Quand Kaiden Guhle est débarqué à Prince Albert pour son stage junior, il arrivait avec une certaine aura. Au repêchage 2017 de la Ligue junior de l’Ouest (WHL), il avait en effet été le tout premier joueur réclamé, un statut pas toujours facile à assumer pour un ado de 16 ans.

Guillaume Lefrançois Guillaume Lefrançois
La Presse

Au lieu d’arriver dans une équipe en reconstruction, en début de cycle, Guhle se joignait à un club qui visait la Coupe Memorial. Et qui s’y est finalement rendu.

Lors de cette campagne 2018-2019, le défenseur que le Canadien a repêché au 16e rang mardi a joué 65 des 68 matchs de la saison.

« On avait une très bonne équipe à son année de 16 ans. Donc on a dû le laisser de côté quelques fois. D’autres fois, il a très peu joué, parfois cinq ou six minutes par match », raconte au bout du fil Marc Habscheid, l’entraîneur-chef de Guhle avec les Raiders de Prince Albert, rejoint par La Presse mardi soir.

Et en séries ? Guhle a disputé les 23 matchs des Raiders, qui ont remporté le championnat de la WHL. Mais dans un rôle limité. « Il jouait environ 10 minutes par match », se souvient Habscheid.

Et il ne s’est pas plaint une seule fois. Il n’était pas content, c’était clair, mais il ne le disait pas.

Marc Habscheid, l’entraîneur-chef des Raiders de Prince Albert

« Il savait qu’il devait faire quelque chose pour jouer plus, ajoute Habscheid. On croit en un certain modèle de développement. On avait un plan pour lui. On a aussi eu son frère [Brendan, des Ducks], j’imagine que ça l’a aidé à avoir confiance dans le plan. »

Le nouveau membre de l’organisation du Canadien a d’ailleurs lui-même évoqué ce plan, lors de sa rencontre virtuelle avec les médias après le premier tour.

« Marc et Jeff [Truitt, l’entraîneur adjoint] ne m’ont pas bousculé. Ils voulaient me placer en position de succès, a décrit Guhle. Quand tu es jeune, tu veux toujours être sur la glace. Mais avec le recul, ça a fonctionné. Marc et Jeff ont été très importants pour moi. Cette équipe est une grande raison pour laquelle je suis ici aujourd’hui. »

Le lien avec Weber

La vie fait parfois drôlement les choses. Marc Habscheid et Jeff Truitt sont ce qui unit Guhle, maintenant le plus jeune joueur de l’organisation, et son doyen, Shea Weber. C’est qu’ils ont été les entraîneurs d’un jeune Weber chez les Rockets de Kelowna, également dans la WHL.

« Quand Kaiden sera à Montréal, je sais que Shea l’aura à l’œil et l’aidera à se développer. Il ne pourrait pas avoir meilleur modèle. Mais je ne sais pas si Kaiden deviendra aussi costaud, car Shea, c’est l’homme-montagne ! », lance Habscheid.

Quand il se fait demander de comparer les deux, Habscheid se borne toutefois à parler de leurs personnalités. Il rend ainsi service à son joueur, quand on sait le fardeau que ces parallèles peuvent faire peser.

« Il y a beaucoup de comparaisons, car les deux sont de très bonnes personnes, respectueuses, de bons coéquipiers qui ne se plaignent jamais, des joueurs très faciles à diriger. Une telle personnalité leur donne une chance de se développer. Ça a fonctionné pour Shea ! »

Guhle est répertorié à 6 pi 2, 186 lb. Même s’il a déjà une bonne charpente, il y a lieu de douter qu’il devienne un pan de mur de 6 pi 4 et 230 lb comme Weber. Mais le hockey a changé pendant les 17 ans qui séparent les repêchages des deux joueurs, et Guhle a ses qualités.

« On était en 1re place de notre division quand la pandémie a interrompu la saison, rappelle Habscheid. On espérait gagner pour une deuxième année de suite, et Kaiden jouait au sein de notre premier duo. Il jouait probablement 20, 22 ou 24 minutes par match. Mais on ne lui donnait pas ses minutes, il les méritait. »

Guhle était l’arrière le plus productif de son équipe pour les buts (11) et les points (40) l’an dernier, quoique l’instinct offensif ne compte pas parmi ses qualités dominantes. Il se distingue plutôt par sa hargne et son excellent coup de patin, des qualités qui laissent croire que ses chances d’atteindre la LNH sont grandes, mais dans un rôle plus défensif.

La relève défensive est gauchère

Notons aussi qu’il est gaucher, et que la question de jouer à gauche ou à droite pourrait se poser plus tard. C’est que TOUS les défenseurs repêchés en 2018 et 2019 sont gauchers : Romanov, Mattias Norlinder, Jordan Harris, Jayden Struble, Gianni Fairbrother, Jacob LeGuerrier et Kieran Ruscheinski. Un amateur de psycho pop se demanderait s’il n’y a pas là un traumatisme de l’été 2017, mais c’est une tout autre discussion.

Guhle pourrait-il jouer à droite ? « Je l’ai utilisé des deux côtés, sauf que tous les défenseurs sont meilleurs de leur côté naturel, répond l’entraîneur. Mais c’est le genre de joueur à qui tu pourrais demander de jouer au centre, et il le ferait ! »

Un joueur « facile à diriger ». Des comparaisons avec Weber. Un joueur « qui veut gagner », insistera à plusieurs reprises Habscheid. Visiblement, Marc Bergevin n’en démord pas : le « caractère » demeure un de ses critères d’importance, et la vision qu’il se fait de ce concept fait partie de l’ADN de son équipe.

Un autre exemple ? Tout de suite après sa sélection, Guhle était en direct à Sportsnet pour une courte entrevue. Les questions étaient légères, afin de mettre à l’aise un jeune qui se retrouvait sous les projecteurs pour la première fois de sa vie. Mais Guhle restait de marbre. Et le chef d’antenne de l’émission, Jeff Marek, d’enchaîner :

« Vous pensiez que Jonathan Toews était le capitaine Sérieux ? Voici Kaiden Guhle ! »