Entendu au détour d’un Zoom, avec le ton confiant et moqueur qu’on peut imaginer : « Attendez de voir ça contre les Sénateurs ! »

Simon-Olivier Lorange Simon-Olivier Lorange
La Presse

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L’attaque du Canadien avait des allures de rouleau compresseur, tandis que la structure défensive des Sénateurs d’Ottawa semblait avoir été programmée pour donner des buts. Le carnage était inévitable, s’étouffait-on d’hilarité dans son breuvage de circonstance.

PHOTO SEAN KILPATRICK, THE CANADIAN PRESS

Le but de Josh Anderson a procuré la victoire au Canadien.

Deux matchs plus tard, divisés sur le plan des victoires (1-1) des buts marqués (4-4), on pourrait conclure facilement que ça ne s’est pas passé comme supposé. Ce serait toutefois un peu court : en réalité, il était inévitable que tôt ou tard, le Tricolore connaisse une baisse de régime, et qu’à l’inverse, les Sens se ressaisissent. Matt Murray, malgré tous ses défauts, ne terminerait pas sa saison avec un taux d’arrêts de, 849.

Mais il a fallu que Claude Julien hausse le ton, samedi, pour que cette série aller-retour ne se transforme pas en catastrophe et que son club l’emporte au compte de 2-1. Car après deux périodes, son équipe n’avait pas bonne mine. Elle venait d’écoper de trois punitions de suite qui ont « donné vie » aux Sénateurs, dixit Julien. Et elle venait de passer une éternité sans que Murray ne reçoive une rondelle.

Au cours du deuxième entracte, l’entraîneur a donc prononcé un discours « intense », pour reprendre le descriptif de Nick Suzuki.

« C’était un match serré, il a essayé de nous motiver, a détaillé le joueur de centre. On ne générait pas beaucoup d’attaque, on ne connaissait pas notre meilleur match. Il nous a parlé de l’importance de retrouver notre niveau de jeu, du fait qu’on avait levé le pied depuis deux rencontres… »

PHOTO SEAN KILPATRICK, LA PRESSE CANADIENNE

Brady Tkachuk (7) se fait donner une mise en échec par Shea Weber face au banc du Canadien.

Autant d’observations justes, en somme. Car c’était particulièrement flagrant en deuxième période : le Tricolore, qui disposait sur papier d’un effectif largement supérieur à celui de son adversaire, s’était fait dominer sur le plan des tirs, de la possession de rondelle et des chances de marquer. Avec un score de 1-1, il aurait suffi de peu pour que la rencontre lui échappe en troisième.

« Je ne suis pas le genre à partager mes discours », a dit Julien lorsqu’invité, lui aussi, à en dire davantage sur son intervention auprès de ses joueurs.

Il fallait « trouver un moyen de gagner le match », a-t-il précisé, simplement.

C’est ce que son club a fait. Dès la deuxième minute, Nick Suzuki, Jonathan Drouin et Josh Anderson ont rappelé pourquoi ils sont désormais, sans en porter l’étiquette, le premier trio du Canadien.

Jeff Petry a envoyé avec vivacité une rondelle en fond du territoire adverse, qui a rebondi jusqu’à Drouin. Son tir a donné un retour à Suzuki, dont le tir a donné un retour à Anderson qui, lui, a atteint le haut du filet. Les défenseurs Erik Gudbranson et Artem Zub, de même que la jeune sensation Tim Stützle, n’ont rien vu aller.

La hiérarchie était rétablie, donc. Momentanément, à tout le moins.

Gagner des matchs serrés

Il n’y a pas lieu de claironner pour autant chez le Canadien. Passé cette séquence, l’équipe n’a obtenu que trois tirs au but et a eu toutes les misères du monde à éviter une remontée des pugnaces Sénateurs.

Le brio de Jake Allen et, il est vrai, le manque de finition des locaux ont toutefois contribué à sauvegarder la victoire et les deux points au classement.

PHOTO MARC DESROSIERS, USA TODAY SPORTS

Jake Allen (34), Shea Weber (6) et Jeff Petry (26)

En regardant le proverbial verre à moitié plein, il y a lieu de souligner que le Tricolore a réussi à signer une première vraie victoire serrée cette saison. Ses sept autres gains s’étaient soldés par des écarts de 2 à 4 buts, et une seule fois avait-on marqué dans un filet désert.

« Gagner 5-1 ou 5-2, c’est bien beau, mais à un moment donné, il faut réussir à jouer des matchs serrés, a noté Claude Julien à ce sujet. Je donne le crédit aux Sénateurs : ils ont joué dur, ils ont travaillé fort, je suis certain qu’ils sont en train de « tourner le coin ». C’est une équipe qui n’est pas facile à affronter et qui offre un bon défi. Il faut apprendre à jouer ce genre de matchs-là aussi. »

La moitié vide du verre, elle, rappellera plutôt que le CH n’a inscrit que quatre buts, dont seulement deux à forces égales, contre une défense qui compte Nikita Zaitsev sur son premier duo. Et contre une équipe qui lui a offert 33 revirements en 2 rencontres.

Au moins, l’avantage numérique a (enfin) donné du sien, avec un premier but en trois rencontres. Par contre, l’infériorité numérique, malgré du bon travail au deuxième vingt, en a accordé un dans un cinquième match sur les six derniers.

Claude Julien le répète depuis maintenant 12 rencontres : il y a encore des correctifs à apporter. Ça demeure valide. En outre, avec encore 44 matchs à disputer, l’adversité va augmenter et « le jeu va se resserrer », a souligné Danault. « Ça va commencer à ressembler aux séries éliminatoires : c’est à nous d’aller chercher les gros points. »

Mission accomplie pour samedi. Mais ç’aurait pu, sinon dû, être fait avec bien davantage de panache.

