Le retour du hockey n’est pas pour tout de suite, mais en attendant, la fabrication d’une nouvelle visière est source d’espoir.

Richard Labbé Richard Labbé
La Presse

Selon ce que La Presse a appris, la compagnie Bauer, bien connue dans le monde du hockey, planche ces jours-ci à la création d’un nouveau type de visière complète, qui permettrait de réduire les chances de transmission de la COVID-19 sur la glace.

Bauer espère être en mesure de présenter un premier modèle dans deux semaines, dans l’espoir de pouvoir offrir ce nouveau produit à temps pour la prochaine saison de hockey à l’automne.

« Nous ne sommes pas encore prêts à lancer cette nouvelle visière, mais on s’active en vue du retour au jeu, explique en entrevue téléphonique Dan Bourgeois, le vice-président en innovation de produits chez Bauer. Il s’agit d’une nouvelle visière complète qui offre une protection sanitaire contre les gouttelettes et aérosols qui peuvent être expulsés par un joueur lors d’un match. Cette nouvelle visière protège bien sûr les yeux, mais aussi le nez et la bouche. »

Selon Dan Bourgeois, ce modèle de visière n’est pas à confondre avec les visières complètes qui sont déjà présentes sur le marché, entre autres au hockey universitaire américain.

« Ces visières-là ont en premier été conçues pour réduire un impact, par exemple le choc d’une rondelle reçue au visage, ajoute-t-il. Les nouvelles visières sur lesquelles on travaille présentement vont être différentes, conçues pour des raisons sanitaires. »

Selon Alex Carignan, professeur agrégé au département de microbiologie et d’infectiologie de l’Université de Sherbrooke, il est important de bien comprendre que l’arrivée d’une nouvelle visière sur le marché ne va pas mener à la disparition de la COVID-19 sur les patinoires.

« Il y a des risques de transmission dans tous les sports de contact, comme le hockey et le basketball, a-t-il expliqué en entrevue téléphonique. Si le hockey recommence, ça va impliquer une gestion des risques ; on accepte qu’on prend un risque en retournant sur la glace. »

De son côté, Denis Archambault, professeur au Département des sciences biologiques de l’UQAM, fait valoir qu’une nouvelle visière offre en effet de l’espoir, mais il tient lui aussi à apporter quelques bémols.

« Le virus est transmis par voie respiratoire, par des gouttelettes et des micro-gouttelettes ; il se peut qu’une visière soit un bon écran contre ça, a-t-il fait savoir en entrevue téléphonique. Mais il faudra que cette visière soit bien ajustée, pour éviter par exemple une transmission sous le cou. Le risque zéro, ça n’existe pas, mais c’est sûr qu’une visière peut aider. Jusqu’à quel point ? C’est à valider. »

L’arrivée imminente d’une nouvelle visière sur le marché s’ajouterait à la longue liste des changements potentiels qui vont sans doute affliger le hockey, mineur et professionnel, lorsqu’il sera jugé sécuritaire de rouvrir les arénas. Des pièces d’équipement vont changer, et des comportements devront changer aussi.

« Les joueurs qui se prêtent des bouteilles d’eau ou des serviettes, c’est fini, tranche Alex Carignan. Chez les pros, par exemple, comment va-t-on faire pour garder une bonne distance entre les joueurs sur le banc ? On peut aussi se poser des questions sur la gestion des virus dans la LNH ; chez le Canadien, entre autres, la gestion de l’influenza a semblé déficiente cette saison. Il y a au hockey cette mentalité de devoir jouer jusqu’à ce que mort s’ensuive, mais un joueur atteint de la COVID-19 devra se retirer pour 14 jours. Ce n’est pas dans la culture du hockey que de demander à des joueurs de rester à l’écart. »

La nouvelle visière de Bauer — la compagnie CCM aurait elle aussi une nouvelle visière à l’essai —, permet tout de même d’y croire et d’espérer le retour du hockey dans un avenir plus ou moins rapproché, selon Alex Carignan.

« La plupart des organisations de hockey mineur ne seront pas de retour avant le mois de septembre de toute façon, conclut-il. Ça laisse encore du temps pour trouver des solutions. »