Le public montréalais n’a pas eu beaucoup de temps pour s’attacher à Xavier Ouellet, puisqu’il a été cédé au Rocket de Laval à peine quelques semaines après avoir disputé ses premiers matchs avec le Canadien la saison dernière.

Simon-Olivier Lorange Simon-Olivier Lorange
La Presse

Et lorsque le Rocket en a fait son capitaine il y a un an presque jour pour jour, une étiquette semblait lui avoir été apposée pour de bon : désormais, le défenseur québécois appartenait à la Ligue américaine.

On ne se surprend donc pas du sourire contagieux qu’affiche Ouellet ces jours-ci. En fait, ça n’a pas arrêté depuis que le Tricolore l’a rappelé jeudi dernier pour remplacer Shea Weber, blessé au « bas du corps ». Weber ne vit sans doute pas ses moments les plus glorieux, mais Ouellet, lui, savoure pleinement l’occasion qui lui est offerte.

Car même s’il a passé plus d’un an sans disputer de match « en haut », le défenseur n’en démord pas : son objectif, c’est de jouer dans la Ligue nationale, pas dans la Ligue américaine. « Ça n’a jamais changé », a-t-il dit aux journalistes la semaine dernière, quelques heures à peine après avoir reçu l’appel qu’il attendait depuis un bon moment.

D’abord laissé de côté contre les Ducks d’Anaheim, il a renoué avec l’action samedi contre les Maple Leafs de Toronto. Sans surprise, il n’a pas été employé à outrance – 10 min 38 s, de loin le plus bas total chez les défenseurs du Canadien –, mais il a abattu du boulot honnête à la droite de Marco Scandella. Il a d’ailleurs obtenu une mention d’aide sur le but de son partenaire qui a envoyé les deux équipes en prolongation.

Son audition réussie lui vaudra un deuxième match, lundi soir, contre les Coyotes de l’Arizona. Il sera de nouveau préféré à Christian Folin, pourtant un droitier.

Lundi matin, Claude Julien s’est gardé de se lancer dans une évaluation exhaustive de son joueur à la lumière d’une seule rencontre. « La chose importante, c’est d’être capable de continuer à jouer de la même façon. C’est ce qu’on espère voir de lui », a dit l’entraîneur.

Le principal concerné, lui, a dit ne pas avoir eu besoin d’une longue période avant de se remettre au diapason du jeu de la LNH. « Je me sentais bien, je me sentais rapide. J’ai de l’expérience, je connais bien la ligue. J’ai fait beaucoup de up and down, je sais comment ça marche. »

Allers-retours

Ouellet, en effet, a passé la première portion de sa carrière dans l’organisation des Red Wings de Detroit, équipe qui l’a repêché en 2011. En cinq saisons dans le système des Wings, il a disputé 141 matchs dans la LNH, contre 183 avec le club-école de Grand Rapids. Les allers-retours, il s’y connaît.

À Montréal, où il s’est établi au cours de l’été 2018, il espérait décrocher un poste à temps plein en défense. Mais ça ne s’est pas passé comme il l’aurait souhaité. Un peu avant les Fêtes, la direction le soumettait au ballotage dans le but de l’envoyer à Laval.

Sur les deux rives de la rivière des Prairies, il a toutefois laissé une excellente impression. « C’est le gars le plus positif que je connaisse », a dit Jake Evans, lundi. Evans a été rappelé du Rocket le même jour que Ouellet. « C’est un bon joueur et un bon coéquipier. Ce n’est pas un hasard s’il est le capitaine à Laval. »

Claude Julien lui-même l’a décrit comme « une bonne personne, un bon leader, un vrai professionnel ».

À Laval, Ouellet s’est toutefois retrouvé avec deux chapeaux qui ne semblent pas complémentaires au premier abord. D’une part, il devait garder soudée une équipe qui bataille ferme pour atteindre les séries éliminatoires de la Ligue américaine. Et d’autre part, il devait penser à ses propres intérêts, ce qui le plaçait de facto en compétition avec les jeunes joueurs de l’organisation.

Après le camp d’entraînement, il a vu Cale Fleury demeurer avec le Canadien, alors que lui-même a dû reprendre la route vers l’île Jésus. Puis, lorsque le Tricolore a dû combler l’absence de Victor Mete à la fin du mois de novembre, le Québécois était aux prises avec une blessure. Il a donc vu Otto Leskinen et Gustav Olofsson passer devant lui et jouer à Montréal, pendant qu’il rongeait son frein à l’infirmerie.

Cette conciliation entre les deux rôles n’a pas été complexe, assure-t-il. « Ça n’enlève rien à mon leadership à Laval. Je suis là pour supporter tout le monde, mais aussi pour prendre ma place. Ça fait partie du hockey professionnel, et je trouve que c’est une compétition saine », a-t-il dit à La Presse la semaine dernière.

Jake Evans a eu la même perception depuis Laval. « La Ligue américaine, c’est une ligue où tout le monde attend son tour. C’est notre leader-là bas, on était tous contents de le voir s’en aller à Montréal. »

Ouellet est le premier à l’avouer : probablement qu’il n’aurait pas eu le même détachement il y a quelques années. Mais à 26 ans, il a plus de facilité à garder la tête froide.

« C’est dur à comprendre quand tu es jeune et que tu commences. Tu as l’impression que tout va t’arriver directement. Tu joues bien pendant un certain temps, alors dans ta tête, c’est à ton tour. Mais en bout de ligne, tu n’as aucun contrôle là-dessus. Je sais que c’est facile à dire et que ç’a l’air cliché, mais trouver le focus nécessaire pour faire la part des choses, ça vient avec l’âge et le temps. »

Les chances sont grandes que le passage de Xavier Ouellet à Montréal ne s’éternise pas. Son destin, à l’heure actuelle, semble lié à l’état de santé de Shea Weber. Mais le numéro 61 ne se plaint pas de son sort.

Au cours des prochaines semaines, soit il retournera à Laval, au sein d’un groupe « résilient, qui a du caractère, qui a tout ce qu’il faut pour réussir » à l’approche des séries. Soit il étirera son séjour dans la LNH. Là où il veut être, en somme.