Le 22 janvier, Jean-Raphaël To-Landry s’envolait vers la Russie avec ses coéquipiers du KRS-BSU, un club de hockey établi à Pékin qui joue en VHL, la ligue de développement de la KHL. Le Québécois n’est jamais revenu à son appartement.

Guillaume Lefrançois Guillaume Lefrançois
La Presse

« J’ai encore des bâtons de hockey là-bas, des petites choses, mais rien d’essentiel », assure le joueur de 27 ans, de retour au Québec, après l’hiver un peu fou qu’il vient de vivre.

Comment en est-il arrivé à cette situation ? Vous l’aurez deviné, la COVID-19 est au cœur de l’histoire.

On revient au 22 janvier. Le KRS-BSU, qui est la filiale du Kunlun Red Star, le club pékinois de la KHL, prend la direction de Nijni Novgorod, quelque 400 km à l’est de Moscou. De là commence un voyage de trois matchs, qui doit se conclure le 29 janvier.

Personne ne se doute de ce qui s’en vient. Les premiers cas d’une mystérieuse pneumonie sont rapportés le 31 décembre ; le premier décès est signalé le 11 janvier. Il faut attendre au 23 janvier avant que la ville de Wuhan soit mise en quarantaine. « À Pékin, à part des gens qui portaient des masques, on n’était pas encore touchés », se souvient To-Landry.

Une fois en Russie, après un entraînement matinal sur glace, la nouvelle tombe.

« Notre organisation s’est fait dire qu’on ne retournait pas en Chine pour finir la saison, parce que ça s’annonçait chaotique. »

Donc on devait partir une dizaine de jours et on a fini par passer un mois sur la route. On avait tous une valise carry-on et trois ou quatre bâtons. On n’était pas équipés !

Jean-Raphaël To-Landry, joueur du KRS-BSU de Pékin

Après ce voyage de trois matchs, l’équipe avait sept autres duels au calendrier, soit quatre à la maison, un à l’étranger (contre Jilin City, aussi en Chine !) et deux matchs hors concours en Corée du Sud. Les quatre matchs « à domicile » ont été joués sur la patinoire de l’adversaire, celui contre Jilin City, à Togliatti, tandis que le périple en Corée du Sud s’est déroulé comme prévu.

Les deux autres équipes chinoises de la VHL vivaient la même situation. Le Québécois Gabriel Desjardins joue pour ORG, club également établi à Pékin. Mais comme il était en convalescence après une opération à un genou, il a vécu l’épisode à distance.

« Le 19 janvier, je suis retourné à l’hôpital pour me faire enlever mon gros pansement. Tout de suite après, ils ont contacté mon équipe pour dire qu’ils fermaient tous les hôpitaux à Pékin. Ensuite, j’ai dû rester deux semaines dans ma chambre d’hôtel, enfermé avec ma fiancée. J’ai dû attendre parce que je ne pouvais pas prendre l’avion tout de suite. On a regardé HBO en masse ! »

Et le retour ?

Il est rare de dire ça, mais rater les séries a été providentiel pour les trois équipes chinoises de la VHL, car ça a mis un terme à leur situation inconfortable.

Restait toutefois un problème pour les joueurs qui ne sont pas Chinois : comment récupérer leurs effets personnels avant de retourner dans leur pays d’origine ?

Des membres du KRS-BSU qui étaient toujours à Pékin se sont chargés de préparer les valises de tout le monde.

« Le manager de notre équipe, qui s’occupe de la logistique, est parti de Moscou à Pékin en pleine crise, raconte To-Landry. Il a récupéré nos valises à l’hôtel où on est logés. Il a repris l’avion pour revenir à Moscou avec 34 valises. Et ça a fonctionné ! Le 18 février, on jouait notre dernier match. Le 19, on recevait nos valises. Le 20, je prenais l’avion pour revenir au Québec. »

Au bout du compte, To-Landry a pu récupérer le gros de ses effets, sauf « des bâtons de hockey, des choses comme ça, mais rien d’essentiel ». Gabriel Desjardins, lui, a aussi laissé son équipement là-bas. « Et je ne sais pas quand je vais le ravoir ! », précise-t-il.

Leur expérience de hockey a certainement été bancale, notamment en raison de la barrière linguistique. Desjardins nous racontait notamment qu’il ignorait tout de l’opération au genou qu’il a subie en Chine, jusqu’à ce qu’il rencontre son physiothérapeute ici au Québec. « Il a vu mon genou et a compris ce qu’ils ont fait ! »

Mais en matière de gestion de virus, tant l’équipe que les autorités chinoises en général ont été responsables, si bien que les deux aimeraient y poursuivre leur carrière, si la pandémie se résorbe.

« Chaque jour en Russie, des infirmières venaient prendre notre température, notre rythme cardiaque et s’assuraient qu’on ne montre pas des symptômes, raconte To-Landry. Elles étaient très conscientes de la situation. »

La température corporelle normale est de 36,6 degrés. Une journée, quatre de nos joueurs étaient à 37. Les infirmières ne voulaient tellement pas courir de risques que les gars ont été envoyés en isolation à l’hôpital pendant 24 heures pour des tests ! Finalement, tout était négatif.

Jean-Raphaël To-Landry, joueur du KRS-BSU de Pékin

« Culturellement, les Chinois sont plus axés sur le respect des lois et de l’autorité, poursuit-il. Il y a aussi le fait que le gouvernement est présent avec les caméras de surveillance et la reconnaissance faciale. Au Québec, les mesures en place sont excellentes, mais certaines personnes ne les respectent pas, et c’est ce qui pose problème. Ça prendra peut-être plus de temps ici qu’en Chine, parce que là-bas, le gouvernement est plus strict. »