(EAST MEADOW, NY) Un match. C’est le temps que ça aura pris à Jean-Gabriel Pageau pour se faire des amis au sein de sa nouvelle équipe, les Islanders de New York.

Guillaume Lefrançois
Guillaume Lefrançois La Presse

La séquence n’est pas très jolie. Pageau tente une passe à son coéquipier Michael Dal Colle, qui peine à maîtriser la rondelle. Dal Colle baisse la tête pour récupérer la rondelle, mais un Jacob Trouba mal intentionné approche. Le défenseur des Rangers de New York sert à Dal Colle une percutante mise en échec, un jeu qui rappelle le coup d’Eric Gryba contre Lars Eller lors des séries 2013.

Pageau n’hésite pas une seconde et, malgré ses 5 pi 10, il se rue sur Jacob Trouba, un colosse de 6 pi 3.

« C’est moi qui avais fait la passe dangereuse. Il y a comme une règle non écrite. Quand tu fais une mauvaise passe comme celle-là, tu dois répondre à l’appel. Je voulais aussi montrer que j’étais là pour mes coéquipiers », a indiqué Pageau aux deux braves journalistes montréalais qui ont traversé des dizaines de banlieues new-yorkaises pour gagner le centre d’entraînement des Islanders, lundi matin.

Les deux belligérants (Pageau et Trouba, pas les deux journalistes) sont séparés, et l’officiel guide Pageau vers le banc des pénalités. Chemin faisant, Pageau reçoit les bons mots de son coéquipier Johnny Boychuk, qui lui donne ensuite le bon vieux coup de bâton sur les jambières.

« Quand un joueur arrive, et défend un coéquipier contre un joueur qui mesure un pied de plus que lui, il est tout de suite apprécié du groupe, a expliqué l’entraîneur-chef des Islanders, Barry Trotz, en point de presse. Les gars savent qui est avec eux pour se battre. C’est ma nouvelle équipe, mes nouveaux coéquipiers, et je vais m’impliquer. C’est un vrai joueur de hockey. […] Ce qu’il a fait, ça va accélérer son intégration. C’est un gars facile à aimer. »

Négociation rapide

Pageau se lançait un peu dans l’inconnu le 24 février dernier quand il a été échangé des Sénateurs d’Ottawa — la seule organisation qu’il avait connue dans la LNH jusqu’ici — aux Islanders. Mais l’association entre le joueur et l’équipe s’est vite solidifiée.

Dans les heures qui ont suivi la transaction, Pageau signait une prolongation de contrat de 6 ans et 30 millions de dollars. Le lendemain, il marquait son premier but avec sa nouvelle équipe, en plus de livrer le combat décrit plus haut. Après trois matchs, le Gatinois compte deux buts et a été employé pendant 20 minutes lors de la rencontre de samedi. Un temps qui correspond à la description qu’a fait de lui Trotz.

PHOTO KATHY WILLENS, AP

L’entraîneur-chef des Islanders Barry Trotz, derrière le banc des joueurs

« C’est un joueur très complet. Il peut jouer en avantage numérique, en désavantage, il peut neutraliser les meilleurs trios, te donner de l’attaque. Tu peux l’utiliser en fin de match, dans un rôle offensif ou défensif. Il peut te gagner de grosses mises au jeu. »

Ces qualités, Pageau aurait bien voulu en faire profiter les Sénateurs. « Quand tu te fais repêcher par une équipe, tu rêverais de jouer toute ta carrière là. C’était mon but », a rappelé le Québécois.

Mais curieusement (ou pas), l’organisation dirigée par l’imprévisible Eugene Melnyk a été incapable de retenir un autre pilier, comme ce fut le cas avec Mark Stone et Matt Duchene.

« J’imagine qu’il y a eu des pourparlers, mais il n’y a pas eu d’entente. Ça ne se déroulait pas comme on le voulait. Mais j’ai beaucoup de respect pour l’organisation, les dirigeants et les joueurs. Je n’ai que de bons mots. »

Une valeur sûre

Lou Lamoriello a réussi tout un coup en mettant la main sur Pageau, un centre de 27 ans, auteur de 26 buts cette saison. Le prix à payer : un choix de 1er tour, un choix de 2e tour, et un choix conditionnel de 3e tour dont la condition fait sursauter : si les Islanders gagnent la Coupe Stanley ce printemps. Rien de moins !

« S’il faut donner ce 3e choix parce qu’on gagne la Coupe Stanley, croyez-moi, Lou et moi allons livrer personnellement ces trois choix ! », a blagué Trotz.

Le coût semblait élevé au moment de la transaction, puisque le contrat de Pageau expirait le 1er juillet. Mais quand la prolongation de contrat a été conclue, la transaction devenait soudainement un coup de circuit pour les Insulaires. Du moins, ce l’est pour Trotz, qui avait vécu la situation inverse au début des années 1990, quand il travaillait dans l’organisation des Capitals de Washington.

« On avait obtenu cinq choix de premier tour pour Scott Stevens. Et je ne sais pas si un de ces joueurs a même joué dans la LNH. Un choix de premier tour, c’est une chance d’avoir un joueur. Nous, on obtient un joueur pour six ans. »

« Les gens disent : ah, vous avez donné un choix de premier tour ! Mais si ça va bien, le choix sera entre 20 et 30. Si tu peux trouver un joueur comme [Pageau] dans ces rangs-là, tant mieux pour toi. Le deuxième choix sera autour du 50e rang. »

Une précision s’impose ici. Parmi les cinq choix de 1er tour obtenus par les Capitals quand Stevens est passé aux Blues, il y a eu Brendan Witt, un défenseur qui a disputé 626 matchs dans la capitale américaine. Et aussi un certain Sergei Gonchar, qui allait devenir le quart-arrière des Capitals pendant une décennie.

Cela dit, les chances de repêcher un joueur de cette trempe après le 20e rang demeurent minces. Les Islanders courent un risque calculé.