(Edmonton) Son entraîneur avait alimenté le suspense jusqu’à la dernière minute. Mais la présence du numéro 91 et de sa tignasse princière à la période d’échauffement n’a trompé personne. Après six mois de convalescence, Steven Stamkos était enfin prêt à revenir au jeu.

Simon-Olivier Lorange Simon-Olivier Lorange
La Presse

Sa présence, on l’apprendra rapidement, n’a duré que le temps d’un soupir. Mais elle a été bien suffisante pour inspirer ses coéquipiers, qui ont complètement dominé les Stars pour l’emporter 5-2 et prendre les devants 2-1 dans cette série finale de la Coupe Stanley.

Employé sur le quatrième trio avec Cédric Paquette et Patrick Maroon, le capitaine du Lightning visait, à l’évidence, un retour progressif.

Or, dès sa troisième présence, il a profité de l’effet croisé d’une passe impeccable de Victor Hedman et d’une clinique de mise en échec ratée d’Esa Lindell pour foncer sur le flanc droit et déjouer Anton Khudobin d’un tir sec du côté opposé.

Le banc du Lightning a explosé. Et sur la glace, c’était Noël.

« Cette réaction démontre ce qu’il représente pour nous comme coéquipier, comme leader et comme ami », a indiqué Hedman au sujet de cette scène touchante.

Mais voilà, la fête a été de courte durée. Les caméras ont montré Stamkos discuter ferme avec les thérapeutes sur le banc en fin de première période. Et il a fallu attendre le milieu de l’engagement suivant pour le voir émerger du vestiaire. Sa soirée de travail avait pris fin après moins de trois minutes de jeu, mais il tenait à rester parmi ses coéquipiers.

Steven est une voix forte pour nous, qui a pour effet de nous calmer.

Brayden Point

« Quand on regarde travailler un joueur comme lui chaque jour, pendant toute la saison, et qu’on le voit revenir et faire ce qu’il a fait alors que l’enjeu est si important, on ne peut qu’être émerveillé », a renchéri l’entraîneur-chef Jon Cooper.

Le principal concerné n’a pas voulu révéler s’il avait aggravé la blessure qui a nécessité une opération à l’abdomen en mars, ou encore si une autre blessure avait surgi. Loin de nous l’idée de nous improviser médecin ou devin, mais après la rencontre, il s’exprimait drôlement comme un joueur qui venait de disputer son premier et dernier match cet automne.

« À ce moment de l’année, on veut faire tout en son pouvoir pour aider son équipe à gagner, a-t-il dit. Je suis fier des gars. Partager cette expérience avec mes coéquipiers a été incroyable. J’étais content de pouvoir contribuer, même si je n’ai pas joué beaucoup. Juste être assis au banc, parmi eux, était une inspiration pour moi. »

L’inspiration était mutuelle, conclura-t-on.

Sans partage

C’est bien parce que la location de la glace avait été payée en entier, car on aurait tout aussi bien pu rester au vestiaire en troisième période que ça n’aurait pas changé grand-chose.

Le Lightning avait eu bien assez de 40 minutes pour humilier les Stars, dans ce duel dont la marque finale est bien moins spectaculaire que la leçon de hockey qu’ont servie les Floridiens à leurs amis texans.

Aussi vrai que cliché, l’adage voulant que « tes meilleurs doivent être tes meilleurs » TM a traversé les époques sans prendre une ride. Jon Cooper nous l’a même servie mercredi soir, ajoutant que « les grands garçons doivent se présenter ». Visiblement, ses hommes l’avaient entendu : non seulement ses meilleurs éléments ont-ils transporté leur club, mais encore ils étaient simplement trop forts pour leurs opposants.

« Je ne sais pas ce qui s’est passé. On va reparler de tout ça [jeudi] », a dit le gardien des Stars, Anton Khudobin, encore ahuri après le match.

Tout en haut du tableau d’honneur, le défenseur Victor Hedman. La fluidité de son coup de patin nous fait oublier son gabarit monumental, et son flair offensif en fait une menace constante.

En tout début de rencontre, son repli impeccable a privé Denis Gurianov d’un tir, alors qu’il s’échappait pourtant seul un instant avant. Puis, depuis la zone neutre, Hedman a servi des passes transversales d’abord à Stamkos, puis à Nikita Kucherov pour les lancer en attaque. Les deux actions se sont conclues en buts. Et c’est Hedman lui-même qui a marqué le but gagnant tôt au deuxième vingt. Mine de rien, ce 10e but à sa fiche le place au troisième rang de l’histoire pour une récolte au cours des mêmes séries éliminatoires, derrière Paul Coffey (12) et Brian Leetch (11).

« Le leadership qu’exerce Heddy au sein de cette équipe est incroyable », a souligné Stamkos en point de presse.

« Il s’impose toujours au moment où nous avons besoin d’une poussée, a ajouté Cooper. Remarquez, comme il fait de bonnes choses pendant tout le match, son timing ne peut qu’être bon. »

Mais l’apport de Hedman serait incomplet sans la domination entière et totale du premier trio du Lightning. Nikita Kucherov, Brayden Point et Ondrej Palat ont chacun inscrit deux points mercredi. Mais leur impact n’apparaît pas que sur la feuille de pointage. Depuis le début de cette série, les tentatives de tir à cinq contre cinq sont de 42-15 pour le Lightning lorsqu’ils sont sur la glace ensemble. Au cours des deux derniers matchs seulement : 30-6.

Après avoir malmené les Islanders de New York au tour précédent, les trois surdoués sont en train de jouer le même tour aux Stars, éclipsant à la clé les canons offensifs de Dallas, bien silencieux.

D’Alexander Radulov, Jamie Benn et Tyler Seguin, l’entraîneur-chef Rick Bowness a dit qu’« avec le temps de glace qui leur est accordé, ils doivent trouver une solution ». C’est peu dire.

Du reste, Bowness s’est navré d’erreurs provoquées « par des joueurs qui n’en font pas habituellement » – salutations ici à Miro Heiskanen. Il s’est réjoui d’une première période bien exécutée dans son camp, mais a vu ses hommes « perdre leur concentration et leur intensité » en deuxième. « Quand ça se produit contre une équipe comme ça, elle vous fera mal paraître. C’est ce qui est arrivé. »

La bonne nouvelle pour lui, c’est que la série n’est vieille que de trois matchs et que son équipe ne tire de l’arrière que 2-1. Est-il nécessaire de mentionner à quel point le prochain duel, vendredi, sera névralgique ?

C’est bien ce qu’on croyait.