Claude Julien est souvent capable de nous sortir des analyses détaillées de certains joueurs. Jusqu’ici cette saison, il a à de maintes reprises eu à se prononcer, par exemple, sur la progression des jeunes Nick Suzuki et Jake Evans.

Mis à jour le 2 févr. 2021
Guillaume Lefrançois
Guillaume Lefrançois La Presse
Simon-Olivier Lorange
Simon-Olivier Lorange La Presse

Quand on arrive à Josh Anderson, c’est plus simple. Comme mardi soir, après la victoire de 5-3 du Canadien contre les Canucks de Vancouver.

« Il patine bien et il a un très bon tir quand il est en mouvement. L’autre partie, tu l’as vue ce soir : il n’a pas peur d’aller au filet et quand tu vas au filet, les rondelles te trouvent. »

Trouvé, les rondelles l’ont ! Anderson a inscrit deux autres filets dans cette victoire. Le premier, en se dirigeant vers une rondelle qui flottait dans la peinture bleue. Le deuxième, en se positionnant dans une ligne de tir pour faire dévier la rondelle envoyée par Brett Kulak. Ajoutez à cela ses deux buts « baseball » et vous avez en effet un joueur qui marque ses buts à courte distance.

Moins de minutes

Mine de rien, Anderson pourrait se réveiller mercredi en tête dans deux des catégories de statistiques de la Ligue nationale : les buts à forces égales, de même que ceux par tranche de 60 minutes.

PHOTO ROBERT SKINNER, LA PRESSE

Deuxième but de Josh Anderson

Ses six buts jusqu’ici ont été marqués à forces égales ; au moment d’écrire ces lignes, c’était un sommet qu’il partageait avec Brock Boeser, mais les Oilers d’Edmonton s’affairaient à détruire les Sénateurs d’Ottawa une fois de plus. Et ses 3,04 buts par tranche de 60 minutes lui valaient aussi le 1er rang du circuit.

Mais ce qui se cache derrière ces données, c’est une réalité qui touche d’autres attaquants du Canadien : des minutes limitées, parce que réparties équitablement. On a largement parlé des victimes de la nouvelle profondeur du Canadien. Phillip Danault et Paul Byron sont les deux premiers noms qui viennent en tête. Artturi Lehkonen en est un autre. Il faut ajouter le nom d’Anderson à ce groupe.

Le voici à 13 min 51 s de temps d’utilisation moyen jusqu’ici cette saison. Il est aussi exclu des unités d’avantage numérique depuis que Corey Perry remplace Joel Armia. Il a retrouvé une place mardi, en l’absence d’Alexander Romanov, mais on comprend qu’il est loin dans la hiérarchie dans cet aspect du jeu.

À Columbus, Anderson jouait 16 minutes par match l’an dernier, et ce, même s’il était en panne sèche. À sa première saison complète, sa moyenne atteignait même les 18 minutes !

Pour un joueur qui a décroché à Montréal un contrat de 7 ans, à hauteur de 5,5 millions de dollars par saison, voilà un dénouement inattendu.

« C’est la décision de l’entraîneur. On a de la profondeur, ce serait bête de ne pas s’en servir, a-t-il répondu. J’essaie de travailler fort à chaque présence. »

On pourrait ajouter l’exemple de Lehkonen, qui déploie une énergie démentielle à chaque présence, surtout quand vient le temps d’embêter l’avantage numérique des rivaux. La situation est telle que même s’il n’a jamais eu un rôle aussi limité, rarement l’a-t-on autant remarqué depuis son arrivée à Montréal.

L’épine au pied

On se déplace en milieu de troisième période, mardi. Le trio de Danault embouteille l’adversaire comme on l’a vu si souvent le faire dans les dernières années. Ben Chiarot s’invite à la fête, fait le tour de la zone offensive et fait la passe à Danault, qui tire avec un genou sur la patinoire.

Thatcher Demko réussit l’arrêt. Danault tombe à plat ventre dans l’élan de son tir. Il claque son bâton sur la patinoire, prononce quelques mots qui ne semblent pas destinés à un interlocuteur en particulier. On devine le vocabulaire employé. On devine aussi que la proverbiale confiance n’y est pas.

C’est le même Danault qui avait raté une chance de marquer sur une descente à trois contre un samedi, le même Danault qui n’a que trois mentions d’aide, pas de but, après dix matchs.

Julien avait été interrogé sur ce trio avant le match de mardi. « Je sens qu’on va voir un peu plus ce trio-là à mesure que la saison avancera, car ils sont capables de jouer un peu mieux, même s’ils ne jouent pas mal. »

Tous les indicateurs de Danault sont en baisse. Pour faire changement des minutes, regardons les mises en jeu. Mardi, Suzuki en a pris 22, Evans, 18, Danault, 13. S’il y a un domaine où Danault est intouchable, c’est bien là. Suzuki a fini la soirée à 36 % aux mises en jeu ; ce n’est certainement pas pour ses succès à ce chapitre qu’il était si souvent délégué.

Anderson et Lehkonen ont démontré qu’une baisse du temps d’utilisation ne signifie pas une baisse des performances. Julien doit espérer que Danault trouve la même recette de succès que ses deux coéquipiers. Car dans une équipe qui montre une fiche de 7-1-2, on voit mal l’entraîneur redistribuer les responsabilités de tous simplement pour relancer un joueur et son trio.