En hausse

Jake Allen

PHOTO MARC DESROSIERS, USA TODAY SPORTS

Jake Allen

Match sans faute à son troisième départ en huit jours. Sa quatrième victoire cette saison égale la récolte de tous les adjoints de Carey Price en 2019-2020.

En baisse

Ben Chiarot

PHOTO MARC DESROSIERS, USA TODAY SPORTS

Ben Chiarot (8) et Evgenii Dadonov (63)

Pour la deuxième fois en deux matchs, il écope d’une punition (même de deux !) dans les cinq dernières minutes de la partie. Une vilaine habitude à chasser.

Le chiffre du match

14 min 57 s

C’est la durée d’une séquence sans tir au but du Canadien étalée entre la deuxième et la troisième période. Le but de Josh Anderson y a mis fin.

Dans le détail

Encore un coup à la tête

C’est résolument rendu à la mode : après Tyler Myers sur Joel Armia puis Dillon Dube sur Jesperi Kotkaniemi, c’était au tour d’Erik Gudbranson de se faire le cadeau d’un coup à la tête, cette fois sur Jake Evans en troisième période du match de samedi. Evans a accepté une courte remise d’Artturi Lehkonen en zone neutre, et alors qu’il dégageait la rondelle, Gudbranson a surgi et lui a caressé le visage avec ses épaulettes. Le joueur de centre du Canadien s’est absenté pendant une quinzaine de minutes, le temps de se prêter au protocole sur les commotions cérébrales. Il est toutefois revenu au jeu. Pour Phillip Danault, il n’y avait pas de doute : « Je ne sais pas ce que les arbitres ont vu, ça arrive vite et ça peut être dur [à juger], mais moi j’ai vu un contact d’épaule à la tête. » Claude Julien a vu la même chose et a dit qu’il ne savait pas si la ligue allait « trouver une raison d’expliquer que le coup était inévitable ou pas », en écho au verdict rendu sur les assauts de Myers et de Dube.

Joel Armia près d’un retour

PHOTO DAVID BOILY, ARCHIVES LA PRESSE

Joel Armia

Parlant de coups à la tête. Claude Julien a confirmé avant la rencontre de samedi que Joel Armia s’approchait d’un retour au jeu. Le Finlandais a subi une commotion cérébrale le 21 janvier dernier à Vancouver. Il s’entraîne en solitaire depuis. Julien a affirmé qu’Armia n’éprouvait plus de symptômes liés à sa commotion, mais qu’on le tenait loin de l’équipe depuis quelques jours puisqu’il présenterait des symptômes grippaux. S’il prend du mieux, il devrait s’entraîner pour la première fois avec le reste de l’équipe lundi matin – le CH a congé ce dimanche. S’il retrouve l’action mercredi contre les Maple Leafs de Toronto, il aurait raté 7 matchs.

Mises en jeu cruciales

Les chiffres sont implacables : avec seulement 6 mises en jeu remportées en 17 tentatives (35 %), Nick Suzuki a connu un autre quart de travail difficile à ce chapitre. Mais il a néanmoins su se lever au bon moment : c’est lui qui a été chargé de prendre les deux dernières mises au jeu de la rencontre, avec respectivement 6 et 3 secondes à écouler. L’une, disputée, a été concédée à son adversaire Nick Paul, mais Suzuki a remporté avec clarté la toute dernière. « Cette confiance fait du bien », a dit le numéro 14. Par ailleurs, le choix de désigner le jeune joueur de centre n’était pas que la décision de son entraîneur. C’était aussi celle de Phillip Danault, présent avec lui sur la glace. « Je l’ai piqué un peu, pour qu’il soit affamé », a ricané le Québécois, qui a souligné que les mises au jeu en question avaient lieu à la droite de Jake Allen, donc du côté fort de Suzuki. « Je n’ai jamais douté de lui », a ajouté Danault.

« Il faut être plus affamés… »

Il a du caractère. Il a été incroyable pour nous, il travaille fort. Il peut se pousser à un autre niveau. Je n’ai jamais douté qu’il rebondirait après un mauvais match.

Phillip Danault à propos de Nick Suzuki, qui avait connu un match difficile jeudi

On a parlé de quelques points. Il faut être plus affamés que l’adversaire sur les mises au jeu. Il faut aussi connaître les arbitres, qui ne lâchent pas tous la rondelle de la même façon. On doit s’ajuster. Moi aussi, quand j’ai commencé, j’avais plus de misère.

Phillip Danault sur la réunion des joueurs de centre, tenue vendredi

Les Sénateurs ont une meilleure équipe [qu’on le pense]. Ils jouent dur, ils ont un groupe structuré en attaque. Ils envoient beaucoup de rondelles au filet et envoient de gros bonshommes près du gardien. Ils vont représenter un bon test pour nous toute la saison.

Le gardien Jake Allen

Les lancers de loin, si ce sont de bons tirs, je n’ai pas de problème avec ça. Mais il faut avoir des joueurs pour récupérer les retours et les rondelles libres. Quand on a joué contre Matt Murray en séries éliminatoires, c’est de cette façon qu’on a marqué contre lui, sur le deuxième ou le troisième lancer. On était beaucoup plus présents qu’on l’était [samedi].

Claude Julien

À 5 contre 5 on a été bons, ils ont commencé forts, on est sortie de la première à 0-1 et au bout du compte, on a perdu ce match sur les unités spéciales. […] Il faut donner du crédit à Jake Allen qui a fait les arrêts. Quand on a des occasions en avantage numérique, il faut en profiter. Mais ils ont fait du bon travail pour écouler les punitions et bloquer des tirs.

D. J. Smith, entraîneur-chef des Sénateurs