Avec ou sans Nate Thompson et Ilya Kovalchuk, le discours n’a pas changé chez le Canadien : les séries éliminatoires demeurent l’objectif ultime, et personne n’a accepté d’abandonner.

Simon-Olivier Lorange Simon-Olivier Lorange
La Presse

Même Kovalchuk l’a dit aux représentants des médias : ses ex-coéquipiers « vont pousser jusqu’au bout ». « Je le sais. Ça se sent dans le vestiaire, les gars en parlent tous les jours, dans toutes les rencontres. Personne n’abandonne. Surtout devant cette foule, ils n’ont pas le choix. »

C’est bien beau, mais il y a cet écart qui ne diminue pas vite entre le Tricolore et la dernière place disponible dans sa division. Celle-ci est présentement détenue par les Maple Leafs de Toronto, qui sont par contre en pleine débandade. Est-il nécessaire de rappeler cette défaite gênante, samedi dernier, contre un gardien de 42 ans dont l’emploi principal consiste pourtant à manœuvrer une Zamboni ?

Le récent gain du Tricolore contre les Sénateurs d’Ottawa et la déconfiture des feuilles d’érable ont placé les Montréalais à six points d’une place en séries éliminatoires. En faisant abstraction du nombre de matchs joués par le CH ou par les équipes qu’il poursuit, il s’agit bel et bien d’une amélioration par rapport au retard de la semaine dernière (8 points) et à celui d’il y a 4 semaines (10 points).

CLASSEMENT DE LA DIVISION ATLANTIQUE*
1. Boston, 90 points, 19 matchs à jouer
2. Tampa Bay, 85 points, 20 matchs à jouer
3. Toronto, 72 points, 19 matchs à jouer
4. Floride, 70 points, 20 matchs à jouer
5. Buffalo, 66 points, 20 matchs à jouer
6. Montréal, 66 points, 18 matchs à jouer
*Après les matchs du lundi 24 février

Vu la lutte féroce à laquelle se livrent les équipes de la division Métropolitaine, la route du Canadien vers les séries pointe davantage vers la conquête du troisième rang de sa propre division que vers le statut d’équipe repêchée (wild card). N’empêche, alors que les matchs à disputer se font de moins en moins nombreux, le fossé est encore considérable.

Il n’est donc pas étonnant, dans ces circonstances, que les projections statistiques confèrent moins de 3 % de chances au Canadien d’accéder aux séries. Or, des précédents confirment que l’exploit auquel il doit se soumettre n’est pas complètement irréalisable.

Pour chacune des 14 saisons ayant suivi le lock-out de 2004-2005, La Presse a comparé le classement à la date limite des transactions à celui en vigueur au moment d’amorcer les séries éliminatoires.

Sur les 224 équipes qui ont accédé aux séries, 25 en étaient exclues à la date limite des transactions. Il s’agit d’une proportion de 11,2 %. Plus simplement, c’est 1,79 équipe par année qui réussit à se faufiler. Et en moyenne, ces équipes ont comblé un écart de 2,56 points pour y arriver.

À 10 reprises (40 %), ces équipes avaient le même nombre de points que la dernière qualifiée à la date limite des transactions, ou elles n’avaient qu’un point de retard.

Autrement dit, si vous avez un petit deux à parier, les Predators de Nashville ou les Flames de Calgary sont, à l’heure actuelle, des valeurs plus sûres que le Canadien.

Par contre, 7 fois sur 25 (28 %), l’équipe qui s’est hissée en séries a comblé un retard de 4 points ou plus. Un retard de 6 points ou plus ? C’est arrivé trois fois. Les derniers à l’avoir fait sont les Sénateurs et leur gardien Andrew Hammond, en 2015. Ils ont comblé un déficit de sept points.

Cinq matchs qui peuvent tout changer

Au-delà de ces précédents, il y a des facteurs moins tangibles qui, sans formellement avantager le Tricolore, ont retardé son exclusion complète de la course.

Depuis le début de l’année 2020, le Canadien ne présente pas de très bonnes performances sur la glace. Encore récemment, Julien aurait préféré que sa troupe remporte plus que 5 de ses 10 derniers matchs.

Or, la concurrence ne fait pas tellement mieux. Les Panthers de la Floride ont signé seulement 3 victoires en 10 rencontres. Les Leafs, équipe à rejoindre, n’ont pas gagné deux matchs de suite en février et semblent en voie d’imploser. Les Sabres de Buffalo, avec 6 victoires en 8 matchs, sont sur une belle lancée, mais ils partaient d’encore plus loin que le Canadien. Le nombre de matchs joués est toutefois à leur avantage.

Voilà maintenant que le Canadien disputera 5 de ses 18 derniers matchs cette saison contre ces adversaires directs – les Sabres et les Panthers deux fois chacun, et les Maple Leafs en conclusion du calendrier le 4 avril.

Cela relativise, d’une certaine manière, la vilaine posture des locataires du Centre Bell. Car s’ils réussissent à maintenir le même rythme que leurs rivaux, ces cinq duels deviendront ni plus ni moins déterminants, car ce sont eux qui contribueraient à rattraper le retard accumulé.

La réussite de cette mission a beau être improbable, elle n’est néanmoins pas impossible. Elle dépend toutefois d’une quantité énorme de « si ».

Si les rivaux en question continuent de peiner. Si l’émotion démontrée samedi contre les Sénateurs est la nouvelle norme. Si les minces effectifs demeurent en santé. Et, surtout, si Carey Price reste en forme pour conclure ce qui serait sa saison la plus occupée depuis presque 10 ans.

En fait, « il faut gagner des matchs le plus vite possible », a résumé Jonathan Drouin, lundi.

On pourrait dire ça, oui.