Quand Steve Bégin reçoit sa première offre de contrat professionnel, après un camp bien abouti avec les Flames de Calgary, en 1997, il demande à son agent de le refuser.

Mathias Brunet Mathias Brunet
La Presse

Bégin sait qu’il retournera chez les Foreurs de Val-d’Or dans les jours qui suivront et ne veut pas être mis sur un piédestal dans son vestiaire junior.

Très tôt, dans le livre sur sa vie écrit par le journaliste Luc Gélinas et lancé jeudi, l’humilité de l’ancien attaquant du Canadien prend le dessus, et il prévient le lecteur : ce n’est pas une biographie, mais le récit d’un parcours difficile, question d’inspirer ceux qui pourraient en avoir besoin. 

J’ai été réticent longtemps à faire ce livre. Je n’ai jamais pensé dans ma vie avoir un livre sur moi.

Steve Bégin

Il poursuit : « Je ne suis pas Wayne Gretzky, Mario Lemieux, je n’ai pas marqué l’histoire du hockey. On s’est identifié à moi parce que j’étais un travaillant, un petit gars du peuple qui parlait à tout le monde, mais pas parce que je marquais 30, 40 buts et que j’étais électrisant sur la patinoire. C’est pour ça que j’étais mal à l’idée de faire ce projet. Finalement, on m’a convaincu que c’était un beau message d’espoir pour les jeunes qui connaissent des difficultés, des obstacles. »

Bégin a joué cinq ans avec le Canadien, entre 2003 et 2009. Il a disputé 524 matchs en carrière, obtenu 108 points. Mais les fans l’appréciaient justement en raison de sa ténacité et de sa fougue.

PHOTO PAUL CHIASSON, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

Steve Bégin a joué cinq ans avec le Canadien, a disputé 524 matchs en carrière et obtenu 108 points dans la LNH.

Il se livre sans pudeur sur son parcours, jalonné de difficultés. « J’ai grandi dans le quartier Notre-Dame-de-la-Paix, à Trois-Rivières, un milieu aussi pauvre que tough », écrit Luc Gélinas, empruntant la première personne du singulier tout au long de l’ouvrage pour permettre à Bégin de s’adresser directement au lecteur. 

« Quand ta vie débute dans ce genre de milieu, les probabilités sont fortes que tu ne sortes jamais de ton coin de pays. Et évidemment, un garçon qui est élevé dans ce genre d’environnement n’est pas supposé atteindre la LNH… tout comme il n’est pas supposé terminer son secondaire cinq. »

L’histoire de son père

Les chapitres sur son père sont à la fois tristes, beaux et touchants. Bégin, son frère et sa sœur ont été élevés par leur père, Gilles.

« Je l’ai cherché souvent quand j’étais jeune », écrit Bégin, par la plume de Luc Gélinas. « Il partait, il s’accrochait les pieds quelque part et je me demandais où il était rendu. Pour vous donner une idée, je connaissais par cœur les numéros de téléphone des tavernes et des brasseries qu’il fréquentait. »

Gilles n’a pas encore lu l’ouvrage. « Il n’a pas encore eu sa copie. Mais je lui en ai parlé. Il connaît son histoire. On est tous fiers de lui, ça fait 20 ans qu’il ne boit plus. Il en est fier. Il a été tough. J’ai toujours dit à mon père, un grand travaillant, que j’avais appris de lui. Les meilleurs conseils que j’ai eus étaient de lui, malgré le fait qu’il était alcoolique. Quand j’étais jeune, c’était un héros pour moi. Il ne lâchait jamais malgré les difficultés. »

Bégin regrette encore d’avoir abandonné l’équipe trop tôt dans les rangs juniors. Mais il tire une grande fierté du diplôme de cinquième secondaire obtenu récemment.

Je ne suis pas fier, ce fut une mauvaise décision à l’époque. Mais, à cet âge-là, j’étais convaincu de jouer dans la Ligue nationale et de ne pas avoir besoin de mes études.

Steve Bégin

PHOTO RYAN REMIORZ, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

Le 8 novembre 2018, Steve Bégin a reçu son diplôme d’études secondaires.

« En réalité, environ 0,004 % des jeunes accèdent à la LNH. Même si j’avais connu cette statistique à l’époque, j’aurais quand même cru en mes chances. J’ai finalement réussi ma carrière et pu obtenir mon diplôme dernièrement. Je voulais être un exemple pour les jeunes et pour mes filles. Je voulais être crédible quand je parle de l’école. »

Bégin, âgé de 41 ans aujourd’hui, a percé grâce à son acharnement et à sa robustesse. Il a aussi eu à donner des taloches et à en recevoir. Le hockey a changé. Quelles auraient été ses chances aujourd’hui ?

« Quand je jouais plus jeune, il y avait peut-être un joueur incroyable par équipe, quatre ou cinq moyens, et les autres étaient ordinaires. Aujourd’hui, la moitié de l’équipe est incroyable, et l’autre moitié est super bonne. Tous les jeunes sont bons avec la rondelle. Mets-moi dans le hockey d’aujourd’hui, avec mon désir de vaincre et mon niveau d’intensité, d’après moi, j’aurais été extrêmement bon (rires) ! Dans le temps, je voulais être plus travaillant que mon voisin. Mais je ne pouvais pas prendre mon téléphone et voir ce que Sidney Crosby ou Gretzky avaient fait et le mettre en application sur la glace. C’est maintenant à portée de main. Il y a beaucoup d’entraîneurs d’habiletés, ça pousse partout. »

Le chapitre sur son entraîneur Guy Carbonneau risque de faire jaser. La communication n’était pas très bonne entre les deux hommes, et le DG Bob Gainey s’était résolu à échanger Bégin aux Stars de Dallas, en 2008.

« Je ne voulais pas créer de chicanes. Mais rendu à cette partie de ma carrière, Luc m’a dit que je n’avais pas le choix, que le monde connaissait l’histoire et que je devais l’aborder. Carbo, je n’ai pas de problème avec lui, je lui parle aujourd’hui comme si de rien n’était. J’aurais aimé avoir des réponses de sa part à l’époque, mais je n’en ai pas eu. Il n’y a rien qui l’incrimine. Je prends même une partie du blâme à un moment donné. Je l’ai relu quatre ou cinq fois pour être certain que ça ne soit pas méchant. Je n’ai jamais reparlé de ça à Guy. C’est terminé, on se voit, on se parle, dans les matchs des anciens et à RDS. Ça ne changerait rien que je lui pose des questions, ma carrière est terminée. »

IMAGE FOURNIE PAR HURTUBISE

Steve Bégin – ténacité, courage, leadership