(Edmonton) Le match de samedi entre le Canadien et les Oilers sera l’occasion de voir à l’œuvre le poids plume par excellence de la dernière génération dans la LNH : Kailer Yamamoto.

Guillaume Lefrançois Guillaume Lefrançois
La Presse

On le regardait aller depuis les hauteurs du Rogers Place, dans le match de jeudi contre les Canucks, et il flottait dans son chandail numéro 56 comme le petit Jacob qui n’a pas encore eu sa poussée de croissance dans l’équipe de fiston.

Dans les notes de presse des Oilers, ce choix de 1er tour en 2017 est répertorié à 5 pi 8 et 153 lb. Ces chiffres sont-ils à jour ?

« Je pense que oui, mais je ne me pèse pas tous les jours ! rétorque-t-il, en entrevue avec La Presse. Je continue à manger de la même façon, je bois le plus d’eau possible. Je ne veux pas devenir trop lourd, trop léger non plus. J’essaie encore de trouver mon juste poids. »

À 153 lb, il est donc le patineur le plus léger de la LNH depuis l’an 2000, derrière Brett Seney (156 lb). Paul Byron a longtemps été répertorié à 158 lb, mais selon les données du camp d’entraînement, l’attaquant du Canadien pèse maintenant 165 lb.

L’idole de Yamamoto était Sidney Crosby, mais il énumère aussi les petits Martin St-Louis, Patrick Kane et Johnny Gaudreau parmi ses inspirations. Il est aussi proche de Tyler Johnson, puisque les deux viennent de la région de Spokane.

Les recruteurs de la LNH n’ont jamais douté de Kane malgré sa petite taille, puisqu’il a été repêché au tout premier rang en 2007.

Mais Johnny Gaudreau (104e au total en 2011), Martin St-Louis et Tyler Johnson (jamais repêchés) ont confondu les sceptiques.

Que répondait-il à l’approche du repêchage de 2017, quand les recruteurs lui parlaient de sa taille ?

« Que j’ai toujours été le plus petit et que ça ne m’a jamais empêché d’être un des meilleurs joueurs de mes équipes au fil des années. Évidemment, une fois dans la LNH, c’est différent. Mais quand j’étais plus jeune, ma taille n’était pas un obstacle. »

Pour la petite histoire, Yamamoto a été réclamé au 22e rang en 2017, soit trois rangs avant le droit de parole du Tricolore, qui allait sélectionner Ryan Poehling.

Apprendre à jouer avec les meilleurs

On entend souvent parler de la difficulté d’être le compagnon de trio des meilleurs joueurs au monde.

Le sujet était particulièrement populaire il y a une dizaine d’années, quand Crosby connaissait ses meilleurs moments, flanqué de Chris Kunitz et de Pascal Dupuis. Les Penguins avaient pourtant tenté le coup avec des attaquants plus doués offensivement que ces deux-là !

Yamamoto est plutôt bien placé pour en parler. Son parcours chez les Oilers illustre bien à quel point le simple fait de jouer avec une supervedette ne suffit pas.

• En octobre 2017, à 19 ans, il se taille une place dans l’équipe au camp. Il est l’ailier de Connor McDavid, mais après neuf matchs, il ne compte que trois passes, aucun but. Il est renvoyé dans les rangs juniors.

• Il amorce la saison suivante à Edmonton. Ses deux compagnons de trio les plus fréquents : McDavid et Ryan Nugent-Hopkins. Après 11 matchs, sa fiche est d’un but et une passe. Il passera le gros du reste de la saison dans la Ligue américaine.

• Il entreprend sa saison 2019-2020 à Bakersfield, avant d’obtenir un rappel aux fêtes. Cette fois, il est jumelé à Nugent-Hopkins et Leon Draisaitl, et ne retournera plus jamais dans les mineures.

« Quand j’ai eu mes neuf matchs à 19 ans, j’étais hésitant. J’essayais un peu trop de trouver McDavid sur la patinoire, raconte-t-il. Et ça me menait à faire des choses que je ne fais pas en temps normal. Oui, c’est important de lui faire des passes, mais je lui en faisais souvent quand il était dans une mauvaise situation. Je me disais que même dans une mauvaise situation, il pouvait faire un meilleur jeu que moi.

Pour un jeune qui arrive et qui joue avec un des meilleurs, c’est normal de vouloir donner la rondelle [à McDavid]. Mais à force de jouer, j’ai réalisé que je devais avoir confiance en mes propres moyens.

Kailer Yamamoto

« Quand la LNH vous rappelle, il y a une raison : c’est parce qu’on est capable de faire des jeux, même s’ils ne sont pas toujours de la même qualité que des joueurs de ce calibre ! »

Avec cette nouvelle mentalité et son association avec Draisaitl, les résultats ont été instantanés. La saison dernière, il a amassé 26 points en 27 matchs, d’où l’appétit des poolers cette année, qui visaient un coup de circuit à peu de frais. Il compte trois points en deux matchs cette saison, au sein d’un trio avec Draisaitl et Dominik Kahun. McDavid, lui, joue avec Nugent-Hopkins et Zack Kassian, donnant aux Oilers deux trios terrifiants.

En bref : les coulisses d’un but

Un des trois points de Yamamoto cette saison est survenu sur un jeu plutôt spectaculaire. C’était en deuxième période jeudi. Avec seulement 2,5 secondes à écouler, Dave Tippett envoie Draisaitl pour une mise en jeu en zone offensive. Draisaitl demande à son entraîneur d’envoyer un attaquant droitier avec lui, qui pourra tirer plus rapidement puisque la mise au jeu est du côté droit. C’est donc Yamamoto qui est désigné. Yamamoto se place en retrait de Draisaitl, à sa gauche. Quelques secondes avant la mise au jeu, l’Allemand lui demande de se rapprocher. « Il me disait juste où il pensait qu’il allait gagner la mise en jeu. Ça a fonctionné, il a envoyé la rondelle directement sur mon bâton ! » Yamamoto a aussitôt décoché son tir, et McDavid a filé tout droit vers le gardien pour prendre le retour.

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