Erik Gustafsson peut jouer à gauche comme à droite. Grand bien lui fasse, car à vue de nez, la compétition sera féroce s’il veut sa place chez le Canadien.

Guillaume Lefrançois Guillaume Lefrançois
La Presse

Gustafsson a participé à une visioconférence, mercredi matin, de sa chambre d’hôtel d’Edmonton. C’est là que le défenseur acquis lundi par le Tricolore passera ses sept jours de quarantaine. Il pourra directement y rejoindre ses nouveaux coéquipiers, qui disputent deux matchs dans la capitale albertaine la semaine prochaine.

Gustafsson est un défenseur gaucher, mais qui dit jouer à droite depuis trois ans. « Je me promène d’un côté à l’autre au fil des matchs, a-t-il décrit. Quand je joue à droite, c’est plus difficile d’avoir la rondelle sur ton revers en zone défensive. Mais à la ligne bleue offensive, je préfère être à droite. Ça ne me dérange pas de jouer d’un côté ou de l’autre. »

La question est pertinente, car le Canadien compte encore seulement deux droitiers, soit Jeff Petry et Shea Weber. Les candidatures pour le troisième poste à droite sont limitées ; Brett Kulak ne joue pas de ce côté, tandis que Dominique Ducharme préfère voir Alexander Romanov à gauche. Ben Chiarot est attendu à la gauche de Weber quand il sera guéri. Petry a quant à lui joué son meilleur hockey avec Joel Edmundson à sa gauche.

Bref, si les deux premiers duos demeurent Edmundson-Petry et Chiarot-Weber, ça laissera essentiellement Gustafsson et l’autre nouveau venu, Jon Merrill, en lutte pour le poste à droite au sein du troisième duo.

Quelle priorité ?

À première vue, le Canadien aurait bien besoin des talents offensifs de Gustafsson afin d’atteindre un équilibre entre défenseurs offensifs et défensifs. Le Suédois pourrait aussi donner un coup de pouce à l’avantage numérique, lui qui a connu une saison de 60 points (17 buts, 43 aides) en 2018-2019 avec les Blackhawks.

Gustafsson a été appelé à revenir sur cette folle saison, qui explique à elle seule pourquoi son nom suscite toujours un certain intérêt.

« Je n’avais pas connu un très bon départ cette année-là. Tout s’est bien passé à partir de novembre », se souvient-il avec justesse. En effet, après le premier quart de la saison, il comptait 7 petits points en 21 matchs.

« Notre avantage numérique est devenu vraiment bon. Je jouais avec beaucoup d’assurance. Je jouais à ma façon, j’essayais de simplifier mon jeu dans ma zone, donner la rondelle aux attaquants et appuyer l’attaque. J’avais de bons joueurs avec moi et j’en ai ici aussi. »

Difficultés en défense

C’est toutefois à se demander s’il n’y avait pas un peu de « calories vides » dans ses points, car son jeu défensif n’était pas nécessairement à point.

D’ailleurs, Gustafsson est devenu, lors de cette saison 2018-2019, seulement le deuxième défenseur, depuis le lock-out de 2005, à connaître une saison de 60 points sans recevoir un seul vote pour le trophée Norris. (Puisque vous insistez, l’autre était Keith Yandle, lui aussi en 2018-2019.)

Cette saison-là, il a principalement joué aux côtés du vétéran Duncan Keith, qui avait alors 35 ans. Malgré cette association, les statistiques avancées de Gustafsson n’étaient guère reluisantes. Même si son équipe avait l’avantage au chapitre des buts marqués et accordés quand il était sur la patinoire à cinq contre cinq (73-67, 52,1 %), elle était largement déficitaire dans les chances de marquer à haut danger (280-345, 44,8 %)1.

Les indicateurs sont restés sensiblement les mêmes en 2019-2020, et tout juste avant la pandémie, les Blackhawks de Chicago l’ont échangé aux Flames de Calgary contre un choix de troisième tour.

Devenu joueur autonome l’automne dernier, Gustafsson s’est entendu avec les Flyers de Philadelphie et, là non plus, ses indicateurs n’annonçaient rien de bon : 16-18 pour les buts marqués et accordés (47,1 %), 43-58 aux chances de marquer à haut danger (42,6 %). Il a été limité à 10 points en 24 sorties.

Un an après avoir valu un choix de troisième tour aux Blackhawks, voilà qu’il n’a coûté qu’un choix de septième tour au Canadien.

De toute évidence, ça n’a pas fonctionné ici.

Chuck Fletcher, directeur général des Flyers de Philadelphie

« Ça n’a pas fonctionné pour moi. C’est du passé », a simplement dit Gustafsson, au sujet de son passage dans l’ancien fief de Darren Daulton.

Avec Merrill et Gustafsson, Ducharme a maintenant deux défenseurs bien différents dans son groupe. À moins de blessures, on verra rarement les deux en uniforme dans un même match. Quand viendra le temps de choisir, préférera-t-il les qualités offensives de Gustafsson ou le jeu plus conservateur de Merrill ?

« Jouer en défense, ça commence par tuer des jeux. Si tu ne le fais pas… Mais ça vaut pour les cinq joueurs sur la patinoire. Si tu veux générer de l’attaque, tu dois tuer des jeux, récupérer la rondelle et repartir. Avoir des joueurs capables de faire les deux [attaquer et défendre] est important. »

Gustafsson lui donnerait une option de plus en avantage numérique, voire la possibilité de déployer une unité à deux défenseurs. Mais même là, Ducharme n’a pas voulu s’avancer.

« Le jour où il sera dans la formation, c’est une de ses forces. On pourrait le voir en avantage numérique. Il y a des chances qu’on ait deux défenseurs [au sein d’une unité]. Ce sont des choses qu’on va voir en temps et lieu. »

1. Données : Natural Stat Trick