Mercredi matin, dans le vestiaire du Rocket. Les journalistes se rassemblent autour de Laurent Dauphin. Le sujet est évident. En soirée, il disputera son premier match à domicile depuis que le Canadien a fait son acquisition contre Michael McCarron, voilà deux semaines.

Guillaume Lefrançois Guillaume Lefrançois
La Presse

Richard Labbé Richard Labbé
La Presse

Le jeune homme est heureux de disputer ce match contre le Crunch de Syracuse. On peut le comprendre : depuis qu’il a terminé son stage junior à Chicoutimi, il a joué à Springfield, Tucson, Rockford, Milwaukee, Glendale, sans oublier un blitz de quatre matchs à Portland pour commencer sa carrière professionnelle.

Bref, c’est l’occasion de jouer devant sa famille et ses amis. Il attendait d’ailleurs une trentaine de proches à la rencontre. « J’ai hâte à [mercredi] soir. »

Mais de là à dire qu’il vit un rêve, il y a un pas que nous ne ferons pas. Après tout, n’est-ce pas Joël Bouchard lui-même qui se plaît à répéter qu’il ne veut rien savoir des joueurs dont le rêve est de jouer pour le Rocket ?

Nouveau départ

En point de presse mardi, Bouchard a repris une formule qu’il avait utilisée pour Charles Hudon en début de saison. Cette fois, elle s’appliquait à Dauphin.

« On voit le potentiel, mais on voit encore ce qu’on avait vu dans le junior. Moi, mon but, c’est d’avoir un Laurent 2.0, a lancé l’entraîneur-chef du Rocket.

« Le but, c’est de prendre un joueur pour faire ressortir ses forces. Ses forces, c’est son sens du hockey, ses habiletés à faire un jeu. Mais il doit être plus engagé. S’il est plus engagé, il touche plus à la rondelle, et les chances de marquer, les gros jeux défensifs viendront plus souvent. »

Dauphin ne fait pas mentir son coach. Étais-tu satisfait du Laurent 1.0 ? Après tout, la première version est parfois meilleure que la deuxième. Si c’était vrai pour Super Mario Bros. et pour L’agent fait la farce, ça peut bien être vrai pour un joueur de hockey, non ?

Ben non, c’est sûr que je veux un Laurent 2.0, parce que le 1.0, il reste… C’est sûr que je veux monter et m’épanouir comme joueur.

Laurent Dauphin

Il reste… dans la Ligue américaine. Dauphin n’a pas terminé sa phrase, mais on sentait où il s’en allait. En 2016-2017, cet ancien choix de 2e tour a disputé 24 matchs avec les Coyotes de l’Arizona, jouant près de 11 minutes par match.

La saison suivante, il a été rappelé en mars et l’équipe lui a fait part de son intention de le garder pour la fin de la saison. Mais dès le deuxième match, il a subi une grave blessure à une rotule qui a mis un terme à sa saison. Le choc était évidemment dur à encaisser pour un joueur dont le coup de patin était une des principales qualités.

À le voir aller mercredi soir, on a pu constater que son coup de patin le sert encore. C’est même en explosant en zone adverse qu’il a provoqué une pénalité à Cal Foote en première période. Et avec son acharnement le long de la rampe, il a forcé Cameron Gaunce à écoper d’une pénalité. Après le match, Bouchard a dit l’avoir « adoré ». Des points positifs pour lui, en attendant les points. Il en a un seul en six matchs avec le Rocket.

« Je dois jouer plus en ligne droite, être plus physique, avoir mes pieds en mouvement, avoir un bon échec avant et être constant en échec avant », a-t-il résumé.

Les retrouvailles

L’autre bonne nouvelle pour Dauphin, c’est que Bouchard semble vouloir lui donner une vraie chance. Après l’avoir employé au sein du troisième trio depuis son arrivée, il l’a cette fois placé à la droite du meilleur compteur du Rocket cette saison, Jake Evans, de même que de Hudon, auteur de 19 buts en 31 matchs.

Pour Hudon et Dauphin, c’était soir de retrouvailles, puisqu’ils ont joué ensemble pendant un an et demi dans les rangs juniors, chez les Saguenéens de Chicoutimi.

