA PRESSE

José Théodore et Doug Gilmour célèbrent l’élimination des Bruins, à Montréal, le 30 avril 2002.

Je l’ai déjà écrit dans cette rubrique : le printemps 2002 a été déterminant dans ma vie d’amateur de hockey. Jeune fan ayant adopté le Tricolore sur le tard – après la Coupe de 1993 –, je n’avais jusque-là vécu que des déceptions. Puis est arrivée cette saison 2001-2002, soldée par une participation surprise aux séries éliminatoires. Celles-ci menaçaient d’être courtes vu l’avantage évident dont profitaient les puissants Bruins de Boston. C’était toutefois sans compter sur José Théodore, Saku Koivu et Richard Zednik, qui ont pris sur eux de plonger la province dans une frénésie contagieuse, à laquelle ma classe de 5secondaire n’a pas échappé. Avec mon collègue Samuel Thibault, que je n’ai recroisé que des années plus tard pour découvrir qu’il était devenu producteur à L’antichambre, nous nous étions assurés que le sujet de conversation dans la classe ne soit plus que le CH. Les matchs étaient analysés sous toutes leurs coutures à la première heure le matin. Un avis de recherche était épinglé au babillard avec une récompense pour quiconque trouverait le criminel Kyle McLaren. Des logos des Bruins, puis des Hurricanes, étaient marqués d’un X après chaque victoire… Qu’un souvenir marquant provienne d’une année avec-pas-de-Coupe est en soi révélateur des performances du club depuis 28 ans. Mais en 2002, c’était magique. Personne ne me fera dire le contraire.

Alexandre Pratt

PHOTO ROBERT MAILLOUX, ARCHIVES LA PRESSE

Patrick Roy et ses coéquipiers remportent la Coupe Stanley, à Montréal, le 9 juin 1993.

C’était le 3 juin 1993. Un jeudi soir. Et comme tous les jeudis soir, je marquais des matchs de balle-molle, au parc Christ-Roi, à Longueuil. La présence du Canadien en finale de la Coupe Stanley n’était pas un évènement suffisamment rare pour devoir reporter les matchs à une autre date. (Oui, ça a changé.) Alors j’étais seul, dans les gradins du champ droit, avec mon tableau de marqueur et mon appareil radio, syntonisé sur la partie de hockey. Je ne manquais pas un grand match. Jusqu’à ce que Jacques Demers demande aux arbitres de vérifier le bâton – illégal – de Marty McSorley. Pénalité. Éric Desjardins a marqué dans les secondes suivantes. 2-2. Puis Desjardins a réussi son tour du chapeau au tout début de la prolongation. Comme je n’avais personne avec qui partager ce moment, j’ai crié fort. Très fort. Sûrement assez pour réveiller tous les enfants du quartier qui étaient allés se coucher après le temps réglementaire. Ça a attiré l’attention des joueuses. Elles ont célébré pendant trois minutes. Puis elles ont repris leur partie.

Jean-François Tremblay

PHOTO ANDRÉ PICHETTE, ARCHIVES LA PRESSE

P. K. Subban célèbre son but marqué contre les Bruins à sa sortie du banc des pénalités, à Montréal, le 6 mai 2014.

Il faut savoir un truc, j’ai toujours beaucoup aimé P. K. Subban comme joueur. Il n’est plus ce qu’il a déjà été, mais à une certaine époque, il n’y avait aucun joueur plus électrisant sur une glace. C’était évidemment le cas lors des séries de 2014, qu’il a terminées avec 14 points en 17 matchs. Mais du lot, aucun n’a été aussi spectaculaire et providentiel que son but en échappée, à la sortie du banc des pénalités, lancé par une passe de Lars Eller, en première période du troisième match du deuxième tour contre les Bruins de Boston. Le Canadien prenait l’avance 2-0 dans un match finalement remporté 4-2. Le Canadien allait ensuite éliminer les Bruins en sept matchs avant de voir Chris Kreider réduire à néant ses chances en finale de l’Est en blessant Carey Price. Certainement l’un des buts les plus spectaculaires de l’histoire récente du Canadien. J’ai bien failli m’étouffer avec ma boisson glacée dans le salon de mon ami Mitcher.