Ryan Poehling l’a vécu en arrivant à l’université, mais aussi à son premier Championnat du monde junior ou à ses débuts dans la Ligue américaine.

Guillaume Lefrançois Guillaume Lefrançois
La Presse

Richard Labbé Richard Labbé
La Presse

« Chaque fois que j’ai grimpé d’une ligue, ça m’a toujours pris un peu de temps à trouver mes marques, disait-il lundi soir. Cette saison est toutefois tellement plus longue, donc ça donne plus de temps pour s’adapter. J’espère m’améliorer de match en match et bâtir ma confiance d’ici la fin de la saison. »

Poehling a vécu à la dure la transition vers la LNH. Il souhaite maintenant que son important but d’assurance, marqué lundi dans une victoire de 2-0 contre les Flames de Calgary, lui permette d’accélérer cette transition.

Ce but était longuement attendu. On se souvient tous de son spectaculaire premier match dans la LNH, en avril dernier, match qu’il avait conclu avec un tour du chapeau. Mais il ne fallait pas y voir l’indice de l’arrivée d’un grand marqueur. Ses trois saisons au collège l’ont prouvé (29 buts en 107 matchs) et sa saison jusqu’ici en ajoutait une couche (aucun point en 19 matchs avant la rencontre de lundi).

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Les Canadiens célèbrent le but de Ryan Poehling en 3e période.

Une telle séquence, ça peut jouer sur le moral, surtout quand le joueur en question était habitué à produire près d’un point par match depuis deux ans. Alors dans ce cas, on s’accroche à des principes vrais sur le fond, mais en lesquels il faut avoir une sorte de confiance aveugle. Du genre : « Si tu fais les bonnes choses, tu seras récompensé », comme il l’a dit à quelques reprises dans le vestiaire après le match.

Même Claude Julien le notait, lors de son point de presse d’avant-match, lundi matin. « Il obtient encore un temps d’utilisation raisonnable. Il est très bon en désavantage numérique, il travaille fort. J’aimerais qu’il obtienne quelques points en récompense », avait-il dit, un tantinet prophétique.

Le Canadien a un passé assez terne. On ne parle pas du passé de Maurice Richard, mais du dernier quart de siècle, qui fait en sorte que les 35 ans et moins n’ont jamais vécu de finale de la Coupe Stanley par ici.

Le présent suscitait un certain espoir chez les plus jovialistes. Mais après deux séries de huit défaites de suite, il est temps de faire comme avec l’Halloween et de reporter le présent. Au moins à l’an prochain.

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Mikael Backlund et Ilya Kovalchuk

Reste l’avenir, qui est radieux ou moyen, selon le degré de cynisme de votre interlocuteur. Quand Poehling livre des performances comme celle de lundi, il contribue à rendre cet avenir plus radieux, justement. Nick Suzuki aussi, en général, même s’il est parfois plus effacé, comme lundi.

Reste maintenant à voir si Poehling se servira du match comme d’un tremplin. Il en a intérêt, car pour l’heure, même si la situation du CH au classement est critique, Julien dirige encore ses troupes comme un entraîneur qui pense à la victoire avant le développement. Comme un coach qui ne baissera pas les bras à moins d’un avis contraire de son patron.

À ce sujet…

Le cas Mete

Si le Tricolore était en pure mode « développement », on devine que le jeune duo de défenseurs de Victor Mete et Cale Fleury passerait plus de temps sur la patinoire. Et que les minutes des quatre autres vétérans seraient plus dosées.

Mais Mete a joué 10 min 25 s, et Fleury, 11 : 21. Le cas de ce dernier est moins préoccupant, car il est encore une verte recrue de 21 ans, qui ne manque visiblement pas de confiance si on en juge par la renommée de ceux qu’il estampe dans la bande.

Le cas de Mete laisse un peu plus perplexe. Même s’il a lui aussi 21 ans, il en est à une troisième saison dans la LNH et pourtant, son temps d’utilisation est en baisse par rapport à la saison dernière.

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Victor Mete

« On est réalistes, c’est un gars qui transporte bien la rondelle, mais on aimerait le voir tuer les jeux un peu plus fréquemment dans notre territoire, a jugé Julien. On a quatre défenseurs qui jouent beaucoup, ce sont de gros défenseurs d’expérience. On a besoin de ça pour faire une poussée. »

« Tuer les jeux »… Le même reproche que Julien faisait à Mete l’an dernier, quand le Tricolore a renvoyé le jeune homme à Laval pour quelques matchs.

