Le DSerge Doucet est cardiologue d’intervention à l’Institut de cardiologie de Montréal (ICM). La pose des endoprothèses, il connaît ça. « Je fais ça tous les jours depuis 25 ans ! », lance-t-il au bout du fil.

Guillaume Lefrançois Guillaume Lefrançois
La Presse

Bien des Québécois ont appris l’existence de ce terme quand le Canadien a annoncé, vendredi matin, que Claude Julien rentrait à la maison (à Montréal) à la suite de « l’installation d’une endoprothèse dans une artère coronaire ». L’équipe n’a pas annoncé de date de retour derrière le banc. Jeudi, Marc Bergevin a simplement dit que les chances que Julien revienne pendant la présente série contre les Flyers sont « très minimes ».

La Presse a contacté deux cardiologues, soit le DDoucet et le DPeter Guerra, chef de médecine spécialisée et cardiologue à l’ICM, pour mieux comprendre l’intervention. Et, surtout, pour savoir en quoi elle peut changer la vie de l’entraîneur-chef du Canadien.

Évidemment, aucun des deux spécialistes n’a examiné Claude Julien. Ils ne peuvent donc pas se prononcer sur son cas particulier.

Qu’est-ce que Claude Julien a subi comme intervention ?

Le DSerge Doucet : C’est dans le cadre d’une dilatation coronarienne. Quand une personne développe de l’athérosclérose, il peut y avoir blocage des artères. Si l’artère est sur le point de se bloquer complètement, on dilate l’artère avec un ballon, puis on met un tuteur, un petit treillis métallique, pour garder l’artère ouverte.

Le DPeter Guerra : L’endoprothèse, les gens connaissent ça sous le nom de stent. C’est un ressort. On ouvre une artère avec un ballonnet, et on met un stent pour garder l’artère ouverte. Ce que je comprends, c’est que M. Julien avait un blocage dans une artère coronarienne.

Est-ce une opération majeure ? Quelles sont les mesures immédiates à prendre ?

SD : Ce n’est pas une intervention invasive. On fait une petite piqûre dans le poignet, le patient est réveillé, ça se fait en une trentaine de minutes. C’est très rapide. Ce n’est pas l’intervention qui nécessite une convalescence; ce sont les circonstances.

PG : L’important, dans l’immédiat, c’est de s’assurer que ça ne saigne pas, car on passe par une artère pour insérer le stent, soit le poignet, soit l’aine. C’est extrêmement rare que ça bloque immédiatement, mais il faut surveiller si les symptômes reviennent. Les symptômes, ça peut être un serrement au thorax, une douleur au bras ou à la mâchoire. Si ces symptômes reviennent, il faut consulter. Ça peut signifier que le blocage s’est refait. Le stent reste dans l’artère et aucune autre intervention n’est requise.

Que recommandez-vous à vos patients dans les jours qui suivent l’opération ? Peuvent-ils retourner au travail rapidement ?

SD : Ça dépend beaucoup des circonstances. S’il a fallu débloquer l’artère d’urgence, il faut évaluer s’il y a une cicatrice sur le cœur. Si l’artère n’était pas bloquée à 100 %, s’il n’y a pas de cicatrice, ça peut être très rapide, entre 48 heures et une semaine. Sinon, ça peut être un mois de convalescence. Si le résultat des prises de sang est beau, si l’échographie cardiaque est belle, une personne peut retourner progressivement à une vie normale en une semaine. Mais retourner sur la glace et derrière le banc, ce n’est peut-être pas une situation idéale ! Cela dit, s’il y a un réel danger, son médecin ne le renverra pas travailler.

PG : Le message important à transmettre, c’est que ça ne signifie pas qu’une maladie coronarienne met sa carrière en danger. Il ne doit pas s’asseoir dans son fauteuil et prendre sa retraite ! Une personne en bonne forme ne doit pas cesser ses activités. Mais il faut surveiller les facteurs de risque à plus long terme.

Quels sont les facteurs de risque ? Le stress en fait-il partie ?

SD : Les facteurs de risque sont le diabète, l’hypertension, le cholestérol, le tabagisme et la génétique. Le stress peut être un élément déclencheur, mais ce n’est pas ce qui a causé la maladie. Ça peut être l’élément qui fait en sorte que ça s’est déclenché précisément à ce moment-là. Sinon, il aurait peut-être ressenti un malaise un mois plus tard, par exemple. La gestion du stress fait partie du traitement des maladies cardiaques et coronariennes. On a tous du stress; on ne peut pas le réduire à zéro. Mais on peut essayer de le gérer pour que ça n’influence pas notre santé. L’exercice, la perte de poids et une bonne alimentation peuvent aider.

PG : M. Julien doit être assez actif, il va sur la patinoire pour les entraînements ! Mais dans le sport professionnel, le train de vie peut être stressant et mouvementé. On ne s’alimente pas bien parce qu’on n’a pas le temps. On dort mal parce qu’on n’a pas le temps. Si ça peut rassurer les gens, le stress n’est pas une cause directe des maladies coronariennes. Mais quand on a une vie mouvementée ou stressée, il faut faire des choix, et on en fait parfois des mauvais. Par exemple, vous, comme journaliste, vous êtes sur le deadline un soir, donc vous allez manger un cheeseburger plutôt qu’une salade ! L’important, mais c’est aussi la partie la plus difficile, c’est de garder un certain équilibre de vie.