Toute sa carrière, Sean Couturier a été en avance sur Phillip Danault.

Guillaume Lefrançois Guillaume Lefrançois
La Presse

On peut remonter à leurs années juniors. En décembre 2010, Couturier était retenu par Équipe Canada pour le Championnat du monde des moins de 20 ans, pendant que Danault demeurait avec les Tigres de Victoriaville.

Six mois plus tard, Couturier était réclamé au 8e rang par les Flyers de Philadelphie au repêchage. Danault a lui aussi été sélectionné au premier tour ce jour-là, mais au 26e rang, par les Blackhawks de Chicago.

En décembre 2012, c’était au tour de Danault de représenter le Canada au Mondial junior. Couturier avait déjà un an d’expérience dans la LNH derrière la cravate.

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Sean Couturier

C’est en 2015-2016 que Danault s’est établi à temps plein dans la LNH, quand les Blackhawks l’ont échangé au Canadien. Cette année-là, Couturier terminait au 8e rang du scrutin pour le trophée Selke, remis au meilleur attaquant défensif. À 23 ans, il terminait dans le top 10 pour la deuxième fois de sa carrière.

Mais voilà, sans avoir encore obtenu la reconnaissance que reçoit Couturier, sans afficher la même production offensive, Danault vient tout de même de montrer qu’il pouvait tenir tête à Sidney Crosby et à Evgeni Malkin pendant quatre matchs.

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Phillip Danault entrant en collision avec le gardien des Penguins de Pittsburgh Tristan Jarry, sous les yeux du défenseur Kris Letang, vendredi dernier à Toronto.

Quand la rondelle sera déposée, mercredi, pour le début de la série Canadien-Flyers, Danault devra montrer qu’il peut en faire autant contre Couturier. Qu’il a rattrapé le retard.

Les candidats au Selke

Il faut dire que le potentiel de Couturier fait saliver les recruteurs depuis longtemps. En octobre 2010, The Hockey News le consacrait d’ailleurs meilleur espoir du repêchage de 2011. Danault s’en souvient très bien, en tant que membre des Tigres de Victoriaville, grands rivaux des Voltigeurs de Drummondville de Couturier.

« C’était un très bon joueur, tu voyais déjà son sens du hockey défensif, mais aussi offensif, a analysé Danault, lundi, en visioconférence. Il avait un tir incroyable. C’était déjà un gros bonhomme dans ce temps-là, ce l’est encore aujourd’hui. Il a de la bonne vitesse. C’est un excellent attaquant two-way. »

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Sidney Crosby a eu le privilège d’avoir Sean Couturier et Phillip Danault comme ombre. Ci-haut, Couturier et Crosby lors d’un match préparatoire dans la ville bulle de Toronto le 28 juillet 2020.

L’excellence défensive de Couturier a toujours été reconnue. Dès sa première saison chez les Flyers, à 18 ans, l’Acadien était employé au sein de la première unité de désavantage numérique.

Mais offensivement, ça s’est mis à décoller il y a trois ans : deux campagnes de 76 points, et il en comptait 59 en 69 matchs lors de l’arrêt des activités cet hiver. Il a réussi tout ça sans faire de compromis sur ses mandats défensifs. Encore cette saison, il jouait ses deux minutes par match en infériorité numérique et a terminé avec un différentiel positif (+ 21) pour la septième année de suite.

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Phillip Danault

« C’est un joueur assez complet. Ça le décrit très bien. Qu’il soit finaliste au trophée Selke, ça en dit long. Il est solide dans les deux sens de la patinoire et il est excellent aux mises au jeu », a indiqué Danault.

J’ai eu la chance de le diriger au Championnat du monde. Dès le contact initial, j’ai vu un jeune homme qui voulait assumer du leadership et jouer un gros rôle dans notre formation. J’ai retrouvé ce gars-là à Philadelphie. Il se prépare de la bonne façon, il veut affronter les meilleurs joueurs adverses. Il veut aussi bien jouer offensivement que défensivement. Il est devenu un des meilleurs centres de la Ligue nationale.

L’entraîneur Alain Vigneault

PHOTO ZACK HILL, FLYERS DE PHILADELPHIE

Alain Vigneault

On ignore encore les résultats complets du vote pour le trophée Selke cette saison. Ce que l’on sait, c’est que Couturier a terminé parmi les trois finalistes, et ce, pour la deuxième fois de sa carrière.

Danault, lui, avait terminé au 7e rang la saison dernière. Il vient de connaître – statistiquement – une saison comparable à celle de l’an dernier, mais au sein d’une équipe nettement plus faible. Le Québécois a donc dû recevoir sa part de votes, mais pas assez pour être dans le trio de tête. Avec 47 points en 71 matchs, il lui manquait la production offensive des finalistes, soit Couturier, Patrice Bergeron et Ryan O’Reilly.

Du travail aux mises en jeu

Encore une fois, le jeu des confrontations sera intéressant dans cette série.

Si Claude Julien répète sa stratégie du tour de qualification, il pourrait réunir Danault, Paul Byron et Artturi Lehkonen afin d’en faire un étanche trio défensif, qui aurait comme mandat de neutraliser le premier trio des Flyers, composé de Couturier, Claude Giroux et Jakub Voracek. Cette combinaison serait toutefois plus facile à obtenir quand Julien aura droit au dernier changement, soit dans les troisième, quatrième et sixième matchs.

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Claude Julien pourrait réunir Phillip Danault, Paul Byron et Artturi Lehkonen afin d’en faire un étanche trio défensif, qui aurait comme mandat de neutraliser le premier trio des Flyers, composé de Sean Couturier, Claude Giroux et Jakub Voracek. Ci-dessus, Artturi Lehkonen entouré de Byron et de Shea Weber après le but de la victoire contre Pittsburgh, vendredi dernier à Toronto.

Quoi qu’il en soit, Danault aura du travail au cercle des mises en jeu. Les Flyers ont terminé au 1er rang de la LNH dans cette catégorie, à 54,6 % d’efficacité. Couturier (1er, 59,6 %), Giroux (4e, 59 %) et Nate Thompson (19e, 55 %) ont fini parmi les 20 meilleurs joueurs de la LNH cette saison.

« Ils ont quatre trios qui peuvent jouer et ils les utilisent tous les quatre, observait Dale Weise, qui a passé trois saisons à Philadelphie avant de revenir à Montréal. […] Leurs centres, je ne sais pas s’ils étaient premiers dans la ligue aux mises en jeu, mais ils sont excellents. Mais on a confiance en nos jeunes [Nick Suzuki et Jesperi Kotkaniemi] et eux-mêmes ont confiance. »

Contre les Penguins au tour de qualification, Danault (56,5 %) a été l’unique centre à avoir un bilan positif aux mises en jeu, devant Max Domi (48,2 %), Suzuki (44,7 %) et Kotkaniemi (43,8 %).