Les détracteurs de Stan Bowman ont eu une drôle de surprise mercredi.

Mathias Brunet Mathias Brunet
La Presse

Les Blackhawks de Chicago viennent de procéder à une restructuration de leur direction. Non seulement Bowman conserve-t-il son poste de directeur général, mais il vient aussi d’être promu président des opérations hockey !

Après plusieurs printemps glorieux, les Hawks ont connu des saisons difficiles récemment. Bowman est vivement critiqué depuis un an.

Chicago n’a pas franchi la première ronde des séries éliminatoires depuis sa Coupe Stanley de 2015. Ils allaient rater les séries pour une troisième année de suite, avant d’être sauvés par la pandémie… comme le Canadien.

Bowman a été auréolé de gloire entre 2010 et 2015, mais il est aussi responsable de la chute de l’équipe. Il avait la délicate tâche de se conformer au plafond salarial avec un lot de vedettes, mais il a effectué des échanges désastreux.

Échanger Phillip Danault et un choix de deuxième ronde pour deux joueurs de location, Dale Weise et Tomas Fleischmann, en février 2016, a fait mal. Danault serait devenu le deuxième ou troisième centre longtemps attendu à Chicago. Les Hawks n’auraient peut-être pas repêché Alexander Romanov en deuxième ronde, mais il y avait encore de bons joueurs disponibles.

Un autre jeune joueur de talent, Teuvo Teravainen, a été gaspillé pour se débarrasser de l’horrible contrat accordé à Bryan Bickell, un ailier limité offensivement, mais toujours à son meilleur en séries. Teravainen avait 21 ans. Il ne produisait pas encore assez au goût de la direction. Il aurait sans doute connu une deuxième saison consécutive de 75 points ou plus cette année en Caroline sans l’interruption de la saison.

Mais aucun échange n’a fait plus mal que celui d’Artemi Panarin, en juin 2017. Panarin venait pourtant de signer un contrat pont de deux ans à un salaire respectable de six millions par année six mois plus tôt afin de permettre à Bowman de se conformer au plafond salarial. Il espérait passer sa carrière à Chicago.

PHOTO ANDRÉ PICHETTE, ARCHIVES LA PRESSE

Artemi Panarin avec les Blackhawks de Chicago en 2017
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Bowman allait rapatrier son ancien ailier Brandon Saad, sous contrat pour cinq années supplémentaires à six millions par saison. Panarin est passé au statut de grande vedette à Columbus. Saad a été un flop. Il a connu des saisons de 35, 47 et 33 points, avant d’être échangé cet été à l’Avalanche du Colorado pour Nikita Zadorov, robuste à souhait, mais plutôt limité. Chicago retient en outre un million sur le salaire de Saad pour la dernière année de son contrat !

L’entraîneur des Hawks à l’époque, Joel Quenneville, aurait quitté le United Center en furie après avoir appris la nouvelle du départ de Panarin. Chicago a raté les séries lors des deux années suivantes et Quenneville a perdu son poste.

« Quand j’étais à Chicago, je croyais y être pour le reste de ma carrière, a déclaré Panarin cet hiver lors d’une visite des Rangers de New York. Puis cet échange est survenu. Je ne le comprends toujours pas aujourd’hui… »

Bowman a le privilège de compter sur un bon directeur du recrutement. Mark Kelley fait des erreurs, comme ils en commettent tous, mais certains de ses choix judicieux ont permis à Chicago d’intégrer de bons jeunes à leur noyau.

Alex DeBrincat, repêché en deuxième ronde grâce au choix obtenu du Canadien pour Andrew Shaw il y a quelques années, a connu une baisse de régime l’hiver dernier, mais il a marqué 41 buts l’année précédente. Il a amassé six points en neuf matchs de séries cet été.

Le défenseur Adam Boqvist, 20 ans seulement, un choix de première ronde en 2018, devrait obtenir un rôle prépondérant cette année.

Idem pour le jeune centre droitier Kirby Dach, troisième choix au total en 2019, le fer de lance de l’équipe canadienne au Championnat mondial junior cette année, après avoir atteint la LNH à 18 ans.

Obtenu pour Nick Schmaltz, le centre Dylan Strome, 23 ans, a amassé 89 points en 116 matchs depuis son arrivée à Chicago.

Derrière Jonathan Toews, la ligne du centre sera puissante pour longtemps. Aux ailes, il y a Patrick Kane, évidemment, DeBrincat, mais aussi Dominik Kubalik, 25 ans, obtenu pour une bouchée de pain des Kings de Los Angeles parce qu’il refusait de s’entendre avec eux. Kubalik vient de connaitre une saison de 30 buts en 68 matchs.

Stan Bowman espère avoir réalisé une autre trouvaille de taille en Europe : le Suisse Pius Suter, 24 ans, 5 pieds 11 pouces et 170 livres, dominant à Zurich dans la Ligue nationale suisse depuis quelques années. Suter a signé un contrat d’un an après avoir été nommé le joueur par excellence en Suisse. Il a été boudé au repêchage malgré une saison de 43 buts à Guelph, dans la Ligue junior de l’Ontario.

Chicago vient aussi de mettre son contrat son choix de deuxième ronde en 2017, Ian Mitchell, l’un des meilleurs défenseurs offensifs de la NCAA. Un choix de fin de première ronde en 2018, Nicolas Beaudin, espère mériter un poste lui aussi.

Malgré ses mauvais coups, Stan Bowman a donc réussi à entamer une phase de rajeunissement intéressante. Les propriétaires de l’équipe l’ont sûrement noté.

Par contre, les Hawks ont perdu leurs gardiens réguliers de l’an dernier, Corey Crawford et Robin Lehner. Le jeune entraîneur Jeremy Colliton doit s’en remettre pour l’instant à Malcom Subban et Collin Delia. Aucun des deux n’a prouvé, à 26 ans, avoir l’étoffe d’un numéro un… ni même d’un solide numéro deux d’ailleurs.

Voilà le défi de Bowman s’il veut faire taire les critiques.

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