Ryan Poehling. Charles Hudon. Matthew Peca. Riley Barber. Et maintenant, Lukas Vejdemo.

Guillaume Lefrançois Guillaume Lefrançois
La Presse

Le Canadien n’a pas été épargné par les blessures cette saison. Par conséquent, il y en a eu du va-et-vient entre Laval et Montréal. Et c’est vers ces cinq joueurs que Marc Bergevin s’est tourné quand il a eu besoin d’aide à l’attaque.

Si l’on se reporte à septembre, bien des gens auraient parié que Jake Evans serait parmi les cinq premiers attaquants rappelés. Après tout, même s’il en est seulement à sa deuxième saison professionnelle, il a déjà 23 ans.

L’an dernier, il a fait ses premiers pas chez les pros avec panache, récoltant 45 points (13 buts, 32 aides) en 67 matchs. Il a enchaîné avec une performance intéressante de trois points en quatre matchs au camp, dont une sortie fort inspirée à Bathurst contre les Panthers de la Floride.

Mais le retour à Laval a été brutal. Après 17 matchs, il n’avait toujours pas marqué, et il présentait dès la mi-novembre un différentiel hivernal de - 9. Ceci expliquant cela…

« Je n’enlève rien à ceux qui ont été rappelés. Je suis heureux pour eux et ils le méritaient. Mais j’étais déçu », a admis Evans, rencontré après l’entraînement de lundi du Rocket.

« J’étais déçu de mon jeu en début de saison et je ne méritais assurément pas un rappel. Maintenant, je vais dans la bonne direction, donc en ce sens, c’est décevant. Mais je suis content pour les gars. Je dois continuer à m’améliorer et j’espère que mon tour viendra. »

On peut certainement argumenter que les besoins du Canadien ont été à l’aile, car au centre, Phillip Danault, Max Domi, Nick Suzuki et Nate Thompson ont participé à tous les matchs de l’équipe. Au fait, Jesperi Kotkaniemi est le seul centre qui a été blessé, mais Suzuki et Domi ont joué comme centres et comme ailiers.

Cela dit, Poehling a été rappelé, puis retourné dans la Ligue américaine. Et Vejdemo, lundi, s’entraînait à Vancouver avec le Canadien, plutôt qu’à Laval. Les deux sont des centres naturels, comme Evans. Pourquoi eux, pourquoi pas lui ?

« Je n’ai pas posé de questions. Mais les réponses viennent tous les jours, quand on fait de la vidéo, rappelle Evans. Quand certains de mes jeux sont dans les séquences qu’on regarde, j’en tire des leçons afin de devenir le joueur complet que je veux être. »

Le déclic

Le 16 novembre dernier, le Rocket jouait à Laval. Evans ne devait pas prendre part à la rencontre, en vertu de ladite fiche de 0 but en 17 matchs évoquée plus haut. Selon une histoire rapportée par le collègue de RDS Patrick Friolet, Evans avait patiné pendant près de 40 minutes ce matin-là, cinq heures avant le match, lors d’une séance clairement réservée aux joueurs laissés de côté.

Puis, Joël Bouchard est arrivé en catastrophe pour qu’il rentre au vestiaire. La raison : Hudon venait d’être rappelé. Le Québécois a donc joué au Centre Bell, permettant ainsi à Evans de garder sa place dans la formation du Rocket.

Drôle de coïncidence : c’est ce jour-là qu’Evans a finalement marqué. En 13 matchs depuis, il totalise 12 points.

Je devais être laissé de côté, ça m’a permis de réinitialiser mes piles et j’ai retrouvé le plaisir de jouer. Ça a changé l’allure de ma saison.

Jake Evans

Quand il parle de plaisir retrouvé, c’est que ses ennuis le lui avaient enlevé. Les joueurs ont beau dire qu’ils ne consultent pas les statistiques, ils savent très bien quand ça fait longtemps qu’ils ne l’ont pas mise dedans, pour paraphraser Jacques Demers.

