Vincent Damphousse se demande bien à quand la prochaine Coupe Stanley pour une équipe canadienne.

Mathias Brunet Mathias Brunet
La Presse

Damphousse appartenait à la dernière équipe du Canada à l’avoir soulevée : le Canadien en 1993.

Les fans montréalais reprochent à l’organisation cette disette de 26 ans, mais on oublie trop souvent aussi qu’il s’agit du dernier club canadien à avoir remporté la Coupe Stanley.

Damphousse, meilleur compteur de l’équipe en saison et en séries éliminatoires, avait alors 25 ans. Le plafond salarial n’existait pas encore. Cette nouvelle réalité n’a pas aidé les équipes canadiennes.

« On parle de parité, mais ça ne fonctionne pas à cause des taux d’imposition et ça rend la réalité plus difficile pour les clubs canadiens », a-t-il confié à La Presse ces derniers jours.

Il cite l’exemple du Lightning. « Tampa Bay a réussi à garder ses joueurs clés à un salaire inférieur à celui du marché en raison de son avantage fiscal. Kucherov fait 9,5 millions et Matthews, 11,6 millions à Toronto. Stamkos fait moins de 9 millions et Tavares touche 11 millions. Tu n’as plus de place après pour les autres [sur la masse salariale]. »

Je trouve ça injuste pour les équipes canadiennes. Ça va être très difficile pour un club du Canada de remporter la Coupe Stanley. On comprend pourquoi ça fait 26 ans qu’ils ne gagnent pas…

Vincent Damphousse

À l’époque où il jouait encore avec le Canadien, Damphousse constituait l’un des interlocuteurs les plus valables dans le vestiaire. On voyait déjà en lui un éventuel directeur général. Il connaissait la plupart des dossiers des autres clubs sur le bout des doigts.

À sa retraite, pourtant, il n’a pas emprunté cette avenue. Ses fils étaient encore jeunes, et il tenait à passer du temps de qualité avec eux. Il venait aussi de se lancer en affaires avec le Spa Scandinave.

Il ne ferme plus aussi catégoriquement cette porte aujourd’hui. « Je suis encore avec RDS, encore dans le domaine des spas, impliqué avec les enfants, je les suis, j’étais [au tournoi pee-wee] de Québec ces derniers jours. En ce moment, c’est ça, je ne peux pas dire ce que l’avenir me réserve. »

PHOTO PATRICE LAROCHE, LE SOLEIL

Vincent Damphousse au Tournoi international pee-wee de Québec

Damphousse, 52 ans, est toujours aussi bien informé, et intéressant, aujourd’hui. Et s’il pouvait hériter d’un club, n’importe lequel ?

« Je regarde la structure des Bruins, ils sont parmi les plus efficaces. Bergeron est signé à 6,9 millions pour deux ou trois ans, Marchand gagne 6,1 millions pour cinq, six ans et Pastrnak, 6,6 millions jusqu’en 2023. C’est fou. Les trois gars clés ont un contrat pour plusieurs années. Dans un autre marché, ils feraient 10, 11 millions. »

Notre homme favorise néanmoins le Lightning pour remporter la Coupe Stanley. « Ils sont les mieux placés. Ils ont un jeune gardien de but, des joueurs clés signés à long terme. Et ils ont un avantage sur le plan fiscal. Veux-tu un marché avec un taux d’imposition à 36 % ou à 54 % ? Ce n’est pas juste. »

« Marcher avant de courir »

À l’aube de la date limite des transactions, Damphousse voit les clubs de tête distribuer allègrement les choix de premier et deuxième tours. « Les chances de gagner sont minces, mais c’est aussi le but ultime de chaque organisation. À un moment donné, tu dois prendre certains risques lorsque ton club a atteint sa maturité, pour ajouter une ou deux pièces afin de gagner. »

Les Penguins, par exemple, devaient obtenir du renfort, estime-t-il. Céder un choix de premier tour et un espoir pour Jason Zucker en valait le coup.

« Malkin et Crosby ne rajeunissent pas, Letang non plus, ils ont vraiment un club prêt pour gagner, et Zucker est un excellent joueur de hockey qui va aider le trio de Crosby. Et il a encore un contrat l’an prochain. Ils ont largué Galchenyuk pour faire une place à Zucker dans l’échange, et ils vont pouvoir le garder dans les années futures. Si ça ne marche pas, tant pis, mais regarde la compétition dans l’Est, c’est capoté. Tu n’as pas le choix de chercher à t’améliorer. »

Que ferait-il dans le cas du Canadien ? « C’est difficile pour moi de répondre parce que je ne suis pas dans les conversations d’échanges. Le prix payé est cher en ce moment, comme ce fut le cas pour Scandella, mais pour les gros échanges, je ne sais pas. C’est facile de lancer Petry et Tatar, mais on ne connaît pas leur valeur sur le marché en ce moment. »