« On a toujours été compétitifs l’un contre l’autre. Je jouais avec le premier trio, lui avec le deuxième. C’était son trio contre le nôtre à l’entraînement. On avait du fun et on a créé une amitié comme ça », se rappelle Hudon.

Les deux ne sont pas non plus devenus les plus grands amis du monde, mais assez pour jouer au golf ensemble de temps à autre. « Charles est le meilleur golfeur », assure Dauphin, une opinion souvent entendue au fil des ans.

Sept ans plus tard, les revoici ensemble, plus ou moins au même point de leur carrière, à essayer de se forger une identité 2.0. Pour Hudon, ça a donné jusqu’ici un rappel de neuf matchs à Montréal et une invitation au match des Étoiles de la Ligue américaine. On verra où ça mènera Dauphin.

PHOTO FRANÇOIS ROY, LA PRESSE

Matthew Peca n’a pas de contrat en vue de la prochaine saison.

En attendant, Peca se tient prêt

Au moins, Matthew Peca ne pourra jamais affirmer que sa saison 2019-2020 a été ennuyante.

C’est que Peca a vécu des hauts et des bas, de bons moments suivis de moments un peu moins bons. Nous ne sommes qu’en janvier, la saison de hockey est loin d’être terminée, mais déjà, pour lui, ce fut une saison où les apprentissages auront été nombreux.

Même si ça n’a pas toujours été facile.

« Ce que je sais, c’est qu’il faut mériter sa place dans la Ligue nationale, il n’y a jamais personne qui va te donner quelque chose, a-t-il résumé mercredi matin après l’entraînement du Rocket à la Place Bell de Laval. Mais dans la LNH, les équipes ont besoin de joueurs plus vieux afin de guider les plus jeunes. Les bonnes équipes sont celles qui peuvent compter sur un bon mélange de jeunes joueurs et de vétérans. »

Ces jours-ci, Peca patine dans la Ligue américaine avec le Rocket, après y avoir été cédé par le Canadien en date du 15 janvier. Il avait commencé la saison au même endroit, mais avait été rappelé par le grand club au début du mois de décembre. Il avait disputé trois matchs avec le Canadien avant de tomber au combat lors du quatrième, celui du 10 décembre contre les Penguins à Pittsburgh, en raison d’une blessure à un genou.

« Pas de bon moment… »

Pour un attaquant de 26 ans comme lui, sans contrat en vue de la prochaine saison, disons que cette blessure est arrivée un peu au mauvais moment.

« Oui, mais en même temps, il n’y a pas de bon moment pour une blessure, tient-il à dire. Je jouais très bien avant que ça arrive, et la bonne nouvelle dans tout ça, c’est que je n’ai pas eu besoin d’opération ou quelque chose du genre. En ce moment, je me sens bien, et je me sens de retour où j’étais physiquement avant d’être blessé.

« Je trouve que j’ai bien fait ensuite, au moment d’être rappelé par le Canadien et de disputer un autre match [le 11 janvier à Ottawa]. Je me sentais de plus en plus à l’aise avec l’équipe, peut-être encore plus que par le passé. Mais je suis maintenant ici avec le Rocket et je dois bien jouer ici aussi. »

Peca n’est certes pas dupe. En cinq matchs avec le Canadien, il n’a obtenu aucun point cette saison, et il en avait 12 en 20 rencontres avec le Rocket avant le match de mercredi soir à Laval. 

Avec le retour prévu de Jonathan Drouin et de Paul Byron après – ou peu de temps après – la pause des Étoiles, avec le retour éventuel de Brendan Gallagher aussi, il comprend très bien que les postes disponibles parmi les attaquants du Canadien seront bientôt tous pourvus, et qu’il faudra peut-être une série de circonstances particulières pour qu’on puisse le revoir un jour sur la patinoire du Centre Bell.

Mais il s’agit là d’une réalité qu’il accepte.

« Je serai au poste s’ils décident qu’ils ont besoin d’un joueur comme moi… et s’ils ont une formation avec laquelle ils sont satisfaits, je vais comprendre ça aussi. Je n’ai pas eu besoin de parler avec [l’entraîneur-chef] Claude Julien pour savoir ce que l’on attend de moi, j’avais déjà eu cette discussion en fin de saison dernière. Je sais que mon jeu progresse dans la bonne direction et si le Canadien appelle, je serai prêt. »