On reproche souvent aux professionnels de l’information affectés à la couverture sportive de pécher par excès d’analyse.

Simon-Olivier Lorange
Simon-Olivier Lorange La Presse
Guillaume Lefrançois
Guillaume Lefrançois La Presse

Encore cette semaine, par exemple, Max Domi confiait à La Presse qu’il estimait que les médias « gonflaient » les attentes envers les jeunes joueurs.

Personne, mais alors là personne, ne pourra toutefois être accusé de suranalyser cette dernière défaite subie aux mains des Blue Jackets de Columbus.

Dans le vestiaire, les joueurs ont récité machinalement le manuel des phrases convenues à prononcer dans les circonstances. De l’importance de « trouver une manière de gagner » à celle de « passer au prochain match », presque toutes les cases de notre carte de bingo du désarroi ont été remplies.

Le fait est néanmoins que le Canadien, malgré 72 tentatives de tir au but — dont seulement 30 ont atteint la cible —, a été muselé par les visiteurs qui ont complètement fermé le jeu en troisième période et bouclé un bon vieux « match sur la route ». Au grand détriment des spectateurs quasi muets avant le regain de vie des dernières minutes de la rencontre.

« Ils ne donnent pas beaucoup d’espace. On est une équipe qui a besoin d’espace pour patiner et c’est dur de le faire contre eux », a résumé le défenseur Ben Chiarot.

PHOTO ROBERT SKINNER, LA PRESSE

Tomas Tatar tente de déjouer le gardien Elvis Merzlikins.

Claude Julien, pour sa part, a parlé d’un amalgame de « batailles [perdues] le long des rampes », comme celle de Ryan Poehling face à Pierre-Luc Dubois qui a mené au premier but des Jackets, et de « petites erreurs qui ont été coûteuses », comme celle de Tomas Tatar qui a laissé toute la place au même Dubois sur le but suivant des vestons bleus.

On laisse à Dubois le récit de cette séquence.

« J’ai vu que le défenseur sur moi [Shea Weber] est descendu, et que l’attaquant [Tatar] n’est pas vraiment resté. Je n’avais pas la rondelle, mais je savais que si je l’avais, je partais, parce que j’allais avoir une échappée. » Et c’est arrivé.

Dans le même rayon des « erreurs coûteuses », on pourrait classer la confusion entre Chiarot et Carey Price, prétexte au deuxième but de Dubois, ou encore les passes erratiques de Tatar et Shea Weber alors que Price était au banc en toute fin de parcours.

Le prochain match

Comme tout n’est pas nécessairement le prétexte à tirer une leçon de vie, on pourrait blâmer un petit match ennuyant du dimanche après-midi. « Il faut avoir la mémoire courte et regarder seulement le prochain match », a insisté Max Domi.

Tout cela fonctionnerait si cette défaite avait été encaissée en novembre. On effacerait l’ardoise et on regarderait, en effet, vers l’avant.

PHOTO ROBERT SKINNER, LA PRESSE

Mais il devient difficile d’avoir la « mémoire courte » à mesure que s’accumulent les bourdes et, avec elles, les défaites.

Au retour de sa semaine de congé, le Tricolore se lançait le défi d’aborder les 32 derniers matchs de sa saison comme un marathon au cours duquel il devait accumuler les victoires à la tonne. Depuis, il a gagné deux rencontres et en a perdu deux. Ces deux revers ont été subis à domicile. Et celui contre Columbus fait particulièrement mal, car ce match se classait dans la colonne de ceux qu’il fallait absolument gagner, puisque les Blue Jackets font partie des nombreuses équipes que le Canadien doit rejoindre ou dépasser pour arriver à ses fins.

Bref, au cours de la dernière semaine, le CH a fait du surplace dans sa quête des séries éliminatoires.

Les joueurs et les entraîneurs ont beau dire qu’ils continuent de s’accrocher à leur beau rêve, il va finir par leur manquer de matchs pour oublier le dernier et préparer le prochain.

Et si l’ambiance austère de dimanche après-midi devait devenir la norme dans le vestiaire, Jesperi Kotkaniemi et Cale Fleury ne seront peut-être pas plus malheureux à Laval, tout compte fait.

Dans le détail

Un retour qui sera apprécié

La séquence était une véritable métaphore sur glace. Max Domi entre en zone adverse à pleine vitesse, manœuvre bien, mais fonce dans Nick Cousins, qui était dans ses jambes. Domi avait de l’énergie à revendre dans ce duel contre Columbus, il a multiplié les séquences menaçantes en zone adverse. Mais son ailier droit, Cousins, n’est pas le plus doué offensivement, même s’il travaille toujours avec ardeur. Prenez cette autre séquence où il a forcé le défenseur des Blue Jackets à se coucher devant lui. Cousins a habilement ramené la rondelle pour faire une feinte, mais a tiré directement dans le ventre d’Elvis Merzlikins. Les trios de Phillip Danault et de Nick Suzuki sont parfaitement adéquats. Celui de Domi le sera quand Jonathan Drouin sera son ailier gauche. Avec Artturi Lehkonen à droite, cette unité sera intéressante.