Dans le détail

Défenseurs au travail

Josh Anderson a marqué son premier but en saisissant le retour d’un tir de Ben Chiarot. Puis son deuxième en déviant une rondelle envoyée par Brett Kulak – une formule imitée par la connexion entre Joel Edmundson et Tyler Toffoli. Le week-end dernier, Claude Julien a expliqué que ses défenseurs n’avaient pas la responsabilité de prendre l’attaque en charge, mais bien de la soutenir. Et c’est en plein ce qui est arrivé contre les Canucks. « Ils font tout un travail pour trouver le moyen d’atteindre le filet, a expliqué Tyler Toffoli. On en a eu des exemples [mardi] soir avec de bons jeux, de bonnes lectures et de la patience. » Julien, pour sa part, a souligné qu’il souhaitait que ses arrières « limitent les tirs qui seront bloqués ». « Quand on lance de la ligne bleue, il faut s’assurer que la rondelle puisse se rendre au filet, sinon de viser des bâtons, a-t-il dit. Je crois qu’ils ont fait un bon travail de ce côté jusqu’ici. »

Et de trois pour Allen

Jake Allen a signé mardi une troisième victoire en quatre départs. Ironiquement, malgré ses 36 arrêts sur 39 tirs, on l’a senti moins en contrôle que samedi dernier contre les Flames de Calgary, alors qu’il s’était incliné malgré une performance sans faille. « Peu importe le nombre de tirs, je dois faire mon travail », a résumé Allen. Antoine Roussel, notamment, a hérité de deux généreux retours en première et en deuxième période ; le premier a précédé un tir sur le poteau, et le second s’est soldé par un but. C’est toutefois le dernier but du match, tard en troisième, qu’Allen a souhaité revoir, puisque Tanner Pearson s’y est pris à cinq reprises avant de marquer. « Je pensais que j’avais la rondelle, mais elle est sortie de mon gant. J’aurais aimé faire l’arrêt pour les gars », a noté le gardien néo-brunswickois.

Un revers extraordinaire

Ne vous inquiétez pas si vous n’avez pas vu le deuxième but de Tyler Toffoli : il repassera souvent dans les montages des plus beaux buts de la saison au cours des prochains mois. En deuxième période, le numéro 73 s’est retrouvé en tête-à-tête avec le défenseur Jordie Benn. Il l’a complètement déculotté en ramenant la rondelle vers lui à ses pieds puis en enchaînant avec une feinte à sa gauche avant de servir au gardien Thatcher Demko un tir du revers directement tiré du manuel. « Ouais c’était un beau but », a dit Toffoli en souriant, un peu gêné, en visioconférence. Jake Allen a fait remarquer à quel point il est difficile, pour les gardiens, d’arrêter un tir du revers. « Souvent, les gars ne savent pas où ils tirent, ils veulent juste toucher le filet », a-t-il dit. Déçu de la défaite, Demko a souligné qu’il devra visionner la séquence plusieurs fois afin de voir s’il peut « faire les choses différemment ». « Peut-être que j’aurais pu faire une meilleure lecture de son langage corporel… Mais c’était un bon tir », a-t-il concédé.

En hausse

Tyler Toffoli

À lui seul, son but inscrit du revers devrait lui ouvrir les portes du Temple de la renommée. Et sa passe à Jeff Petry, au lieu de compléter son tour du chapeau dans un filet désert ? Allons-y pour l’Ordre du Canada.

En baisse

Corey Perry

Il a eu une bonne chance de marquer en avantage numérique, mais a été du reste assez invisible.

Le chiffre du match

67 %


C’est le taux de succès de Jake Evans aux mises en jeu. On note aussi que lui et Nick Suzuki ont pris 40 des 72 mises en jeu de ce match. Claude Julien a confiance en ses jeunes.

« La confiance vient avec le travail »

Quand tu commences la saison comme on l’a fait, ça bâtit la confiance. Mais les gars sont assez intelligents pour savoir que la confiance vient avec le travail. C’était un bon défi, surtout en troisième période ; les Canucks ont resserré les choses, mais on est parvenus à rester dans le match et à trouver le moyen de gagner.

Claude Julien

On a beaucoup de plaisir présentement. On fait bien les choses en équipe, les gars connaissent de bonnes séquences. On doit continuer à travailler ensemble et à essayer de s’améliorer. On est sur le bon chemin.

Tyler Toffoli

Si on avait eu une avance de deux buts, j’aurais été un peu plus égoïste. Mais Jake [Allen] avait bien joué, je ne voulais pas gâcher sa soirée. Et je ne pouvais pas ne pas donner la rondelle à [Jeff] Petry…

Tyler Toffoli, qui n’a pas tenté de compléter son tour du chapeau dans un filet désert

Je crois qu’on a joué un bon match, assurément meilleur que la veille. Mais c’est moche de perdre, même dans ces circonstances. […] [Le Canadien] a une très bonne équipe, c’est très différent de jouer contre eux cette année.

Elias Pettersson

Je veux gagner le match. Je me fous de qui marque contre nous. Je ne vais féliciter personne. La victoire est la seule chose qui m’intéresse.

J. T. Miller, interrogé sur le but spectaculaire de Tyler Toffoli