Il prône néanmoins la patience. « Les chances de gagner l’an prochain ne sont pas très grandes. Il faut marcher avant de courir. Ça sera difficile de devenir des aspirants à la Coupe Stanley en un an. Tranquillement, ils ont beaucoup de choix au repêchage. Ça commence comme ça, bien repêcher et bâtir ta banque de jeunes. Le “reset” est toujours dans l’air. Je ne m’attends pas à un coup fumant d’après ce que j’entends. »

80 points

Et que manque-t-il le plus au Canadien ? « Un attaquant de 80 points et plus, un gars capable de changer le cours d’un match, répond Damphousse. J’aime beaucoup Suzuki, je ne sais pas s’il deviendra ce joueur-là, un gars parmi le top 20 des compteurs de la Ligue, peut-être un top 10. On a un bon gardien de but, j’aime beaucoup [Shea] Weber, on a un mélange de bons vétérans dans la trentaine, un petit groupe de jeunes de 25, 26, 27 ans, les Armia, Drouin, Domi, Tatar, Gallagher, et les jeunes, on n’est pas sûrs à part Suzuki. »

Le Canadien avait quatre compteurs de 80 points ou plus en 1992-1993 : Damphousse (97), Kirk Muller (94), Brian Bellows (88) et Stéphan Lebeau (80).

« On avait beaucoup de choses en 1993 et même nous, on ne le réalisait pas. On était très jeunes à plusieurs positions, et plusieurs sont devenus des joueurs d’élite dans la ligue. Éric Desjardins a été l’un des meilleurs défenseurs de la LNH, John LeClair n’était pas vraiment encore au sommet, il avait eu 19 buts l’année de la Coupe et il est devenu une superstar.

« On avait de bons vétérans avec Bellows, Muller, Patrick [Roy], Carbo [Guy Carbonneau], Denis Savard, poursuit-il. On a joué notre meilleur hockey au moment opportun. Pour ça, il faut atteindre les séries. On a obtenu 102 points cette année-là. On était négligés contre Québec parce qu’ils avaient eu un point de plus, mais ce n’était pas une grosse surprise. »

PHOTO DENIS COURVILLE, ARCHIVES LA PRESSE

Guy Carbonneau et Kirk Muller en 1993

Il croit en deux jeunes joueurs chez le Canadien, Nick Suzuki et Alexander Romanov. « J’entends beaucoup de bien de Romanov, je l’ai vu jouer au Championnat du monde junior, ça pourrait être un autre gars avec Suzuki. Je ne peux pas encore me prononcer de cette façon-là avec Kotkaniemi. J’ai encore des points d’interrogation. Même chose pour Poehling. Romanov semble être un défenseur qui a une bonne vision, une bonne tête de hockey, un bon tir, il se déplace bien, il a tous les atouts pour devenir un excellent joueur dans la ligue, et il va arriver plus mature. Il va être prêt à avoir un impact à sa première année. »

L’échange du défenseur Ryan McDonagh, premier choix du Canadien en 2007, fait encore mal à l’organisation, croit-il. « Le départ de McDonagh a fait mal solide. En plus, le Canadien a été coincé avec le salaire de [Scott] Gomez. Prends l’échange de Desjardins aux Flyers [en 1995]. Le Canadien en a souffert. Ça se ressemble beaucoup dans le cas de McDonagh, qui est devenu l’un des bons défenseurs de la ligue, qui te donne des minutes, qui joue dans toutes les situations. »

On peut profiter de l’expertise de Damphousse à RDS et lors d’entrevues comme celle-ci. Une organisation aura-t-elle la chance de profiter de ses grandes connaissances ?

Vincent Damphousse, le père de famille

« Mon deuxième [fils] a 12 ans, il est à sa deuxième année pee-wee. C’est un défenseur droitier. Le plus vieux aussi est défenseur. Il va avoir 15 ans dans trois semaines. Le troisième a 5 ans. Ils ne m’ont jamais vu jouer. Je prenais ma retraite en 2005 lorsque le premier est né. Ils ont dû me voir avec leurs amis sur YouTube. Ils sont meilleurs sur internet que moi !

« Le plus vieux aimerait ça continuer à jouer au hockey et étudier. Ils ont tous le même rêve. On les laisse rêver. Pour moi, tu ne fais pas ça pour arriver à quelque chose à la fin. Tu apprends chaque année à vivre comme enfant l’autorité, la discipline, un entraîneur que tu apprécies moins, c’est un apprentissage de bien des choses pour la vie. Ce n’est pas grave si tu n’atteins pas la Ligue nationale, tu auras beaucoup de bagage pour affronter la vie. C’est important que les enfants puissent rêver, et rêver grand. Dans n’importe quel domaine. »