Le message de Julien ne pourrait pas être plus clair. Les jeunes devront mériter leurs minutes. L’entraîneur a ce luxe en défense, avec un groupe en santé. Il l’a moins à l’attaque, avec Brendan Gallagher, Jonathan Drouin, Joel Armia et Paul Byron à l’infirmerie.

Ce sera donc à Poehling, mais aussi à Suzuki et Jesperi Kotkaniemi, même, de prouver qu’ils peuvent poursuivre leur développement sans nuire à l’équipe au présent, et ainsi garder un rôle important quand les éclopés reviendront.

En hausse: Carey Price

Une deuxième prestation convaincante de suite pour le gardien. Avec un pointage de 1-0 pendant un bon bout de temps, ses arrêts ont fait la différence. Avec son 46e jeu blanc, il rejoint Ken Dryden au 3e rang de l’histoire du Canadien.

En baisse: Max Domi

Son trio a été invisible toute la soirée, mais a néanmoins limité les dégâts.

Le chiffre du match: 33

C’est le nombre de jours qui se sont écoulés depuis la dernière victoire du Canadien au Centre Bell. Si on voulait exagérer, on dirait que le dernier triomphe à domicile datait de la dernière décennie.

Dans le détail

Un premier point pour Weise

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Dale Weise et Nate Thompson célèbrent le but de Jordan Weal en 1re période.

En cinq matchs chez le Canadien depuis son rappel de Laval, Dale Weise n’avait toujours pas récolté un seul point… jusqu’à la présence des Flames lundi soir au Centre Bell. Le vétéran attaquant a profité de la visite de Calgary pour récolter son premier point de la saison dans la LNH, et aussi son premier point dans la grande ligue depuis la saison 2018-19, alors qu’il était un membre des Flyers de Philadelphie. « Je ne suis pas ici pour les points, je ne m’attarde pas aux stats, mais c’est un boni », a dit Weise. Ils ne le diront pas trop fort, mais les dirigeants du Canadien doivent souhaiter que Weise se remette à produire plus régulièrement au cours des prochains matchs, au cas où une équipe, quelque part, serait intéressée à donner quelque chose, n’importe quoi vraiment, pour obtenir ses services en vue du dernier droit. Rappelons que le joueur de 31 ans écoule présentement la dernière année d’un contrat de quatre ans, qu’il avait accepté avec les Flyers.

Weal en feu

Mais qu’est-ce que Jordan Weal avait mangé avant de se rendre au Centre Bell lundi soir ? En tout cas, on lui recommande de manger la même chose les soirs de matchs à partir de maintenant, parce que le jeune homme a probablement disputé le match de sa vie (ou en tout cas, son meilleur de la saison) face aux Flames. En plus de réussir un but, son cinquième de la saison lors de la première période, Weal s’est aussi fait remarquer pour son intensité autour du filet de David Rittich, au point de réussir cinq tirs sur le gardien des Flames, un sommet parmi les attaquants du CH. « Je ne dirais pas que ce fut mon meilleur match de la saison, a-t-il expliqué. Je pense que je joue de cette manière depuis Noël, J’ai modifié certaines de mes habitudes d’entraînement pour que mon patin soit plus efficace, et je dois continuer de cette façon pour avoir du succès. » Claude Julien, lui, s’est contenté de répondre, un peu sans amour, que c’était normal de voir Weal voler ainsi sur la glace, « parce qu’il a été laissé de côté au match précédent. »

Fleury qui fait revoler Lucic

Les fans du Centre Bell ont eu deux bonnes raisons de se réjouir lundi soir : la victoire de leurs favoris, bien sûr, mais aussi cette mise en échec percutante de Cale Fleury à l’endroit de Milan Lucic, lors de la troisième période. Un coup percutant, qui a été dégusté avec joie par chacun des 20 790 spectateurs. Bien sûr, Fleury se doutait bien que cette mise en échec allait être savourée même s’il n’était pas en âge de conduire quand Lucic était l’un des acteurs importants de la rivalité Bruins-CH d’il y a une dizaine d’années. « Je suis au courant qu’il y a eu des grandes batailles Canadien-Bruins quand Lucic était là. Je me doutais bien que les partisans allaient apprécier et j’ai très bien entendu leur réaction… » Claude Julien, lui, n’a pas semblé trop surpris par ce coup de Fleury. « Je pense plus que c’est Lucic qui a été surpris ! », a-t-il répondu.