On dit parfois que la LNH est comme un gros village. Tout le monde connaît tout le monde. Si ce n’est pas directement, c’est par l’entremise d’un ami commun.

Guillaume Lefrançois Guillaume Lefrançois
La Presse

Il y a quand même quelque chose de particulier quand deux jeunes, qui ne viennent pas du tout du même coin, ont joué ensemble au niveau atome et se retrouvent 18 ans plus tard, dans la même ville.

C’est le cas de Brendan Gallagher et de Tyler Toffoli, coéquipiers chez le Canadien cette saison, et qui sont même compagnons de trio depuis quelques matchs ! Les deux ont brièvement fait équipe, en 2003, au sein d’une équipe de hockey estival appelée l’Ice Storm de… Montréal.

Évidemment, les souvenirs des deux ailiers sont flous, puisqu’ils n’avaient que 11 ans à l’époque.

« Ça fait longtemps. Je pense me souvenir d’avoir joué avec lui ici à Montréal », a dit Tyler Toffoli, en visioconférence, samedi. « Je me rappelle surtout l’avoir affronté. Je pense qu’avec lui, c’était un tournoi à Boston », a ajouté Gallagher, pas tellement plus sûr de son coup.

Une bonne équipe !

Comment donc Gallagher, qui venait alors de quitter la région d’Edmonton pour s’installer à Vancouver, et Toffoli, qui demeurait dans le Grand Toronto, se sont-ils retrouvés à jouer pour une équipe de Montréal ?

Il faut remonter au tournoi Brick, populaire tournoi de hockey estival organisé à Edmonton chaque année. À l’époque, le Québec n’y avait pas d’équipe. En 2002, Gallagher y avait participé pour l’équipe de l’Alberta. Un jeune de Montréal, Matt Bissonnette, avait été invité à se joindre à cette équipe albertaine, et s’est lié d’amitié avec Gallagher.

Le père de Matt Bissonnette, Chris, était entraîneur adjoint de l’Ice Storm, et a donc recruté Gallagher pour quelques tournois de l’équipe montréalaise des joueurs nés en 1992.

PHOTO FOURNIE PAR RICK RUSK

Brendan Gallagher, troisième à partir de la gauche, au tournoi Brick de 2002, après l’échange des chandails, et Matt Bissonnette, à sa gauche

« Le hockey d’été n’est pas organisé sur une base territoriale », rappelle Rick Rusk, avocat montréalais et entraîneur-chef de l’Ice Storm à l’époque.

Et Toffoli ? « Le père de Tyler et celui d’un autre bon joueur étaient proches, on tentait de les recruter dans notre équipe », ajoute Rusk.

Évidemment, la décision était plus facile pour les Toffoli, qui étaient à cinq heures de voiture de Montréal, que pour les Gallagher, qui étaient à cinq heures… d’avion !

« Je ne pouvais pas toujours être là, d’abord en raison des coûts, et ensuite en raison de mes responsabilités de préparateur physique ici, rappelle Ian Gallagher, père de Brendan, au bout du fil. Sinon, ma femme y allait quand elle pouvait.

« Mais une fois, on a envoyé Brendan seul dans l’avion, à 10 ou 11 ans. Il se promenait tout seul dans l’aéroport international, avec son bâton et son sac de hockey. On n’avait pas de cellulaire à l’époque. Ce n’était peut-être pas le geste le plus responsable en tant que parents ! »

Ils n’ont pas changé

Brendan Gallagher le disait, il se rappelle surtout avoir affronté Toffoli, plus qu’avoir joué avec lui.

Ian Gallagher, lui, a des souvenirs très précis de Toffoli, parce que son fils l’affrontait fréquemment dans des tournois estivaux.

« Mais quand tu es un nerd de hockey, tu remarques ces joueurs-là !, rappelle-t-il. C’était évident qu’il était très intelligent, qu’il avait un gros QI de hockey. En suivant les matchs de près, tu voyais comment les joueurs pensaient, et tu voyais que Tyler faisait toujours les bons jeux, au bon moment, pour les bonnes raisons, même si ce n’était jamais spectaculaire. »

L’ayant suivi si longtemps, Ian Gallagher se souvient donc très bien de la fois où son fils et Toffoli ont joué ensemble. « Ils jouaient au sein du même trio, et j’imagine que c’était Tyler qui jouait au centre. En tout cas, ce n’était pas Brendan ! »

« Tyler était un bon patineur, déjà un tireur d’élite, et très intelligent, ajoute Rick Rusk, entraîneur-chef de l’équipe à l’époque. C’est drôle parce que j’ai vu passer plusieurs jeunes qui étaient super bons à 10, 11 ans, et à 17 ans, tu n’en entendais plus parler. Tyler, c’était clair qu’il avait un bel avenir. Mais tu ne sais jamais comment ça va tourner. »

Brendan n’était pas le plus gros, mais il jouait déjà comme il le fait aujourd’hui : avec beaucoup d’énergie, et sans jamais avoir peur. Une vraie dynamo !

Rick Rusk

Combien de tournois ont-ils disputés ensemble ? Ce n’est pas clair. Ian Gallagher est persuadé qu’ils en ont disputé un seul. Rick Rusk pense qu’ils en ont joué au moins deux.

Une chose est sûre : ils en ont gagné un dans la région de Québec, comme en fait foi la photo qui coiffe l’article, avec le petit Brendan Gallagher caché par le trophée.

Et quand on vous disait que le hockey est un gros village… Dans la rangée du bas, le deuxième joueur à partir de la gauche est Michael Chaput, qui a lui aussi renoué avec Gallagher chez le Tricolore il y a quelques années !

Sage décision

PHOTO ROBERT SKINNER, ARCHIVES LA PRESSE

Brendan Gallagher

Si Brendan Gallagher a abouti dans une équipe estivale de Montréal pour quelques tournois, c’était aussi parce que la famille souhaitait avoir plus de flexibilité pour le jeune garçon. « Ça évitait à Brendan de s’engager à temps plein dans une équipe d’été ici dans la région, explique Ian Gallagher. Ainsi, il pouvait jouer au baseball – il était très bon – et à la crosse aussi. » Le paternel a toutefois fini par limiter son fils au baseball, afin de lui éviter les rigueurs de la crosse, un sport aussi robuste, sinon plus, que le hockey. « C’était une décision qui avait pour but de le préserver un peu. Sinon, on n’aurait peut-être pas eu le même gars aujourd’hui ! »