Pas moins de huit mois s’étaient écoulés depuis le dernier match universitaire aux États-Unis, alors on aurait facilement pardonné à Cole Caufield et aux Badgers de l’Université du Wisconsin d’être rouillés.

Simon-Olivier Lorange
Simon-Olivier Lorange La Presse

Pourtant, le duel qu’ils ont livré au Fighting Irish de l’Université Notre Dame, en lever de rideau de la saison dans la NCAA, a été disputé à vive allure et à haute intensité. Il ne manquait qu’une petite couche de finition autour du filet et on aurait cru voir deux équipes au plus fort de leur régime hivernal.

Les mécaniques de Caufield n’étaient peut-être pas enrayées, mais le jeune espoir du Canadien de Montréal n’a pas davantage été la grande étoile des Badgers dans leur victoire de 2-0.

Après avoir mené la Big 10 Conference la saison dernière avec 19 buts en 36 matchs, le choix de premier tour du Tricolore en 2019 était attendu de pied ferme.

« Les gens sont tellement habitués à le voir marquer des buts qu’ils se demandent ce qui se passe si ça n’arrive pas », s’est esclaffé l’entraîneur-chef des Badgers, Tony Granato, après la rencontre.

Il y a un peu de cela, en effet. Cela n’empêche pas que les habiletés de Caufield sautent aux yeux dès qu’il touche à la rondelle. Son explosion sur patins et son assurance en possession du disque sont irrésistibles. Et on ne parle même pas de son tir du poignet, foudroyant, quoique parfois télégraphié.

Il a d’ailleurs terminé la soirée avec quatre tirs au but, en phase avec le rythme de sa première saison sur le circuit.

Ça se gâtait toutefois lorsqu’il n’était pas en possession de la rondelle. Souvent très loin du porteur, il devenait une cible difficile à atteindre lorsque le jeu s’amorçait dans sa zone. À au moins deux reprises, un revirement s’est produit derrière lui en zone neutre alors qu’il attendait une passe à la ligne bleue adverse.

Et à voir ses replis tardifs ou encore sa faible agressivité lorsqu’un adversaire près de lui s’emparait du disque, on peut d’emblée s’attendre à ce qu’il se fasse taper sur les doigts à Montréal (ou à Laval) pour son jeu défensif.

Mais la saison est bien sûr toute jeune. Sans doute permettra-t-elle à Caufield de mûrir encore un peu, comme le souhaitait la direction du Canadien, qui voulait le voir disputer une deuxième campagne au Wisconsin.

Menace à cinq contre quatre

C’est en avantage numérique qu’on est le plus à même de comprendre ce qui a convaincu le Tricolore d’en faire son premier choix (15e au total) l’année dernière.

Employé à la pointe, il a profité de deux mises au jeu remportées par Dylan Holloway pour bondir sur la rondelle et tirer vers le filet défendu par Dylan St. Cyr, fils de la gardienne québécoise Manon Rhéaume.

En deuxième période, on l’a aussi vu décocher un tir avec une rapidité déconcertante depuis le cercle de mise au jeu, et ce, alors qu’il était pourtant du côté droit de la patinoire (il est droitier) et que la passe arrivait de sa gauche.

Il se trouvait par ailleurs sur la glace lors des deux buts des siens, mais il n’a été à la source d’aucun d’entre eux. Il a obtenu la deuxième mention d’aide sur le premier but du match, mais le mérite revient surtout à Linus Weissbach qui, parti de sa zone, a traversé la patinoire avant de servir une passe transversale parfaite à son joueur de centre Ty Pelton-Byce.

Puis, en deuxième période, Holloway, choix de premier tour des Oilers d’Edmonton en 2020, a doublé l’avance grâce à un tir vif décoché du haut de l’enclave. Sur la séquence en avantage numérique, Caufield était du côté opposé de la zone.

Tony Granato a fait valoir que ce qui avait le plus retenu son attention chez Caufield était imperceptible à la télévision pour le spectateur, à savoir son enthousiasme contagieux sur le banc.

« Quand on menait 2-0, il sautait dans les airs à chaque tir bloqué et encourageait constamment ses coéquipiers », a raconté l’entraîneur en visioconférence.

Après son année de repêchage, il a compris qu’il devenait un vétéran et qu’il devait apprendre à être un leader. Il a démontré beaucoup d’énergie et de fierté en ce sens.

Tony Granato, entraîneur-chef des Badgers

Du reste, Granato ne s’est pas formalisé que Caufield ne noircisse pas la feuille de pointage. « C’est un joueur dangereux, ses adversaires savent toujours quand il est sur la glace », a-t-il souligné. Il a toutefois noté un léger relâchement de son trio en troisième période, alors que le Fighting Irish tentait par tous les moyens d’éviter d’être blanchi.

Caufield n’a pas été rendu disponible par son équipe après la rencontre pour fournir des commentaires sur sa performance.

Les deux équipes s’affronteront de nouveau ce samedi.