Artemi Panarin a publié, jeudi après-midi, un message pour le moins énigmatique sur son compte Instagram.

Simon-Olivier Lorange Simon-Olivier Lorange
La Presse

D’une part, alors que la LNH doit toujours déterminer quelles deux villes accueilleront l’entièreté des matchs éliminatoires au moment de la reprise du jeu plus tard pendant l’été, l’attaquant russe a exprimé le souhait que ses coéquipiers et lui puissent « s’entraîner et jouer au Madison Square Garden afin de créer des emplois et des occasions économiques, en toute sécurité, pour les fans des Rangers et tous les New Yorkais ». « J’ai hâte aux séries éliminatoires », a-t-il ajouté.

On pourrait ainsi croire que Panarin, qui s’est déjà rapporté plus tôt ce mois-ci au centre d’entraînement des Rangers, en banlieue de New York, est impatient de retrouver l’action. Les camps d’entraînement sont censés s’amorcer le 10 juillet, selon les dernières projections de la LNH.

Or, Panarin a plutôt surpris avec une remarque qui va dans le sens opposé d’un retour prochain. En effet, l’ailier gauche de 28 ans a aussi écrit que « comme joueurs, nous ne pouvons pas nous rapporter au camp sans une entente » sur les sommes en fiducie (escrow, en anglais).

« Je m’inquiète non seulement pour la santé des joueurs et de leurs familles, mais également pour la prospérité à long terme de la LNH », a-t-il écrit.

« Depuis près de deux décennies, les joueurs ont protégé les revenus des propriétaires avec la fiducie, y compris durant la pandémie, même si les capitaux des propriétaires continuent de grossir de manière exponentielle. Il est temps de régler [ce dossier]. Comme joueurs, nous ne pouvons pas nous rapporter au camp d’entraînement et recommencer à jouer sans avoir une entente en place. Nous sommes tous ensemble » dans cette situation.

Fiducie

L’enjeu de la fiducie est campé à des milles de l’intérêt des amateurs de hockey. Mais pour les joueurs, il est primordial, encore plus depuis le début de la pandémie qui a paralysé les activités du sport professionnel et, par conséquent, de la LNH.

Le plafond salarial de la LNH est en effet établi en fonction des revenus liés au hockey qu’a générés la ligue la saison précédente — les ventes de billets et de produits dérivés ou les droits de télédiffusion, par exemple. Il est prévu que les joueurs et les propriétaires d’équipe se divisent ces revenus 50-50.

Sur chacun des chèques de paye des joueurs, de 10 à 15 % de la somme est retenue pour être versée dans une fiducie. Lorsque, à la fin d’une saison, les revenus de la ligue n’ont pas été suffisants pour que les propriétaires empochent leur part de 50 %, la différence est puisée à même cette fiducie. À l’inverse, au terme d’une saison particulièrement profitable, le surplus est retourné aux joueurs.

Crise de santé publique oblige, les revenus de la LNH ont chuté de manière draconienne. La firme Statista, qui produit des données sur les habitudes des consommateurs, estimait la semaine dernière que chaque match local annulé en raison de la pandémie a coûté 1,3 million US aux équipes du circuit Bettman. Et chaque formation devait encore disputer de quatre à neuf parties à la maison.

Déjà, les joueurs savent qu’ils devront mettre la main dans leur poche. Une analyse du New York Post rapportait il y a deux semaines que, si les séries éliminatoires s’amorcent comme prévu au mois d’août, les sommes retenues du salaire des joueurs pourraient augmenter de 14 % — une valeur qui attendrait 21 % si le tournoi n’a pas lieu. Et selon les règles actuelles de la convention collective liant les joueurs aux propriétaires, les retenues pourraient atteindre 40 % la saison prochaine, toujours selon le Post.

Les discussions sont déjà en cours entre la LNH et l’Association des joueurs pour trouver une solution à court et à long terme à ce sujet, et ce, alors que des négociations sont en cours pour renouveler la convention collective. Mais la sortie de Panarin arrive comme un rare pavé dans la mare au sein d’une ligue où les joueurs sont peu enclins à s’exprimer sur ce type d’enjeux, à plus forte raison depuis l’arrêt des activités en raison de la pandémie.

Toujours selon le Post, dont le reporter Larry Brooks suit la situation de près, tous les membres de l’Association des joueurs devront bientôt se prononcer sur un plan global de retour au jeu, qui comprend les modalités déjà connues de reprise de l’entraînement et de séries éliminatoires modifiées selon un tournoi à 24 équipes, mais également sur l’extension de la convention collective. Brooks rapporte qu’un plafond de la contribution des joueurs pourrait être institué, ce qui compromettrait le partage des revenus en parts égales, en place depuis 2013.