Guy Lafleur n’a peut-être jamais porté le « C » dans la Ligue nationale, mais il devient en quelque sorte le capitaine des gens qui souffrent du cancer.

Guillaume Lefrançois
Guillaume Lefrançois La Presse

La fondation du Centre hospitalier de l’Université de Montréal (CHUM) a annoncé vendredi la création du Fonds Guy Lafleur, afin d’amasser des fonds pour la recherche contre le cancer.

L’annonce était par le fait même la première apparition publique de Lafleur depuis l’annonce de la récidive de son cancer du poumon, en octobre dernier. Ç’a été fait de façon virtuelle, bien évidemment. La COVID-19, « c’est la dernière chose que je voudrais avoir, parce que je ne pense pas que je passerais au travers », a-t-il rappelé.

L’ancien numéro 10 a révélé que sa masse cancéreuse avait « diminué de 30 % ». « Tant qu’il y a de la vie, il y a de l’espoir », a-t-il rappelé.

« Ça va pas mal. Je me sens bien. J’y vais une journée à la fois. J’ai des traitements toutes les trois semaines. Je deviens fatigué, je dors beaucoup, mais l’oncologue me dit que c’est normal. Tu es fatigué, tu te reposes, c’est ce que je fais. »

Il a toutefois encore le souffle très court.

« Avec les traitements, je me fatigue très vite, a-t-il expliqué. Au moins, j’en fais un petit peu. J’ai un tapis roulant, je fais un peu de marche. J’ai un cercle autour de la maison ! J’essaie de marcher un peu, de prendre l’air. Souvent, il me manque la motivation pour le faire. Avec le confinement, il n’y a pas grand-chose de positif. Nous, à notre âge, le plaisir, c’est d’aller au resto avec des amis, mais on est coupés de tout. Moi, le confinement, je l’ai commencé en septembre 2019 quand j’ai eu mon quadruple pontage et quand on m’a enlevé le lobe supérieur du poumon. C’est long, c’est pénible, mais on va s’en sortir. »

Gros coup publicitaire

La fondation du CHUM a réalisé un grand coup avec la campagne publicitaire qui accompagne le lancement du fonds.

Une publicité a en effet été tournée, regroupant neuf gros noms du hockey. Il s’agit, en ordre alphabétique, de Scotty Bowman, Yvan Cournoyer, Sidney Crosby, Jonathan Drouin, Wayne Gretzky, Alexis Lafrenière, Mario Lemieux, Marie-Philip Poulin et Patrick Roy. Chacun y racontait des histoires d’adversité qu’ils ont vécues et envoyait un message de soutien à Guy Lafleur.

La présence de Lemieux, notamment, a été remarquée, car le propriétaire des Penguins de Pittsburgh se tient très, très loin des micros depuis des années.

« Mario avait eu la maladie de Hodgkin », a rappelé Lafleur.

Je ne suis pas le premier ni le dernier à amasser des fonds pour le cancer. Ça vaut la peine de mettre des efforts, d’être positif. On ne s’attend pas à ce que ça nous frappe, et quand ça arrive, ce n’est pas facile à accepter.

Guy Lafleur

Les neuf joueurs en question – et Lafleur – ont inspiré le nom du Club des 10, un club auquel les gens qui feront des dons hebdomadaires auront accès, afin d’échanger, une fois par semaine, avec des personnalités du hockey. La présence des anciens joueurs Martin Brodeur et Raymond Bourque a notamment été confirmée pendant cette campagne, qui durera 10 semaines.

Des encouragements

Lafleur demeure toutefois optimiste quant à sa qualité de vie, en comparant l’évolution de la situation.

« Mon père est mort du cancer en 1992. Je regarde l’évolution des traitements de 1992 à aujourd’hui, c’est le jour et la nuit », s’est-il émerveillé. Les gens aujourd’hui pourront vivre beaucoup plus longtemps. Mon oncologue m’a dit : “On ne peut pas guérir le cancer, mais on peut le traiter et te donner une bonne qualité de vie.” Ce n’est pas un cancer que tu attrapes puis tu meurs deux semaines plus tard. La science s’améliore de jour en jour. C’est très encourageant. »

L’ancien du Canadien, des Rangers et des Nordiques a dit aussi être en contact avec ses anciens coéquipiers Guy Lapointe et Tom Kurvers, eux aussi en train de mener un combat contre le cancer. Il a aussi évoqué la femme d’un ami, à qui les médecins donnaient trois mois à vivre, « il y a quatre ou cinq ans. Et elle est encore vivante ! »

« Si on peut le traiter et que j’ai 10, 15 ans à vivre… Ce n’est pas beaucoup, 10, 15 ans, mais j’ai 69 ans, ça va me mener dans les 80, ce n’est pas si pire ! C’est de toujours garder l’espoir et de comprendre l’évolution concernant les traitements. »

Ému

L’évènement avait lieu en deux volets. Il y avait une période questions-réponses, pendant laquelle Lafleur a pris une vingtaine de minutes pour répondre aux questions des médias, en français comme en anglais. À la fin de l’exercice, lorsque le modérateur l’a remercié, il avait les larmes aux yeux.

Avant cela, une entrevue préenregistrée plus tôt cette semaine, menée par l’animateur Jean-Michel Dufaux, a été diffusée. À la fin de cette portion aussi, Lafleur y est apparu très ému, la voix tremblante.

« Quand je jouais, je ne réalisais pas à quel point je pouvais rendre heureux les amateurs de hockey du Québec et du Canada. Je trouve ça le fun de voir que les gens se souviennent des belles années. Ils ont été derrière moi pendant ma carrière et [ils le sont] pendant mon combat [contre] le cancer. »