Dans un monde du sport essentiellement paralysé depuis deux mois, le moindre développement suscite l’enthousiasme de l’amateur en mal de compétitions en direct. C’est un peu ce qu’on a senti lundi, quand la LNH a dévoilé la phase 2 de son protocole de retour au jeu.

Guillaume Lefrançois Guillaume Lefrançois
La Presse

Simon-Olivier Lorange Simon-Olivier Lorange
La Presse

Halte !

Précisons d’abord que cette phase 2 ne commencera pas avant le début de juin. C’est écrit noir sur blanc dès le deuxième paragraphe du document de 22 pages que la LNH a publié. Par ailleurs, cette phase n’implique que des entraînements par groupes de six, et la participation à ces entraînements demeure volontaire. Au risque de jouer les rabat-joie, on est encore loin de matchs à cinq contre cinq, avec mises en échec et bousculades entre des joueurs qui luttent pour le même mètre carré devant le filet.

« C’est très difficile d’avoir des protocoles de distanciation quand la nature même du sport implique des contacts, rappelle à La Presse la Dre Leighanne Parkes, professeure associée au département de médecine, division des maladies infectieuses, à l’Université McGill. Tout ce que tu peux faire, c’est réduire les risques et adopter des mesures énergiques de détection. Mais en temps de COVID-19, il n’y aura jamais de risque zéro. »

Cela dit, le fait que ce protocole ait été mis en place conjointement par la LNH et l’Association des joueurs suggère que les deux groupes sont capables de s’entendre, ce qui constitue en soi un développement encourageant.

> Lisez le résumé de la phase 2

> Lisez le protocole intégral (en anglais)

Protocole serré

Aux yeux de la Dre Parkes, la LNH a accouché d’un protocole rigoureux. « D’abord, on y retrouve des mesures qui respectent ce que les autorités de la santé publique exigent. Ensuite, des mesures de traçabilité sont prévues. Enfin, les tests sont très fréquents [au moins deux par semaine pour tout le monde]. Les risques de manquer un cas sont très faibles avec ces mesures. De plus, la désinfection des lieux et des équipements est prévue, donc l’environnement sera contrôlé. »

Une mesure qui plaît à la Dre Parkes : le fait que chaque sous-groupe devra constamment inclure les six mêmes joueurs et aura son propre personnel de soutien (préposé à l’équipement, soigneur, etc.). « Ce sera comme des petites villes. Si personne ne voyage d’une ville à l’autre, tu n’auras pas de contamination croisée », souligne-t-elle.

En revanche, le DHugues Loemba demeure sceptique. « Il faut réaliser qu’une personne peut produire un résultat négatif tout en étant porteuse, si on a fait le test au mauvais moment, rappelle le médecin, chercheur et virologue rattaché à l’Université d’Ottawa.

Ça peut aller pour les joueurs qui feront la quarantaine en arrivant au pays. Mais ceux qui sont déjà dans la ville où ils jouent, comment la ligue va-t-elle gérer la période pré-entraînement ?

Le DHugues Loemba

La question des tests

Au ministère de la Santé et des Services sociaux, on signale que, pour le moment, imposer deux tests par semaine « n’est pas une recommandation de la Santé publique ». « Les joueurs et les membres du personnel des équipes ne sont pas identifiés comme étant une population susceptible de complication de la COVID-19 et [ils ne sont] pas non plus en lien avec des populations susceptibles, par exemple leurs partenaires de jeu », nous a écrit une porte-parole.

Par ailleurs, l’AJLNH écrit que si une personne ou un membre de sa famille ressent des symptômes ou obtient un test positif, elle doit le révéler à son équipe, qui la placera en isolement. Le club tentera « immédiatement » de retracer la source de l’infection auprès de l’entourage. Cette initiative est louable, convient Québec, mais « bien que les services de santé d’une entreprise [puissent] contribuer aux enquêtes, le volet communautaire est sous la responsabilité des directions régionales de santé publique ».

Qui fournira les tests ?

Notre question sur la volonté ou la capacité de l’État québécois de fournir au Canadien de Montréal deux tests par semaine pour son personnel – une quarantaine de personnes si toute l’équipe converge vers la métropole – est toutefois restée sans réponse. Dans sa directive, la LNH insiste sur le fait que les tests pratiqués sur ses représentants asymptomatiques doivent être faits seulement si les autorités locales sont en situation de surplus « afin de ne pas priver les travailleurs de la santé et les personnes vulnérables de tests diagnostiques essentiels ».

Entrée au Canada

Nombreux sont les joueurs qui devront patienter avant de retourner dans l’entourage de leur équipe respective. C’est le cas, notamment, de tous les membres des équipes canadiennes qui se trouvent actuellement aux États-Unis ou en Europe, puisque le Canada exige de tous les voyageurs qu’ils se placent en quarantaine pendant 14 jours s’ils n’ont pas de symptômes, et en isolement complet s’ils présentent des symptômes.

Par ailleurs, même si aucun voyageur « non essentiel » n’est pour l’heure autorisé à entrer au Canada et que le décret fédéral interdisant l’entrée à partir des États-Unis vient d’être renouvelé jusqu’au 21 juin, les athlètes professionnels pourraient profiter du fait que leur venue au pays est liée au travail.

« Tant que le but du voyage en question est le travail et qu’il est appuyé par les permis de travail valides, l’entrée au Canada serait alors autorisée. Toutefois, si le voyage est jugé discrétionnaire/facultatif, l’athlète ne sera pas autorisé à se rendre au Canada ou à y entrer », nous a écrit un porte-parole de l’Agence des services frontaliers du Canada. Le gouvernement américain, pour sa part, a explicitement donné son approbation, le week-end dernier, au fait que les athlètes professionnels entrent au pays.

« Optimisme prudent »

« Ça ne signifie pas le retour du hockey. » Tel est l’avertissement donné par le gardien du Wild du Minnesota Devan Dubnyk à The Athletic, tout en rappelant les questions liées à la logistique de la reprise des matchs. Une de ces questions : les joueurs reprendront-ils l’entraînement dans la ville où ils jouent ou dans celle où ils habitent ?

PHOTO JEROME MIRON, ARCHIVES USA TODAY SPORTS

Devan Dubnyk

Chez le Canadien, de nombreux joueurs, dont Carey Price, Shea Weber, Brendan Gallagher, Jeff Petry et Tomas Tatar, n’étaient pas en ville aux dernières nouvelles. « Ce sera du cas par cas, selon la situation familiale de chaque joueur de la LNH, a indiqué à La Presse l’agent Dominic De Blois. Le protocole, ça donne de l’espoir, mais c’est un optimisme prudent. C’est intéressant, mais comment va s’appliquer ce protocole en pratique ? »

Un autre agent, qui souhaitait demeure anonyme : « Il y a encore du chemin à parcourir. » En revanche, Ian Laperrière, adjoint chez les Flyers de Philadelphie, semblait plutôt encouragé. « Nous, les entraîneurs, on aura de la préparation à faire, car on sait qui on va affronter quand ça va recommencer. Il reste encore beaucoup d’obstacles, mais c’est positif. Ça va ramener le hockey sur la place publique, ça va permettre aux gens de se distraire. À ce que je sache, personne ne part en vacances cet été ! »