La situation du club-école du Canadien n’est pas aussi sombre qu’elle l’a été pendant la majorité du règne de Marc Bergevin comme directeur général. Il lui reste toutefois encore un retard à rattraper par rapport aux bonnes équipes de la LNH.

Guillaume Lefrançois Guillaume Lefrançois
La Presse

C’est ce qui ressort d’une analyse statistique réalisée par La Presse.

L’idée est simple : comparer le Canadien aux huit formations toujours en vie en séries éliminatoires, afin de mesurer l’apport du club-école dans la construction des équipes.

Pour ce faire, nous avons donc retenu les 12 attaquants et 6 défenseurs qui ont joué le plus de matchs cet été, pour chacune des 8 équipes au deuxième tour, de même que pour le Canadien. Nous avons aussi pris les deux gardiens en uniforme pour le plus grand nombre de matchs.

Nous avons ensuite compté combien de matchs dans le club-école de l’organisation ces joueurs ont disputés. Ainsi, les matchs joués par Joel Armia dans les filiales des Sabres de Buffalo et des Jets de Winnipeg n’ont pas compté, pas plus que ceux joués par Max Pacioretty (maintenant à Vegas) avec les Bulldogs de Hamilton.

Les résultats sont éloquents.

INFOGRAPHIE LA PRESSE

Le Canadien devance seulement deux des équipes toujours en vie. Et pour une de ces deux équipes, un astérisque s’impose. Les Golden Knights de Vegas (VGK) en sont seulement à leur troisième saison. Ils ont donc forcément un parcours atypique, avec une formation largement composée de vétérans.

Ils ont participé à leur premier repêchage en 2017, et en raison de leurs succès plus rapides que prévu, ils ont sacrifié plusieurs jeunes, dont un certain numéro 14, membre de la famille éloignée de David Suzuki, dont vous avez peut-être déjà entendu parler.

Rocket, IceCaps, Bulldogs…

Chez le Canadien, les joueurs issus du club-école sont les suivants, en ordre de nombre de matchs joués.

Jake Evans : 118
Alex Belzile : 94
Xavier Ouellet : 86
Charlie Lindgren : 86
Brendan Gallagher : 36
Brett Kulak : 19
Jesperi Kotkaniemi : 13
Carey Price : 12
Victor Mete : 7

Parce qu’ils ne sont pas parmi les 12 attaquants qui ont joué le plus de matchs en séries, Charles Hudon et Dale Weise ont été exclus du calcul. Et chez les Flyers de Philadelphie, par exemple, Connor Bunnaman a aussi été exclu.

On note que ce sont des joueurs de profondeur qui arrivent au sommet du palmarès. Evans démontre toutefois une belle progression et il sera intéressant de voir quel rôle il finira par occuper dans la LNH. Belzile vient quant à lui de disputer, à 28 ans, ses premiers matchs dans la LNH.

On retrouve deux joueurs d’impact dans la liste : Gallagher et Price. Ils ont en commun d’avoir eu un bref passage dans la Ligue américaine, et de l’avoir fait à l’époque des Bulldogs de Hamilton.

Le cas de Kotkaniemi sera intéressant à analyser dans les prochains mois. L’ancien troisième choix au total connaissait une saison de misère à Montréal, au point qu’il a été cédé à Laval. Sous la gouverne de Joël Bouchard, Kotkaniemi a toutefois repris confiance et a amassé 13 points en 13 matchs. Son séjour a été court et ne pèse pas lourd dans notre analyse quantitative, mais il pourrait s’avérer un moment important de son développement.

Je me concentrais sur les détails. C’était bon pour moi, je jouais un plus gros rôle et ça m’a fait du bien.

Jesperi Kotkaniemi

Kulak a lui aussi visiblement bénéficié de son passage à Laval, puisqu’il était coincé entre la LAH et la LNH à son arrivée dans l’organisation, à l’automne 2018. Le CH l’a rappelé en novembre cette année-là et Kulak n’a plus jamais été rétrogradé. Il faudra toutefois voir s’il réussira à s’implanter à long terme dans le rôle de quatrième défenseur qu’il a occupé pendant les séries cet été.

