Josh Anderson était encore très peu connu à l’extérieur de Columbus lors du repêchage de l’élargissement des cadres en 2017.

Mathias Brunet
Mathias Brunet La Presse

Plusieurs se demandaient pourquoi le directeur général des Blue Jackets, Jarmo Kekalainen, s’était déshabillé ainsi pour éviter de perdre son jeune attaquant de 22 ans.

Kekalainen venait d’offrir son choix de première ronde, 24e au total, en retour d’une promesse des Golden Knights de repêcher William Karlsson à la place d’Anderson. Columbus avait aussi réussi à larguer le salaire de David Clarkson dans la transaction.

Anderson, un choix de quatrième ronde en 2012, avait connu une première saison intéressante dans la LNH, mais rien de fracassant : 17 buts, 12 aides, 29 points en 78 matchs.

Mais Kekalainen voyait tout le potentiel en ce jeune homme de 6 pieds 3 pouces et 225 livres, rapide comme un lièvre et intimidant comme un ours.

À son premier match pour le CH mercredi à Toronto, Anderson a permis aux fans du Canadien de comprendre pourquoi Kekalainen le tenait en si haute estime. Il a marqué deux buts au sein d’un trio fort impressionnant complété par Nick Suzuki et Jonathan Drouin. Il a déjà deux fois plus de buts que l’an dernier…

Anderson occupe un rôle qu’on réservait à Joel Armia l’an dernier. Il est plus rapide, plus costaud, plus intimidant et possède un meilleur tir que celui du Finlandais.

Quand des confrères torontois ont demandé à Morgan Rielly à quel point il était emballé à l’idée d’affronter le Canadien neuf autres fois tellement le spectacle en valait la peine, l’extraordinaire défenseur des Leafs a fait rigoler la galerie. « Pas trop, non. » Il faisait sans doute référence à Anderson, entre autres…

Anderson a marqué 19 buts en 63 matchs l’année après l’entrée des Golden Knights de Vegas dans la LNH, une production de 24 buts sur une saison complète. Il en a compté 27 la saison suivante, en 2018-2019. La réputation du colosse commençait à s’établir.

Non seulement il marquait, mais il frappait, et n’hésitait pas à se battre contre les adversaires les plus terrifiants de la Ligue, dont Zdeno Chara. C’est lors d’un de ces combats d’ailleurs que son épaule a lâché.

Diminué, Josh Anderson a marqué seulement un but en 26 matchs l’an dernier à Columbus. Malgré tout, Kekalainen lui a offert un contrat à long terme. Le clan Anderson a fait la sourde d’oreille.

Quand Marc Bergevin a sondé le terrain une première fois à la date limite des échanges, l’appétit de Kekalainen était féroce. Il exigeait Jesperi Kotkaniemi ou… Nick Suzuki. La conversation n’a pas dû être trop longue.

Quelques mois plus tard, Kekalainen a dû se résoudre à une cruelle évidence : Anderson, admissible à l’autonomie complète en juillet 2021, n’allait jamais signer de contrat à long terme à Columbus et il allait le perdre comme dans le cas de Sergei Bobrovsky et Artemi Panarin auparavant. Et comme il risque de perdre Pierre-Luc Dubois aussi. Merci John Tortorella?

« Nous tenons Josh Anderson en haute estime et il nous manquera, a déclaré Kekalainen aux journalistes après l’échange, mais quand les termes d’un contrat arrivent à échéance, il faut prendre des décisions difficiles. Nous avons été clairs avec lui : il serait échangé s’il n’acceptait pas notre offre de contrat. Il n’y avait pas de zone grise. Il fallait protéger nos actifs et obtenir le meilleur retour possible. »

Le prix venait de baisser et Marc Bergevin pouvait ainsi acquérir le joueur convoité en retour d’un centre, Max Domi, qu’il cherchait à échanger depuis un an.

Anderson, 26 ans, a vite accepté un contrat de sept ans pour 38 millions à son arrivée à Montréal. En santé, il ressemble à cet ailier droit que vous avez vu mercredi à Toronto. Il ne marquera pas 112 buts cet hiver, il aura des soirs où on le remarquera moins, mais il fera frémir les défenseurs adverses comme Tom Wilson peut le faire à Washington, et il peut même être employé dans des situations défensives.

Ironiquement, le choix de première ronde offert aux Golden Knights pour « protéger » Anderson a ensuite été inversé avec celui des Jets de Winnipeg au 13e rang parce que ceux-ci avaient aussi un joueur dont ils voulaient conserver les droits.

Vegas a repêché Nick Suzuki au 13e rang et l’ont échangé un an plus tard avec Tomas Tatar et un choix de deuxième ronde pour obtenir Max Pacioretty. Par ricochet, Anderson a eu un effet sur l’arrivée du jeune premier centre du Canadien.

Le CH a perdu un point aux mains des Maple Leafs mercredi. Mais les aspects positifs sont nombreux.

Montréal n’aurait jamais eu de club de premier plan avec Joel Armia au sein d’un deuxième trio ; avec Jordan Weal (remplacé par Tyler Toffoli) à la droite d’un troisième ; avec Phillip Danault comme premier centre (fort efficace encore mercredi, mais incapable de porter le coup de grâce aux Leafs). À son apogée, Nick Suzuki (et/ou Jesperi Kotkaniemi) constituera ce centre espéré ; encore moins avec un Brett Kulak sur une deuxième paire (la prochaine place d’Alexander Romanov, employé plus de 22 minutes contre les Leafs).

Prochain match samedi à Edmonton. Avez-vous hâte ?

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