Ainsi donc, le Canadien a remporté seulement sept de ses 26 derniers matchs. Les probabilités de participer aux séries éliminatoires sont devenues plus faibles que celles de remporter la loterie et repêcher Alexis Lafrenière.

Mathias Brunet
Mathias Brunet La Presse

Le Canadien est désormais à dix points des Maple Leafs de Toronto et du troisième rang dans l’Est, et à sept points des Flyers de Philadelphie et du dernier rang donnant accès aux séries éliminatoires, avec un match de moins à disputer.

Les Blue Jackets de Columbus ont aussi sept points d’avance sur Montréal et les Panthers de la Floride six.

Malgré les blessures, les performances des gardiens, les circonstances atténuantes, les entraîneurs sont toujours les premiers à écoper en cas d’insuccès.

Parmi les onze équipes classées entre le 21e et le 31e rang, cinq ont des entraineurs à leur première saison complète avec leur club (dont Jeremy Colliton à Chicago, embauché en novembre 2018). Il en reste six. Peter DeBoer à San Jose, John Hynes au New Jersey et Peter Laviolette à Nashville ont été congédiés cet hiver.

Claude Julien à Montréal, David Quinn à New York et Jeff Blashill à Detroit ont conservé leur emploi.

Les Devils, les Predators et les Sharks avaient des visées plus grandes. Le New Jersey venait de repêcher Jack Hughes, a obtenu P.K. Subban, Wayne Simmonds et Nikita Gusev pour accélérer le processus. Nashville a sacrifié Subban, mais pour obtenir la marge de manœuvre salariale nécessaire pour se payer Matt Duchene. San Jose a perdu Joe Pavelski et Joonas Donskoi afin de retenir Erik Karlsson à gros prix.

Detroit, New York (malgré l’embauche d’Artemi Panarin) et Montréal avaient des objectifs plus modestes, dans une vague avouée de rajeunissement.

Outre Ben Chiarot pour remplacer Jordie Benn et Keith Kinkaid pour Antti Niemi, le Canadien n’a pas fait d’acquisition de taille cet été. Il a même échangé Andrew Shaw pour obtenir des choix de deuxième et troisième rondes. On a gardé des postes ouverts pour les jeunes et Nick Suzuki, Ryan Poehling et Cale Fleury, tous âgés de 20 ans ou moins en début de saison, ont intégré la formation à compter de l’automne, et ainsi rejoint Victor Mete, 21 ans, et Jesperi Kotkaniemi, 19 ans.

Claude Julien pourrait rater les séries éliminatoires pour une troisième année consécutive. Un peu cruellement, trois clubs dans l’Ouest ont participé aux séries l’an dernier même si ils ont amassé moins de points que le Canadien: Dallas, Vegas et le Colorado. L’Avalanche a remporté cinq victoires de moins que Montréal l’an dernier. On parle quand même dans leur cas d’une saison couronnée de succès. Tout est une question de perceptions.

Mais ça n’extirpe pas le CH de sa situation délicate actuelle. Pour congédier Claude Julien, Marc Bergevin doit être convaincu de deux ou trois choses: il a encore une chance de sauver la saison et, ou, il estime que Julien n’est plus le meilleur homme pour développer ses jeunes en prévision de l’an prochain, et, ou, les joueurs ne peuvent plus blairer leur coach.

Il semble trop tard pour sauver la saison, en raison du retard au classement. L’entraîneur semble avoir encore une autorité sur ses troupes. Le CH n’est pas surclassé par ses adversaires. Au cours des vingt dernières rencontres, Montréal n’a jamais perdu par plus de deux buts.

Les jeunes? Nick Suzuki, 20 ans, est parmi les attaquants les plus utilisés de l’équipe. Au cours des six dernières rencontres, il flirte ou dépasse les 20 minutes par rencontre. Il a obtenu deux autres points mardi, et s’approche à quatre de Phillip Danault, en route vers une année de 50 points.

PHOTO DARRYL DYCK, LA PRESSE CANADIENNE

Nick Suzuki

Malgré une saison décevante par rapport à la précédente, Jesperi Kotkaniemi obtient ses 14 ou 15 minutes par rencontre au sein du troisième trio. Il joue en supériorité numérique.

Cale Fleury, 21 ans, a été rayé de la formation mardi, mais il n’a pas sauté son tour très souvent cette saison. Il constitue une belle surprise (en passant, son remplaçant mardi, Brett Kulak, devrait opter pour un numéro plus modeste. Raymond Bourque et Paul Coffey ont porté le 77. Le 34, le 36 ou le 38 serait plus de circonstance dans son cas).

Victor Mete, lui, a sa place dans la formation depuis deux ans malgré son jeune âge. Ryan Poehling a son poste régulier au sein du troisième trio. Il joue peu en supériorité numérique, mais il ne fait rien non plus pour mériter une promotion. Il n’a pas de point en 17 matchs et manque encore parfois de fiabilité en zone défensive, comme ce fut le cas mardi sur le but gagnant marqué par Detroit (Kulak ne l’a pas aidé). Même dans ses pires moments en début de carrière, Max Pacioretty produisait davantage. Heureusement Suzuki a émergé pour mieux faire passer la déception.

Le Canadien compte huit joueurs de 24 ans ou moins dans sa formation. On ne peut reprocher à Claude Julien de s’accrocher à ses vétérans.

Reste à savoir si Marc Bergevin est satisfait de la progression des plus jeunes. À part Suzuki, les autres produisent au compte-gouttes. Voilà où le sort de Claude Julien pourrait se décider, à court ou moyen terme.

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