(Tampa) Juste comme on croyait que cette équipe avait tout pour elle, il fallait qu’un autre de ses joueurs repêchés tardivement se transforme en pièce maîtresse de son attaque.

Simon-Olivier Lorange Simon-Olivier Lorange
La Presse

A priori, le nom d’Anthony Cirelli, choix de troisième tour (72e au total) du Lightning en 2015, ne faisait frémir personne. Pourtant, depuis que le Lightning l’a rappelé de la Ligue américaine il y a deux ans presque jour pour jour, il n’a plus jamais quitté la LNH.

L’ancien capitaine des Generals d’Oshawa traînait tout de même derrière lui une carrière junior enviable, marquée par deux participations à la finale de la Coupe Memorial (dont une victorieuse) et une présence au sein de l’équipe canadienne au Championnat mondial de 2017. Mais vu son profil hérité de son rang de repêchage, il est passé sous bien des radars.

Cirelli n’a toutefois pas mis de temps à s’imposer. À sa première saison complète dans la LNH, l’année dernière, le joueur de centre a surtout fait valoir ses qualités défensives, terminant en outre au sixième rang pour le titre de recrue de l’année.

C’est toutefois cette saison que sa progression a été la plus fulgurante. Ses 42 points en 64 matchs dépassent déjà son total de la campagne précédente. Au rythme actuel, il devrait dépasser les 50 points.

Son temps de glace a carrément explosé : de 14 min 51 s la saison dernière, le voilà maintenant à 18 min 26 s, au troisième rang d’une des attaques, rappelons-le, les mieux nanties du circuit. Il est un employé de choix en infériorité numérique, mais aussi en avantage numérique. Il était moins sollicité avec un homme en plus, mais le voilà sur la première vague vu la blessure de Steven Stamkos.

Chaque soir, il affronte les meilleurs éléments des équipes adverses. Les attaquants qui ont passé le plus de minutes en sa présence à cinq contre cinq cette saison ? Dans l’ordre : Jonathan Huberdeau, Aleksander Barkov, Evgenii Dadonov, Jack Eichel, Sam Reinhart, Nathan MacKinnon, Victor Olofsson et Brady Tkachuk. Pas exactement des incapables.

En parcourant cette liste, et en comparant le nombre de points qu’il réussit à accumuler malgré tout, il n’y a rien de surprenant à entendre son nom évoqué parmi les plus sérieux candidats au trophée Selke, remis à l’attaquant défensif par excellence du circuit. Déjà, à sa saison recrue, il avait obtenu quelques votes.

À la veille du duel du Lightning contre le Canadien, Cirelli n’a pas été rendu disponible pour une entrevue, mercredi. Mais Alex Killorn, son ailier le plus assidu des deux dernières saisons, ne s’est pas fait prier pour parler de son coéquipier.

Quand il est arrivé dans la LNH, il était un joueur concentré sur la défense, parce que c’est ce que tout le monde disait de lui. Mais maintenant, il trouve des moyens de marquer des buts et de créer des chances de marquer. Quand on joue contre Patrice Bergeron et David Pastrnak, on ne veut pas juste les empêcher de compter contre nous.

 Alex Killorn, au sujet d'Anthony Cirelli

Selon lui, on n’a pas encore vu le plein potentiel de Cirelli qui n’a, rappelle-t-il, que 22 ans. « Il va être encore meilleur », promet Killorn.

« Exceptionnel »

Yanni Gourde en est un autre qui s’est enflammé quand on a prononcé le nom de Cirelli.

« Il est exceptionnel », s’est exclamé le Québécois.

Ce qu’il fait de bien, selon lui ? Tout !

« Il est excellent dans le cercle de mise au jeu, il joue bien défensivement, il amène de l’offensive, il est toujours autour du filet… Tous les petits détails, il les fait bien. C’est vraiment le fun de le voir aller. »

« On apprend en regardant des joueurs comme ça », a ajouté Gourde, pourtant de presque sept ans l’aîné de son coéquipier.

Quand on a demandé à l’entraîneur-chef Jon Cooper si Cirelli méritait un trophée Selke, il n’a pu retenir un sourire narquois.

« Ça, c’est à vous de le décider », a-t-il ironisé, en référence au fait que ce sont les journalistes affectés aux activités de la LNH qui désignent chaque année le lauréat de cet honneur.

Par contre, il n’a pas tardé à se confondre, lui aussi, en éloges pour son protégé.

« Il a rapidement gagné le respect de tout le monde dans le vestiaire, a noté Cooper. Plusieurs jeunes joueurs prétendent avoir ce qu’il faut pour réussir et débarquent avec arrogance. Anthony est arrivé avec une éthique de travail irréprochable, et quand il a commencé à connaître du succès, il n’a rien changé. C’est pour ça qu’il a reçu plus de responsabilités. C’est une méritocratie. »

Cooper a décrit Cirelli comme un « chien après son os » pour dépeindre son travail acharné. « Il court après les rondelles et trouve toujours la bonne manière d’être du bon côté. Ultimement, en travaillant si fort et en faisant les bonnes choses, il commence à attirer l’attention des gens à l’extérieur de l’équipe. Je suis content pour lui. »

On pourrait aussi mentionner qu’avec un salaire de 728 333 $ assorti de bonis de performance, Cirelli représente une sacrée aubaine pour le Lightning. Mais peu importe, car en l’absence de Steven Stamkos pour encore plusieurs semaines, c’est avant tout d’une contribution accrue de ses employés de soutien qu’a besoin Jon Cooper.

Et en ce sens, la présence de Cirelli n’a tout simplement pas de prix.