Elvis, le « chiot »

Le gardien des Blue Jackets Elvis Merzlikins n’est pas seulement divertissant pour son nom. Il l’est tout autant avec ses mots ! Ainsi commentait-il sa propension à vouloir jouer avec la rondelle. « Price n’est pas un des meilleurs avec la rondelle. Il est le meilleur, a estimé le Letton. Je pensais à ça pendant le match, je le voyais jouer si calmement avec la rondelle, tandis que moi, je suis comme un chiot, je cours partout et j’essaie de faire des jeux. Ça viendra, j’espère. C’est de l’expérience. C’est un bon exemple à suivre et je suis content de l’avoir vu en personne. » L’apprentissage se déroule plutôt bien pour Merzlikins, qui montre une fiche de 9-2-0 depuis que le gardien titulaire de l’équipe, Joonas Korpisalo, s’est blessé le 29 décembre. Il n’a pas paru au point côté technique, ayant de la difficulté à capter les rondelles. Mais il jouait aussi son premier match depuis le 22 janvier, en raison de la pause.

Dubois s’éclate

PHOTO ERIC BOLTE, USA TODAY SPORTS

Pierre-Luc Dubois

Il faudra ajouter le nom de Pierre-Luc Dubois à la liste des Québécois qui se plaisent contre le Canadien. Avec sa prestation de trois points dimanche, il compte maintenant cinq buts et deux passes en neuf matchs contre le CH. À 218 lb, il était l’attaquant le plus pesant de son équipe dimanche (Josh Anderson est blessé) et il s’est servi de son physique pour bousculer Ryan Poehling afin de préparer le premier but des siens. Avec ses points et ses succès aux mises au jeu (6 en 8), il en a fait bien assez pour faire oublier sa bévue qui a mené au but de Tomas Tatar. « Il a été beaucoup plus compétitif à ses deux derniers matchs et il veut faire la différence dans un match, a souligné l’entraîneur-chef John Tortorella. Il n’a pas été constant à ce niveau cette saison, mais il compétitionne beaucoup plus dernièrement. »

Ils ont dit

Trois points sur quatre sur la route, contre des équipes qui avaient déjà recommencé à jouer [après la pause] — et je ne comprends pas pourquoi ça arrive encore — on peut être fiers de nous.

John Tortorella, entraîneur des Blue Jackets

Ils se battent eux aussi pour leur survie, donc ils jouent comme s’ils étaient en séries. En général, on l’a fait, mais ça nous a échappé par moments.

Shea Weber

Depuis la mi-décembre, on a seulement perdu deux matchs en temps réglementaire. Quand on a perdu nos joueurs l’été dernier, on savait qu’on avait des jeunes capables de monter d’un cran. C’était juste de trouver la recette, comment on allait gagner. Ça a pris du temps au début, mais on a trouvé la recette depuis un ou deux mois.

Pierre-Luc Dubois

Ils essayaient beaucoup de me déranger, mais ils ne m’ont pas fait mal. C’est correct, c’est le hockey. J’ai reçu quelques coups de bâton. C’est Montréal. Cette équipe joue de façon agressive, c’est son style.

Elvis Merzlikins

Je ne dirais pas qu’ils nous ont muselés, mais ils ont joué serré. C’est de cette manière qu’il faut jouer quand on l’avance et ils le font bien.

Max Domi

Je l’ai dit avant le match, on jouait contre une équipe très différente de celle de samedi [les Panthers]. En deuxième moitié de première période, ils ont commencé à gagner des bagarres le long des rampes, et ils ont marqué le premier but. C’est ça qui a fait la différence. On n’a pas joué un mauvais match, mais on a fait des petites erreurs qui ont été coûteuses.

Claude Julien

En hausse

Brett Kulak

Taillé dans la pierre des héros obscurs, Kulak a été solide tout au long de la rencontre. Il a multiplié les couvertures efficaces et s’est même permis quelques beaux moments en attaque. La confiance fait foi de tout dans son cas.

En baisse

Phillip Danault

Malgré les succès de ses ailiers, le match a été très pénible pour le joueur de centre. Il était sur la glace pour les quatre buts des Blue Jackets.

Le chiffre du match

3

C’était la troisième fois cette saison que Carey Price défendait le filet dans deux matchs de suite. Et pour la troisième fois, il a perdu.