Bref, le club-école n’est pas exactement une usine à joueurs d’impact pour le Canadien. Collectivement, la situation progresse toutefois depuis l’arrivée de Bouchard. Le Rocket avait amassé 58 points (en 76 matchs) lors de la dernière campagne sous Sylvain Lefebvre, avant d’en amasser 72 en 2018-2019, première saison de Bouchard derrière le banc. Cette saison, l’équipe était en voie d’en amasser 83 lors de l’arrêt des activités.

Ailleurs

Là où les comparaisons font mal au Canadien, c’est lorsqu’on regarde la qualité des joueurs produits ailleurs.

Chez les Flyers, Philippe Myers (109 matchs), Scott Laughton (105) et Travis Sanheim (98) ont fait de longs séjours dans les mineures. Myers et Sanheim jouent aujourd’hui au sein des deux premiers duos, tandis que Laughton obtient des minutes d’attaquant de troisième trio.

Les Islanders de New York comptent quatre défenseurs (Ryan Pulock, Adam Pelech, Scott Mayfield et Devon Toews) qui ont joué plus de 100 matchs à Bridgeport et qui sont employés plus de 18 minutes par match en séries. S’ajoutent Brock Nelson (71 matchs à Bridgeport) et Anders Lee (59), membres du noyau à l’attaque.

À Tampa Bay, Yanni Gourde, Ondrej Palat, Tyler Johnson et Erik Cernak ont tous passé 80 matchs ou plus avec le club-école. À Boston, l’impact de Providence transcende les générations, de David Krejci et Patrice Bergeron à Torey Krug, Jake DeBrusk et Matt Grzelcyk.

Dans l’Ouest, Esa Lindell, Roope Hintz, Denis Gurianov, Mikko Rantanen, Ryan Graves et Chris Tanev sont quelques joueurs qui ont disputé au moins 50 matchs dans leur club-école et qui jouent des rôles d’importance dans la LNH.

C’est de ce type d’apport que le Canadien est privé depuis trop longtemps, et qui fait en sorte que malgré les nombreuses bonnes transactions de Bergevin, l’équipe n’a pas atteint le deuxième tour des séries depuis 2015. Evans, Cale Fleury, Noah Juulsen, Ryan Poehling et Cayden Primeau sont les espoirs les plus près de redorer ce bilan. Tôt ou tard, cet apport sera essentiel.

EN BREF

PHOTO FRANÇOIS ROY, ARCHIVES LA PRESSE

Max Domi

Le début d’une saga ? Décidément, le dossier Max Domi promet d’enflammer les réseaux sociaux au cours des prochaines semaines. Lundi, des internautes ont affirmé que l’attaquant avait modifié la description de ses comptes Twitter et Instagram pour y retirer toute mention de Montréal. Sur son site internet officiel (maxdomi.com), le logo du Canadien apparaissait toutefois toujours, transparent, dans le coin supérieur gauche, en date de lundi soir. Domi deviendra joueur autonome avec compensation quand la saison prendra officiellement fin. Notons qu’il devrait s’adresser aux médias cette semaine, dans le cadre des conférences de fin de saison organisées par le CH. Comme quoi il n’a pas non plus coupé les ponts avec l’organisation…

Sur l’origine d’une rumeur… Pendant qu’il est question de lui, une rumeur a circulé sur les réseaux sociaux, qui envoyait Domi, Ryan Poehling et un choix de premier tour à Calgary contre Johnny Gaudreau. Or, la première mention de cette rumeur a été faite lundi après-midi par un compte Twitter qui comptait 57 abonnés lundi à 18 h. À titre indicatif, un journaliste crédible et influent comme Elliotte Friedman compte 530 000 abonnés. Ladite rumeur a ensuite été reprise dans un tweet d’un compte qui se présente comme une parodie de celui du Canadien, annonçant que la transaction était conclue. Des internautes ont visiblement été pris au piège.