(Laval) Dans sa jeune carrière, Jesperi Kotkaniemi a déjà vécu toute une série de moments mémorables, voire déterminants. Sa sélection au troisième rang du repêchage de 2018. Son premier match dans la Ligue nationale. Son premier but.

Simon-Olivier Lorange Simon-Olivier Lorange
La Presse

Malgré lui, il pourra ajouter à cette liste la journée où il a été renvoyé pour la première fois dans la Ligue américaine de hockey (LAH). Une perspective qu’il aurait crue impensable il n’y a pas si longtemps, alors que d’aucuns le voyaient comme le futur centre dominant de l’organisation.

Cette journée a commencé par un appel téléphonique l’enjoignant de se rendre à l’aréna. Il croyait devoir se soumettre à un exercice de patinage matinal, sans doute parce qu’on l’écartait de la formation pour un deuxième match de suite. Au Centre Bell l’attendait plutôt une conversation succincte, teintée par la nouvelle que l’on connaît : le Tricolore le cédait au Rocket de Laval.

Après le choc, il a pu passer un moment avec son coéquipier, ami et voisin, le défenseur Cale Fleury, lui aussi contraint de jouer dans la Ligue américaine depuis vendredi.

Dans la voiture, en chemin vers la couronne Nord de Montréal, les deux ont pu discuter, décanter les événements des derniers jours et discuter de leur avenir.

« On prend ce qui nous arrive pour ce que c’est, c’est-à-dire une situation dont on peut prendre avantage », a raconté Fleury après le match du Rocket de samedi soir – une défaite crève-cœur de 5-4 en prolongation subie après que les Sénateurs de Belleville eurent effacé un déficit de 4-1.

« On est ici pour apprendre et devenir meilleurs », a ajouté le défenseur de 21 ans.

PHOTO FRANCOIS ROY, ARCHIVES LA PRESSE



Cale Fleury

Au cours des dernières semaines, le débat a divisé les amateurs de hockey de la métropole : vaut-il mieux, pour les plus jeunes joueurs de l’équipe, jouer peu (ou pas) dans la LNH, ou accumuler les minutes dans les mineures ?

Fleury et Kotkaniemi ont choisi leur camp.

« Bien sûr que je préfère jouer beaucoup, c’est comme ça que je vais rebâtir ma confiance, tranche le Finlandais de 19 ans. C’est ce qui rend le hockey amusant. »

À la Place Bell de Laval, Kotkaniemi n’a pas eu beaucoup de temps pour s’acclimater à son nouvel environnement. L’entraîneur-chef Joël Bouchard et lui ont discuté pendant quelques minutes avant la rencontre, question de faire le point à la vitesse grand V sur l’état de la situation et sur ce qu’on attendait du jeune homme.

Le match venu, on l’a placé au centre du premier trio, entre Charles Hudon, avec qui il a disputé environ 75 minutes étalées sur deux saisons chez le Canadien, et Joe Cox, qui n’a jamais joué dans la LNH. C’était parti.

Malgré la défaite, les trois ont connu de bons moments ensemble. Kotkaniemi a montré quelques beaux flashs qui nous rappelaient ce qui a fait de lui un espoir de premier plan de la LNH. Et quelques gestes de paresse qui nous rappelaient pourquoi on l’a envoyé peaufiner son jeu dans la Ligue américaine.

Le verdict ? « Ç’a été mon match préféré de l’année, avoue Kotkaniemi. Je sentais que tout le monde derrière le banc voulait m’aider. Je me sentais bien sur la glace, je savais qu’on me faisait confiance. Ça fait du bien. »

Apprentissage

À Laval, Kotkaniemi passera du temps en compagnie de Joël Bouchard, indéniablement le plus important pédagogue au sein de l’organisation du Canadien.

Même si c’est le premier passage de « KK » dans la LAH, Bouchard et lui se connaissent depuis le premier camp de développement auquel a pris part le Finlandais, au cours de l’été 2018.

« Son premier match du camp avait été difficile, alors on s’était assis ensemble et on avait jasé. Ç’avait cliqué rapidement. Il n’arrive pas en terrain inconnu », rappelle l’entraîneur du Rocket.

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L’entraîneur Joël Bouchard

Kotkaniemi, assure-t-il, « veut jouer, veut faire la différence ».

Il souhaite voir son nouveau protégé « améliorer toutes les facettes de son jeu ». Samedi, le joueur de centre a été mis à contribution en avantage numérique, mais il apprendra aussi à jouer avec un homme en moins.

« C’est un gars intelligent, il a un bon sens du hockey, une grande portée, énumère Bouchard. On veut qu’il devienne un bon joueur dans toutes les situations, sur les 200 pieds de la patinoire. Mais la LNH, ce n’est pas une ligue d’essais-erreurs. C’est une ligue qui ne pardonne pas. »

Ce discours est en phase exacte avec celui de Claude Julien. Au moment où le Canadien tente d’accumuler les victoires pour s’accrocher à l’espoir d’accéder aux séries éliminatoires, il est difficile pour un jeune joueur à la confiance fragile de trouver – ou retrouver – son rythme.

Pendant une présence en troisième période, samedi soir, Kotkaniemi a remis la rondelle à l’adversaire dans le fond de sa zone après l’avoir mollement harponnée en tenant son bâton d’une seule main. À son retour au banc, on a vu son entraîneur s’approcher de lui et mimer avec clarté le geste auquel il se serait attendu – à deux mains.

« Je suis allé lui dire : tu ne peux pas faire ça. Tu fais ça dans la LNH, et Claude ne te fera plus jouer. »

Dès les instants suivants, Kotkaniemi était de retour sur la glace pour une supériorité numérique. Et il a contribué à un but de Charles Hudon.

« C’est pour ça qu’on va travailler avec lui. Ça va venir avec des ratés », explique Bouchard.

« Meilleure nouvelle »

Chez le Rocket, l’ambiance du moment n’est pas des plus optimales. Elle-même en lutte pour une place en séries, l’équipe a remporté seulement trois de ses 10 derniers matchs. Et l’absence de régularité au sein du groupe, au gré des blessures et des rappels de joueurs par le Canadien, ébranle une formation qui peine à trouver sa cohésion.

Après la défaite de samedi, Joël Bouchard a déploré les « égos » de joueurs qui ont des « agendas personnels » au cours de cette saison en « dents de scie ».

Or, à ses yeux, Fleury et Kotkaniemi ne pourraient pas débarquer à un meilleur moment.

« Si vous pensez que faire un joueur professionnel, c’est des arcs-en-ciel, des roses et des choux partout, vous vous trompez ! », a imagé l’entraîneur.

« Pour moi, ce qu’ils vivent en ce moment, c’est la meilleure nouvelle pour eux. C’est ça, être un pro. »

Ce qu’il attend des deux jeunes hommes, c’est les voir se démarquer dans l’adversité. Dans les temps difficiles comme ceux que traverse le Rocket, le défi leur est lancé.

« Ceux qui vont tirer la charrette dans l’adversité, c’est les gars de caractère. Il n’y a pas de prix à ça. Il faut que les jeunes vivent ça, qu’ils vivent ça ensemble. Notre job, c’est de trouver des gagnants et de les faire progresser. »

Le mandat est clair. Et les résultats seront attendus avec beaucoup de fébrilité.