« Je ne pensais pas trop aux points en début de saison, je voulais simplement être un joueur complet, et je le faisais assez bien dans les 10 premiers matchs. Mais tout le monde veut marquer. Donc les matchs s’accumulaient, rien ne se passait et la frustration me gagnait. »

« Demande aux meilleurs attaquants défensifs de la LNH, ils veulent tout de même marquer et ça les affecte de ne pas produire d’attaque. Depuis que j’ai marqué ce premier but, ça va beaucoup mieux. »

Une pause

Avec tout ça, Evans devrait donc passer les Fêtes à la maison, dans la région de Toronto. Il s’y dirigera après le match de vendredi — le dernier du Rocket avant Noël — dans la bucolique ville d’Utica. Malgré les attentes suscitées en début de saison, son parcours demeure intéressant pour un joueur repêché au 207e rang en 2014.

« Je ne m’embarque pas dans le qui, comment [pour les rappels], a rappelé Joël Bouchard, l’entraîneur-chef du Rocket. C’est à Jake de continuer à travailler. Il y a un an et quelques semaines, tu ne m’aurais jamais parlé d’un rappel. Si tu m’en parles, c’est parce qu’il a amélioré son jeu depuis 12 mois. »

C’est loin des patinoires qu’Evans compte passer ses cinq jours de congé.

« L’an passé, c’était ma première pause du genre. Je me disais qu’il fallait que je patine, mais au bout du compte, je ne crois pas que ça m’ait aidé tant que ça. Cette fois, je ne veux vraiment pas être à l’aréna, je veux juste relaxer. Ça va faire du bien de me tenir loin de la patinoire. »

Il troquera donc les patins contre les dés et pourra jouer à des jeux de société, dont le Monopoly. Il aime bien jouer en famille, mais aussi avec ses coéquipiers. Avec Poehling, Josh Brook, Xavier Ouellet et Michael Pezzetta, il s’était formé un petit club de jeux de société chez le Rocket.

« Je gagnais assez souvent. Je crois que je suis le meilleur, ou ce sont eux qui ne sont simplement pas si bons ! »

Le Rocket en bref

PHOTO ALAIN ROBERGE, ARCHIVES LA PRESSE

Cayden Primeau

Primeau apprend

Après l’euphorie de la première victoire dans la LNH, le retour à la réalité a été dur pour Cayden Primeau, qui a accordé 5 buts sur 32 tirs dans un revers de 5-0 de Laval, samedi, contre Rochester. Le gardien de 20 ans affichait toutefois son calme habituel en entrevue lundi, et Joël Bouchard a tenu à le défendre. « Ce n’était pas un match facile, on est décimés par les blessures, a rappelé l’entraîneur-chef du Rocket. Ce n’était pas son meilleur match non plus, mais ça fait partie des expériences. Ce jeune-là a vécu beaucoup de choses dans le dernier mois avec nous et dans la Ligue nationale. T’apprends de tes bons coups, t’apprends à te relever. Ce qui est arrivé samedi, c’est une belle expérience. Ce qui est arrivé mercredi au Centre Bell, quand les gens ont crié son nom, c’était aussi une belle expérience. » Bouchard a refusé de confirmer si Primeau disputerait les deux matchs du Rocket avant la pause de Noël.

La progression de Vejdemo

C’est donc Lukas Vejdemo qui a été rappelé par le Tricolore en vue du voyage dans l’Ouest canadien. Le Suédois, choix de troisième tour en 2015, comptait 8 buts et 8 mentions d’aide pour 16 points en 30 matchs cette saison à Laval. Ce n’est pas une grande progression par rapport à ses 29 points en 66 matchs l’an dernier, mais Bouchard a vu de l’amélioration ailleurs. « L’an passé, il en avait plein le toupet, avec le rythme de jeu, le calendrier. […] Il jouait beaucoup moins de matchs en Europe. Cette année, il est plus capable d’absorber la charge de travail, donc il est capable de jouer 60 minutes. Et il est capable de performer dans les deux matchs en deux soirs. L’an passé, pour le deuxième match, je priais ! »

La citation du jour

Joël Bouchard, encore lui. « Si les joueurs ont les aptitudes, le hockey sense, les habiletés, ça va paraître qu’ils sont capables de jouer. S’ils n’ont pas ça… On peut bien mettre sur la glace le gars le plus en forme de la planète, on peut mettre Pierre Lavoie, ça ne changerait rien. Il faut que tu sois aussi capable de jouer au hockey ! »

— Guillaume Lefrançois, La Presse